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    La verdure polonaise me manque. Ici, ce n'est que voitures, pollution et gens trop pressés pour regarder où ils mettent leurs pieds. A peine sortis de la gare avec Heaven qu'on s'était stoppés nets devant cet afflux de population soudaine, on s'était tellement vite acclimatés à la vie rurale tous les deux que cette histoire de voyage ne pouvait être qu'un choc culturel pour nous deux. J'ai vraiment peur de cette ville, j'ai même vu des gens bizarres, je vous jure !

     

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    _ Tiens Aaron, c'est la société Kadokawa ! Me tira de rêves Heaven pointant un haut bâtiment devant nous, où le nom Kadokawa était inscrit en lettres rouges.
    _ Ah oui, en effet. Bon, et bien, on n'a plus qu'à grimper là haut alors, et trouver, euh … les deux là.
    _ Uri Edô et Masamune Takahashi, me corrigea Heaven. Et au Japon, la politesse veut que tu n'appelles personne par son prénom tant que celui-ci ne te l'a pas demandé. Donc c'est Edô et Takahashi, compris, Hart ?
    _ Ah non hein, ne m'appelle pas Hart, on est pas des inconnus l'un pour l'autre tu sais. Je préfère Aaron, c'est comme ça que je m'appelle et qu'on m'appelle. Les seuls qui m'appellent Hart sont les profs, et Elden quand il est de sale poil.
    _ C'est bon, je crois que j'ai compris, pas la peine de continuer.

     

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    On traversa alors la grande avenue qui se tenait en face de nous, tout en esquivant tant bien que mal les voitures aux alentours, qui n'ont pas conscience de la fragilité d'un piéton face à la puissance d'un énorme camion ! Ils sont fous ces japonais !
    Heaven passa la première la porte de l'immeuble, demandant à rencontrer nos deux contacts, en indiquant que c'était la famille qui nous avait amené jusqu'ici.

     

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    _ Très bien madame, lui dit le réceptionniste. Au troisième étage sur votre gauche. Vous ne pouvez pas vous tromper, à cette heure-ci il n'y a qu'eux, et ils sont assez bruyants .
    _ Bruyants ? Fis-je, amusé, en m'approchant d'eux.
    _ Oui, vous verrez.
    Il s'inclina devant nous, nous laissant alors la possibilité de prendre l'ascenseur jusqu'au troisième étage de l'immeuble. Et je vais confirmer un cliché : il y a vraiment de la musique dans ce genre d'ascenseur, c'est perturbant. Surtout que ma seule impression c'est que ça a été chanté par une source d'extraterrestre parlant le yaourt. J'y peux rien si je trouve le japonais encore moins compréhensible que le chinois vous savez. C'est ma façon d'être.

     

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    Nous sortîmes alors de l'ascenseur, et nos oreilles furent tout de suite alertés par une dispute qu'on entendait provenir de notre gauche. Bien que notre instinct nous indiquait de ne pas bouger et d'attendre la fin de la guerre, nous fîmes l'inverse et Heaven précéda la marche.

     

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    Dans le bureau se trouvait deux adultes, un homme et une femme, qui se disputaient violemment, dans la langue des pots des yaourts, ce qui ôte tout de suite une certaine clé de compréhension. L'homme avait les cheveux courts, des lunettes, vêtu de pied en cape comme un véritable businessman, tandis que la femme avait les cheveux auburn, ondulés, dans une tenue très guindée. Je supposai donc, et à juste titre, qu'il devait s'agir de Uri et Masamune, ahem, pardon, de Edô et Takahashi, durant l'une de leur dispute dont nous a parlé Savannah brièvement par message. Mais je ne m'attendais pas à tomber dessus dès qu'on arriverait, c'est assez perturbant.

     

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    _ Excusez moi ? Fit Heaven assez timidement en s'avançant vers eux.
    Les deux samouraïs - des guerriers japonais quoi, eh bien oui, j'ai de la culture, vous ne le saviez pas ? - s'arrêtèrent aussitôt et nous dévisagèrent plutôt méchamment. Ok, on devait les avoir perturbés durant un rituel extraterrestre parlant le yaourt et on allait se faire dégommer, éventrer pour notre manque cruel de respect envers ces êtres supérieurs.

     

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    _ Edô-san et Takahashi-san ? Demanda Heaven.
    Mais elle est folle ? Elle veut vraiment mourir maintenant, dans un bureau dans le fin fond du Japon ? Elle a perdu a raison, je le savais. Ce voyage lui aura définitivement grillé le cerveau, paix à son âme.
    _ Oui, fit la femme en anglais.
    _ Nous venons de la part de Savannah Envey. Nous sommes Aaron Hart et Heaven Fewser.

     

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    _ Oui, elle m'a parlé de vous, continua-t-elle en s'approchant de nous, l'air assez grave. Je suis Edô. Bienvenus au Japon.
    _ Merci, lui répondit Heaven en inclinant la tête en avant.
    _ Vous faîtes un tour du monde selon ce qu'elle m'a dit, c'est ça ?
    _ Exactement ! Me permis-je d'intervenir. On arrive de Pologne à l'instant, et je voulais savoir si vous aviez vus avec elle un moyen de nous héberger.
    _ Aaron ! Gronda Heaven.

     

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    Oui, désolé de ne penser qu'à mon petit confort personnel, mais j'aimerais bien pouvoir prendre mes bagages, les déballer quelque part et savoir ou passer les nuits qui allaient venir, je n'ai pas très envie de réitérer l'expérience Central Park dans le quartier de Shibuya, très peu pour moi.
    _ Oui, j'ai vu cela avec elle, ne vous inquiétez pas. Je peux vous héberger tous les deux chez moi, cela va de soi.

     

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    _ T'es folle Uri ! S'exclama aussitôt le deuxième yaourt extraterrestre. Comment tu veux loger deux personnes chez toi, c'est aussi petit que chez moi ! Tu vas les étouffer.
    _ Enfin ! S'exclama-t-elle nous faisant sursauter Heaven et moi. Enfin tu admets que tu habites dans une coquille de noix et que y vivre à plusieurs, c'est étouffant !
    _ A trois oui, à deux non. J'en prends un, comme ça tu n'étoufferas pas, et j'aurais une raison supplémentaire pour venir t'emmerder.
    _ Comme c'est charmant, tout en délicatesse. Tu ne manques pas de culot dis donc !
    Et c'est reparti, ils allaient continuer longtemps comme ça. Je n'aime pas trop les disputes personnellement, ce serait bien qu'ils s'arrêtent pour le moment. Je vais faire un massacre, je vais leur arracher la tête, je vais …

     

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    _ STOP ! S'injuria tout de suite Heaven, nous faisant sursauter, et surtout calmer les deux autres yaourts.
    Enfin du silence, enfin ! Paix à mes oreilles, ça fait vraiment du bien, et que vous me croyez ou non, ils ont tous les deux des voix horriblement perçantes, je sais pas durant combien de temps on va devoir les supporter Heaven et moi, mais je sens que notre calvaire sera long, et très très rude.
    _ On va aller à l'hôtel, leur dit Heaven. Si ça peut vous empêcher de vous disputer comme deux chiffonniers …
    _ NON !! crièrent-ils tous les deux en cœur.

     

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    Merci de ton cadeau Savannah, franchement, merci. On aurait pas pu trouver mieux dans tout le Japon, elle est génial ta famille.