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    Quelques jours plus tard …

     

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    Un couple un peu particulier parcourt aujourd'hui les rues de Houlton, les bras chargés de sacs. Un brunet et une rousse, et la demoiselle est d'ailleurs déjà en train de grommeler tandis qu'elle passe la porte d'une petite librairie richement achalandée et idéalement située dans cette rue commerçante. Un couple n'est peut-être pas l’appellation la plus idéale puisqu'il s'agit tout simplement d'une paire de jumeaux de dix huit ans : les jumeaux Philips, Emma et Camille.

     

     

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    La veille, alors que Emma venait de terminer une centitélième journée de révisions assidues, bien décidée à décrocher son diplôme qui lui permettra de quitter enfin la maison familiale pour une durée d'un an, son petit ami avait fait irruption dans sa chambre sans même la prévenir au préalable. Un petit ami vêtu de pied en cap, prêt à partir en voyage, il ne manquait plus que la valise à ses pieds lui fit d'ailleurs remarquée sa dulcinée.
    - Elle est dehors, lui répondra alors simplement Georg-Kaitlin. Je suis venu te dire au revoir.

     

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    Emma resta muette face à cette annonce, se contenant simplement de le regarder, les bras ballant le long du corps. Incapable de prononcer le moindre son devant ce qu'il se passait devant ses yeux. Ses amies avaient peut-être eu raison finalement : il la quitte.
    - Tu … tu pars ? Osa-t-elle finalement prononcer après de très longues secondes de silence où ils se regardèrent en chiens de faïence.
    Le jeune homme opina du bonnet et fit un pas vers elle en tendant le bras.
    - Je caresse malgré tout l'espoir que tu m'accompagneras à la gare, lui murmura-t-il avant de rajouter un s'il te plaît.
    - A la gare ? Où est-ce que tu vas ?

     

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    Ses yeux s'embuèrent presque dans l'instant et Georg disparut très rapidement pour elle derrière un flot de larmes presque interrompus, ponctués de sanglots qu'elle n'arrivait pas à contenir.
    - Je vais en France. Je suis inscrit dans une école pour le mois de Septembre. Je peux plus vivre ici Emma.
    - En France ? Et … et c'est maintenant que tu m'annonces ça ? Quand je n'ai pas d'autre choix que d'accepter la vérité, sans même me donner une possibilité de te retenir. Tu t'en vas, et puis « merde Emma, qu'elle fasse avec ! » Et c'est quoi tout ce baratin que tu m'as sorti sur le sujet que tu ne t'éloignerais jamais de moi ?!

     

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    - Emma, insista doucement Georg. Essaie de me comprendre. J'étouffe ici, et on ne sera séparés que un an, ça ne changera pas grand chose à ce qui était prévu. Tu partiras en road-trip à travers l'Europe, j'étudierais en France et … tu me rejoindras peut-être là bas, si tu veux toujours continuer notre histoire.
    La jeune femme laissa échapper un rire, jaune bien sûr, à cette annonce avant de passer son avant bras sous ses yeux pour essuyer ses larmes. Comme si tout aller se passer comme il l'avait aussi bien calculé. Que comme une gentille fille, elle ira le suivre en France pour devenir une Madame Mayers à passer son temps à cuisiner et faire le ménage.
    - C'est toi qui ne veut pas continuer notre histoire. Je ne pars que dans trois mois, et seulement si j'ai mon diplôme.
    - Mais qu'est-ce que ça va changer ? Tu va faire ton road-trip justement, on ne se verra pas pendant l'année que ça te prendra. C'est toi qui a commencé à vouloir prendre de la distance, pas moi. Je m'adapte Emma, et je ne peux pas rester dans cette ville où je risque de croiser Harry à chaque coin de rue et où ma mère et Will se disputent sans cesse à cause de moi.

     

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    Emma ferma les yeux quelques instants, cherchant à caler sa respiration sur quelque chose de plus mesurée que son actuelle colère et après quelques secondes, décida finalement de s'asseoir sur le banc du piano, jambes croisées en le regardant. Georg le prit comme une invitation et s'assit en face d'elle, sur le canapé de la pièce, ses coudes appuyés sur ses jambes.
    - J'aurais espéré que ça ne se finisse pas comme ça, soupira le jeune homme en détournant le regard.
    La conversation avait désormais prit un tournant bien plus apaisé. Les larmes de la jeune femme s'étaient taries et sa voix resta posée.

     

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    - Parce que c'est fini alors ? pesta Emma. Tu t'en vas, je reste là et on rompt. C'est pas ça que tu voulais ? Tu t'es pourtant bien démerdé pour que ça se termine de cette manière en me mettant au pied du mur.
    - Qu'est-ce que ça aurait changé de toute façon ? Je comptais partir depuis bien longtemps.
    - Donc tu m'a menti. Camille m'avait bien informée quand il m'a dit que tu souhaitais partir il y a quelques semaines. Et tu m'as dit que non, et de toute façon, que je serais la première au courant.

     

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    Elle détourna la tête et regarda en direction de la fenêtre pour ne pas avoir à croiser son regard. Elle n'était vraiment pas d'humeur à craquer s'il lui faisait sa bouille de chiot apeuré. Elle était bien plus que remontée contre ce bellâtre qui avait l'air de s'en fiche comme de l'an quarante de ses sentiments à elle.
    - Et bien, Georg-Kaitlin, ne compte pas sur moi pour te conduire à la gare. Et je ne te souhaite pas un bon voyage. Tu connais la sortie.
    Le regard de la jeune femme resta rivé aux carreaux de la fenêtre. Elle ne voulait pas se remettre à pleurer devant lui. Alors elle serra la mâchoire, et les poings avec, trembla de tout son corps certes, mais ne le regarda pas quand il se leva, ne dit rien en retour quand il lui dit pourtant le plus sincèrement du monde qu'il était désolé et qu'il l'aimait.

     

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    Et Georg sortit de la chambre, comme il est arrivé. Seul et sans se faire annoncer. Il récupéra ses sacs au pied de la maison de sa désormais ex-petite amie et c'est avec les yeux humides qu'il traversa une dernière fois le jardin de la maison pour prendre la direction de la gare de la ville, afin de rejoindre l'aéroport où il prendra la direction de la France, sans aucune envie de remettre un jour les pieds dans l'état du Maine.
    Emma, quant à elle, ne bougea pratiquement pas du banc de son piano du reste de la journée, à part pour s'écrouler, le visage contre les touches d'ivoire pour y déverser toute sa tristesse, et toute sa haine à l'encontre de ce jeune homme qui venait de briser plus de quatre ans de relation d'un simple claquement de doigts.

     

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    Et c'est son jumeau, Camille, qui la trouva ainsi en début de soirée alors qu'il avait passé la fin de journée avec son petit ami. Cherchant sa jumelle dans la maison pour déclencher un vendredi cinéma dans la chambre du jeune homme comme ils avaient l'habitude de faire, Camille la trouva ainsi, effondrée sur son piano, les yeux explosés à force de pleurer et le cœur totalement en miettes. Il n'en fallut pas plus au brunet pour comprendre ce qui s'était passé dans la vie de sa sœur et réalisa bien vite que son meilleur ami était bien parti, en rompant ainsi avec sa jumelle.
    - Viens Emma, qu'il lui dira finalement après quelques secondes à essayer de la tirer de son état de prostration. C'est vendredi, et Cloud m'a filé la première saison de Stranger Things. Je peux même te faire apparaître un super menu à base tortillas et de glace aux cookies.
    Emma ne bougea presque pas, mais Camille vit bien sa main passer à nouveau sous ses yeux et entendit très clairement ce reniflement, tout sauf élégant, de sa sœur qui cherchait à reprendre une contenance. Il patienta quelques instants supplémentaires avant que la jolie rousse ne se rasseye convenablement sur le banc du piano pour reprendre ses esprits.

     

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    - Mais ça fait peur Stranger Things, souffla-t-elle simplement en guise de réponse à l'invitation de son frère.
    - T'inquiète mauviette, je suis là pour te protéger, allez, viens !
    Sur ces derniers mots, il attrape les deux bras de la jeune femme pour l'aider à se tenir sur ses deux jambes tremblotantes, et quand ceci fut fait, il la tira doucement à l'intérieur de sa chambre où il l'installa en tailleur sur son lit, un animal en peluche entre les bras pour qu'elle ait quelque chose à martyriser. Il recula de quelques pas, contemplant son chef d’œuvre avant de réaliser qu'il lui manquait un élément primordial. Il s’éclipsa quelques instant dans la chambre de sa sœur pour en revenir avec son pyjama qui lui posa à côté d'elle.

     

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    - Je vais chercher à manger, toi tu te changes, tu te fais un chignon horrible, tu te démaquilles, et si t'es pas prête quand je reviens, je dors pas avec toi ce soir, c'est compris ?
    La jeunette opina du chef et s'exécuta quand son frère disparut au rez-de-chaussée pour revenir une dizaine de minutes plus tard les bras chargés de victuailles tandis que Emma était changée et démaquillée, le visage, rougi et bouffi par son après midi à chouiner, appuyé sur l'animal en peluche, fixant droit devant elle.

     

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    Camille posa alors glace et tortillas sur la petite table basse de sa chambre avant d'approcher la télévision d'eux et il lança finalement le premier épisode de cette série horrifique qui lui fut fortement conseillé par son petit ami. Ils passèrent alors tous les deux la soirée ainsi, les yeux perdus dans les tréfonds de la boîte à images. Rongée par sa tristesse, Emma ferma très rapidement les yeux, commençant à s'endormir, et alors qu'elle changea de position pour s'allonger sur le ventre, regardant toujours l'écran, Morphée passa la chercher dans les deux minutes qui suivirent, pour s'endormir, lovée contre son frère, enserrant dans ses bras cette pauvre peluche qui n'avait rien demandé à personne.

     

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