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    Il était neuf heures tapantes. Le son de l'église toute proche envahit peu à peu le cimetière. Neuf lourds sons de cloche. Un vol d'oiseau passa au dessus de ma tête, surement apeuré par le bruit grave du clocher. Devant moi, les grilles du cimetière se tenaient fermées, et je n'osai pas y poser les mains pour les pousser. Je savais pourtant bien que mon oncle y était, je devais y aller. Mais la pression était trop forte pour moi, mes jambes étaient engourdies et le moindre pas me ferait tomber vers l'avant sans que je ne puisse me rattraper.

     

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    Je pris une grande inspiration, regardai vite fait si j'étais bien habillée, passait ma main dans mes cheveux pour vérifier qu'aucun épi ne viendrait me déranger, et je fis un pas. Puis un autre, et encore un, jusqu'à me retrouver à une demi longueur de bras de la grille. Je n'avais plus qu'à tendre la main pour la pousser. Mais alors que j'avançais mon bras vers l'avant, je vis une silhouette bouger derrière les grilles et je me figeai, scrutant droit devant moi. Mais personne n'arriva. Mon bras tremblait comme jamais mais je savais que j'y arriverais, rien ne changerait, n'est-ce pas ? Raise est toujours mon oncle, comme quand il me portait quand j'avais six ans. Pourquoi me repousserait-il ? Et finalement, je poussai la grille, qui grinça sous cet effet.

     

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    Et dans un impétueux élan de courage, mes pas roulèrent sous moi, et j'avançais, lentement, certes, mais d'une démarche quelque peu assurée. Je passai les allées pour rejoindre celle du fond et tournai la tête vers celle-ci une fois arrivée.

     

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    Et il était là, droit devant la tombe de Papa. Et il n'avait pas changé depuis la dernière fois que je l'avais vu. Ces cheveux roux étaient toujours coupés courts, toujours avec ces racines noires. Son teint mat, son air sur de lui, quoique un peu froid. La même stature, imposant. Plus je le détaillai, sans un mot, et plus je sentais les larmes pointer derrière mes cils, avant que finalement je ne vois flou, ma vue étant occultée par ce torrent de larmes qui se déversait maintenant sur mes joues.

     

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    Une dernière fois, j'inspirai, je serrais les poings afin de réunir toute ma volonté. Mes jambes tremblaient, comme si elles allaient se dérober sous moi, j'entendais presque mes genoux s'entrechoquer.
    _ Raise !
    Et l'homme se tourna vers moi, bien que derrière mon rideau de larmes et la montée de mes sanglots, je ne pus distinguer aucune expression sur mon visage, ni aucun son parvenir à mes oreilles.

     

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