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    - Arrête de te planquer Meredith, bougonnai-je alors qu’on arrivait en face de la fac. De toute, personne ne te connaît, et demain, tout redevient à la normale, alors décompresse.
    - Mais j’ai l’impression que tout le monde me regarde.
    - Ce n’est qu’une impression, je te rassure, lui certifiai-je alors qu’elle avait encore ses mains devant son visage pour qu’on ne la reconnaisse pas, à défaut de cacher sa tenue. Et cette robe te va à merveille, je vais devoir surveiller qu’aucun autre mec t’approche.
    Sans avoir besoin de me retourner, je savais qu’elle rougissait, pour la simple bonne raison que ses rangers ou ses baskets, c’était un peu sa coquille de protection, son armure anti lourds … Et là, sans sa coquille, elle se sentait vulnérable, je la connais comme si je l’avais faite.

     

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    Elle portait une robe jaune, avec une ceinture énorme autour de sa taille, une veste en jean à manches courtes et des ballerines allant avec le tout. Et je ne baratinais pas, ça lui allait très bien. Ma punkette en mode citadine comme ça était très belle, et j’avais beau le lui répéter, ça ne lui suffisait pas. C’était trop féminin, trop froufroutant à son goût, et pas assez punk, bien sûr … Mais j’aurais pu faire bien pire, au début, je voulais qu’elle porte du rose ! J’ai fini par céder quand j’ai vu la tête qu’elle me tirait, et j’ai opté pour plus neutre … bien que la poussin attitude comme elle le disait ce n’était pas ça !

     

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    - Bon, tu viens ? râlai-je en me tournant vers elle.
    - Pars devant, j’arrive …
    - Même pas en rêve. Pour que tu retournes à l’appartement pour enfiler tes boots sans me le dire ? Allez, tu avances !
    - Aaron … Mais je suis ridicule ! piailla-t-elle en attrapant chaque côté de la jupe de la robe entre ses doigts.
    - Non, tu es superbe, alors arrête de te plaindre …
    - Tu mens …
    - Mais bien sûr, je mens …
    Je soupirai, exaspéré par son attitude. J’en avais un peu marre de ses boots à vrai dire, mais chut, faut pas le dire, le changement, c’est bénéfique.
    - Allez viens Méré …
    - Meredith ? s’étonna une voix dans son dos, et donc face à moi.

     

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    Youhou … Cynthia ! Meredith se tourna vers elle, rougissant de plus belle, en cherchant cette fois à cacher sa robe devant sa meilleure amie, qui n’est toujours pas la mienne, bah non, faut pas exagérer non plus. Bon ne s’écrit pas avec un C. Bref …
    - T’es en … « fille » ?
    - C’est lui là, il m’a forcé … bouda-t-elle en me lançant un regard assassin.
    Cynthia décrocha son regard de Meredith pour le tourner vers moi, prête à m’incendier, voyons, continuons le massacre : « t’as osé lui retirer ses boots ?! Mais t’es complètement con !»
    - Bravo ! me lança-t-elle.
    - Gné ?
    - Ça fait des années que je veux qu’elle vire ses boots, je sais pas comme tu as fait, mais respect !
    Elle se tourna alors de nouveau vers Méré, après lui avoir demandé de retirer ses bras de son corps pour qu’elle admire, attention je cite, « la merveille d’Aaron ». Je vais me sentir pousser des ailes à ce rythme là.
    - Tu es trop belle Meredith !
    - Nia nia nia … Par pitié, donne moi des boots !
    - Non, rit Cynthia. Bon, moi je file, sinon je vais être en retard chez Josh’ !
    - Cyn !!
    - Encore bravo Aaron ! dit-elle en s’éclipsant et en me souriant.
    Meredith, quant à elle, s’était tournée pour me dévisager, le regard noir. Je sens que je vais avoir droit aux trois C pendant la semaine : Crise, Canapé et Ceinture.
    Je lui pris alors la main, ne voulant surtout pas me laisser faire et l’entraînait avec moi dans le hall du bâtiment B, celui qui s’étendait devant nous.

     

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    Je m’attendais à ce qu’il y ait plus de monde que ça, j’étais quelque peu étonné. Peut-être parce que tous les premières années s’étaient déjà rués dans les amphis pour être sûr d’avoir une place. Oui, peut-être, voir même sûrement. Mais c’est ici qu’on voulait tous se retrouver, et quand je dis tous, il ne manquait que mon frère (sans sa copine puisqu’elle l’a plaqué, pour une fois que ce n’est pas le contraire) plus aigri que jamais, et Cathe-Line, qui avait piaillé durant toute la soirée DVD de la dernière fois pour qu’on se retrouve à la fac ensemble. Oui, elle avait elle aussi choisit médecine, j’ai le droit de hurler ?

     

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    Je les trouvais pas très loin de l’entrée, à une table en train de parler pendant que Cathe sirotait un café en boite. Non, ils ne sont pas les meilleurs amis du monde, disons qu’ils ont un but commun et joignent les coudes quand il s’agit d’y aller de front : me booster ! C’est quand même eux qui m’ont sorti de mon appartement, je peux les remercier pour ça.
    Cathe-Line nous remarqua la première, et écarquilla aussitôt les yeux pour scruter Meredith de haut en bas, et Raise se tourna quand il remarqua la tête que faisait sa comparse de café.

     

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    - Meredith ? s’étonna-t-il. Tu t’es pas trompé de copine Aaron ? Elle a, certes, la tête de ta Méré, mais ily a un problème de chaussures.
    - Moi j’aime ! s’exclama Cathe.
    Meredith baissa la tête tout en rougissant, alors qu’elle était le centre de l’attention, et sa réaction me fit rire, même si ce n’était pas très fairplay de ma part, mais après tout, je m’en fichais, c’était ma vengeance, j’avais gagné mon pari ! Je pouvais bien en profiter.
    - Bah moi je n’aime pas ! déclara-t-elle en s’asseyant à côté de mon frère.
    Je la suivis alors, et m’assis en face d’elle.

     

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    - Bon ben, plus de doute, c’est bien la punkette, confirma Raise.
    - Ça te va très bien, la réconforta Cathe-Line.
    - Tu parles … lui lança Meredith. J’ai l’impression d’être un bonbon au citron…
    - Avec des petites fraises sur les chaussures, m’amusai-je alors que je levai la tête et que je vis quelque chose, ou plutôt quelqu’un, qui me coupa l’envie de m’amuser.

     

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    Elle était là, plus rayonnante que jamais, avec ses longes cheveux de jais qui lui tombaient sur les épaules. Elle semblait heureuse, elle riait à gorge déployée avec son petit ami, qui n’avait pas changé depuis la dernière fois que je l’avais vue.
    Heaven était belle. Heureuse. Sûrement amoureuse. Et j’eu un pincement au cœur de voir qu’elle restait heureuse, même sans moi, alors qu’elle me manquait. Ma meilleure amie me manquait, ses rires me manquait, ses grognements, ses crises quand je ne faisais pas attention à moi … Ses larmes quand elle s’inquiétait, son air sérieux quand elle travaillait …
    Et sans que je m’en rende compte, je me levai et mes jambes m’amenèrent vers elle.

     

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    Elle tourna la tête, et cessa de rire avec Ulyss. Ce dernier me dévisagea quelques instants avant qu’Heaven ne lui demande de s’éloigner, lui expliquant qu’elle avait besoin de me parler. Il s’éloigna alors, sans faire d’histoire, mais resta près de nous, et une fois seuls l’un en face de l’autre, je me ruai vers elle et la pris dans mes bras, la soulevant du sol, sous ses éclats de rire.

     

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    - Aaron … Lâche-moi !
    - Si tu savais à quel point tu m’as manqué ! fis-je en la reposant au sol.
    - Manqué ? A ce point ?
    - Il y a des gens sans lesquels on ne peut vivre, et tu en fais partie Heaven …
    - Très heureuse de l’entendre Mr Hart ! Plus jamais tu recommences hein ? A cafouiller comme tu l’as fait cet été.
    - Plus jamais …
    - Bon retour à la maison gros crétin, me dit-elle en ouvrant les bras vers lesquels je m’avançais pour la serrer contre moi.
    Heaven ne sera jamais plus que ma meilleure amie. Ma petite sœur. Celle a qui j’ai séché les larmes, qui a séché les miennes, que je faisais rire et inversement, celle à qui je racontais tout, et à qui je raconterais tout, sans la moindre exception. Elle a le droit de tout savoir de moi, comme moi je sais tout d’elle. Ce n’est pas qu’une simple amitié, ca a toujours été plus que ça, comme un alter ego, au féminin.

     

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    Tandis que je serrais Heaven contre moi, plus heureux que jamais de la retrouver, surtout aussi facilement, je tournai la tête vers la table où j’étais tout à l’heure, et vis que Meredith s’était tournée vers nous, le visage emprunt de déception. Je me décollai alors d’Heaven doucement, et la regardai dans les yeux.
    - Il faut qu’on parle … à trois, rajoutai-je en faisant signe à Meredith d’approcher. Ca ne peut plus durer cette situation.
    Ma punkette s’approcha de nous, timide et s’arrêta à côté de moi, n’osant pas m’approcher. Je lui pris alors la main, voulant la rassurer quant à ce qui allait se passer. Elles ne seraient certainement pas les meilleures amies du monde, mais les deux femmes qui comptaient le plus pour moi ne pouvaient pas se haïr, encore moins par ma faute.

     

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    - Je voulais m’excuser, auprès de vous deux, débutai-je. De m’être conduit comme un ingrat avec vous deux.
    Meredith ne dit rien, se contentant de baisser la tête. Je savais qu’elle avait peur d’Heaven et qu’elle s’en méfiait comme de la peste, alors que c’était de moi qu’il valait mieux se méfier. Je serrais un peu plus sa main dans la mienne.
    - Reprenons du début, vous voulez bien ?
    Elles levèrent alors toutes les deux la tête et me regardèrent, ne comprenant pas trop bien ce que je comptais faire, ce qui serait sûrement ridicule, mais j’en avais besoin.
    - Heaven, je te présente ma petite amie, Meredith. Méré, je te présente ma meilleure amie depuis que je suis haut comme trois pommes, Heaven. Vous savez à quel point chacune de vous deux comptez pour moi. J’ai tellement eu peur de vous perdre l’une et l’autre que je ne recommencerais plus jamais … Je vous demande seulement de ne pas vous haïr, je ne veux pas … non, je ne peux pas en perdre une au profit de l’autre.

     

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    Elles me regardèrent, puis explosèrent toutes les deux de rire, sous ma surprise. Je m’attendais à des sourires, mais pas à ce genre de réaction de leur part, et elles me laissèrent comme ça, comme deux ronds de flans le temps de calmer leur fou rire.
    - Décidément, tu resteras toujours un gamin Aaron, souffla Heaven entre deux crises de rire.
    - Tu nous aurais dit « faîtes la paix et faîtes vous un bisou », ça aurait été pareil, renchérit Meredith.
    Je soupirai, me sentant aussi ridicule que possible. Tête baissée, j’essayai de ne pas rire moi-même de ma propre naïveté, elles s’en chargeaient pour moi.

     

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    - Mais c’est comme ça qu’on t’aime n’Arone, me sourit alors Meredith en s’approchant de moi et en se lovant contre mon flanc, vite suivie d’Heaven qui se planta devant moi, ses mains attrapant le col de mon tee-shirt pour me réinstaller comme il faut.
    - T’es incapable de changer, tu resteras toujours un gosse qui comprend rien à rien et qui n’en fait qu’à sa tête, mais on sera là pour te baffer quand tu en auras besoin.
    - Crois pas passer à côté, renchérit Meredith. Les têtes brûlées, je les refroidis.
    - Merci …
    - Nous dit pas encore merci, continua ma meilleure amie, t’es pas sorti de l’auberge mon coco ! Bon, sur ce, je suis désolée, mais je vais pas laisser Ulyss poireauter comme un con dans les marches. Je t’aime Aaron !
    Elle se hissa sur la pointe des pieds et m’embrassa sur la joue avant de reculer de quelques pas.
    - Promis, je te rappelle, et on se refait une soirée pizza avec Raise, la dernière a tourné trop court !
    Et elle disparut dehors, nous laissant tous les deux.

     

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    Meredith s’installa en face de moi, le sourire aux lèvres, ses bras autour de mon cou. Je posai alors mes mains sur ses hanches pour l’attirer contre moi.
    - Tu t’en sors pas trop mal … Elle aurait pu piquer sa crise.
    - Je savais qu’elle ne l’aurait pas fait.
    - Pourquoi ça ? s’étonna-t-elle.
    - L’avantage de connaître quelqu’un sur le bout des doigts, on anticipe tout.
    - Oh, et moi ? Sais-tu ce que je vais faire ?
    - Oui. Vu comment tu es installée, avec la discussion qui est censée me mettre en confiance, je dirais que tu vas me réclamer tes boots dans les secondes qui viennent.
    - Mais … bouda-t-elle aussitôt.
    - Je te connais par cœur Meredith, souris-je avant de l’embrasser sur le bout des lèvres. Allez, on va rejoindre les deux zigotos avant qu’ils se tapent dessus.
    Elle se détacha de moi, me prit la main, et m’entraîna vers eux, en riant.