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    Le lendemain, à l'aéroport.

     

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    Heaven était plantée devant les panneaux d'indication des vols et des salles d'embarquement tandis que j'étais assis sur nos valises, super excité à l'idée de prendre l'avion pour la première fois. Sérieusement hein, je peux vous assurer que je trépignai, et Heaven en était complètement usée de devoir se trimballer un gamin de cinq ans dans un aéroport, dit gamin qui s'émerveille devant chaque avion qui atterrit en se disant « c'est celui là qu'on va prendre Maman ? ». Bon ok, je l'avoue, je ne l'appelle pas Maman, je dis Heav', mais le reste de la phrase est la même.

     

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    _ Aloooooors, c'est lequel notre vol Heaven ? J'en ai marre d'attendre. Abrège mes souffrances et dis moi tout.
    _ Tu te calmes, ou tu vas te retrouver dans l'incapacité de te reproduire Monsieur Hart.
    _ Pour ce que je compte me servir de ces capacités là, hein … bougonnai-je.
    _ Trouvé ! Clama-t-elle en pointant le panneau. Tu vois qu'il faut être patient n'Aarone, on obtient toujours ce qu'on veut.
    _ Pourquoi je t'ai parlé de ce surnom débile …
    _ Hall F, allez, on se bouge monsieur !

     

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    Elle attrapa les valises qui la concernaient et se dirigea vers guichets pour faire enregistrer ses bagages, et accessoirement faire contrôler ses billets. Passage qui sera pour moi l'épreuve du feu, puisqu'il est à espérer que le document qu'Estelloo m'a fourni me fasse passer l'épreuve de la poêle à frire avec beaucoup de succès.

     

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    Je commençais à m'inquiéter, regardant Heaven passer les épreuves à la perfection, sans aucun problème. Puis on me fit signe d'avancer, et je perdais tout espoir de passer les portes qui m'amèneraient vers l'avion et donc la Pologne. Je passai alors sous l'arche, sans que rien ne sonne, à ma plus grande surprise, tant est bien que je regardai le vigile avec des yeux ronds, et lui demandai si j'avais bien pas sonné, et il y répondit par l'affirmative. De l'autre côté, je voyais Heaven sautiller en frappant dans ses mains, et je la rejoignis avant que le vigile ne juge bon que je passe à un test plus détaillé.

     

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    _ Tu vois, aucun souci ! Me lança-t-elle toujours en sautillant. On va pouvoir y aller tranquille.
    _ C'est un coup de chance oui, déclarai-je en regardant les portiques.
    _ Chance ou pas, on s'en fiche, tu es passé, c'est le principal !

     

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    Elle me prit alors le bras et me tira avec elle vers notre avion, que je regardai avec des yeux d'enfant émerveillé, mais aussi complètement apeuré. Après tout, un crash d'avion ne fait pas de survivant. Ne soyons pas fous, les ceintures ne servent à rien, à part peut-être de nous empêcher de courir partout quand l'avion s'écrase, histoire de mourir bien proprement et de la façon la moins bordélique qui soit.. Et tout d'un coup, ce grand oiseau blanc en ferraille ne me semble pas du tout rassurant, mais vraiment pas du tout du tout. Mon sang ne fit qu'un tour et je me stoppai juste avant de monter l'escalier. Heaven continua de quelques pas, et se tourna finalement vers moi, fatiguée de me traîner partout.

     

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    _ Bon, qu'est-ce que tu as encore Aaron ? Me demanda-t-elle en insistant bien sur le dernier mot. Tu me fatigues à reculer devant les moyens de transport. Et non, on ira pas en Pologne en train, c'est hors de question ! Coupa-t-elle à ma question toute fraîchement pensée.
    _ Mais tu sais Heav', j'ai eu le mal de mer sur l'Hudson, alors je vais forcément avoir le mal de l'air, c'est forcé.

     

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    _ Arrête de faire le gamin. Petit un, tu n'avais pas le mal de mer, tu te stressais inutilement au point de t'empêcher de manger, ce qui n'est pas le mal de mer du tout. Petit deux, si tu ne viens pas, je t’assomme et je te traîne de force dans les escaliers, et avec tes cinquante kilos tout mouillé je peux t'assurer que ça va être facile pour moi, et une terrible humiliation pour toi et ton égo surdimensionné.
    _ Eh !
    _ Grimpe Aaron Hart ! Gronda-t-elle aussitôt.

     

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    Elle vira rouge de colère, ses poings se serrèrent, un peu comme à Central Park au premier jour de nos péripéties, et là, je n'avais pas Savannah pour me sauver de cette folle en furie. Je n'avais donc plus d'autre choix que d'abdiquer, et de monter ces marches la tête basse, suivi de très près par Heaven. J'entrai dans l'appareil sans un mot, et une hôtesse de l'air me plaça aussitôt. Et une fois assis, je ne bougeais plus, ne tournai même pas la tête vers le hublot. Je voulais seulement oublier que j'étais dans un avion, qui allait décoller et se tenir des kilomètres au dessus de la surface terrestre, pour peut-être s'écraser si on manque vraiment de chance.

     

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    Devant ma nervosité, Heaven me prit la main, alors que j'étais en train d'enfoncer mes doigts dans l'accoudoir de mon siège. Je le confirme haut et fort, je suis un véritable pétochard, j'ai la trouille, je veux descendre et sauter dans un train le plus vite possible, faites que ça s'arrête !
    _ Mesdames et messieurs, veuillez attachez vos ceintures.

     

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    A ces quelques mots, je sentis mon cœur faire un bond dans ma poitrine. Je ne crois pas que les émotions fortes sont vraiment nécessaires dans ma situation, vraiment pas. Je me sentais passer au livide, et Heaven resserra sa main autour de la mienne, tout en me faisant signe de ne pas écouter ce que raconterait l'hôtesse de l'air, qu'elle le faisait pour moi. Je fermai alors les yeux, essayant de ne pas écouter les indications qui étaient alors données.

     

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    L'avion décolla, et je ne vis rien du voyage. A part peut-être un écran noir devant mes yeux, qui ne se rouvrirent qu'à l'atterrissage.