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    La nuit tombait doucement sur la petite ville de Houlton et ses champs de patates. Et dans cette maison de plain pied, la soirée s'annonçait à la fois houleuse et festive.
    Festive, car c'est le bal de fin d'année du lycée et que An est toute sautillante sur sa chaise lors du dîner à l'idée d'avoir enfin son moment princesse – alors que jusque là, elle grognait de devoir chaperonner avec Gabe.
    Houleuse, car l'invitation de Théo Mc Fly dans ce petit logement n'arrangeait pas les affaires de tout le monde, encore moins de Marine qui ne supportait absolument pas les Mc Fly, et ce bien avant de faire partie de cette famille. Il est vrai qu'il en faut du courage pour tolérer l'ancienne sex-friend de son mari dans sa famille, l'horrible Emilie, épouse du cousin de Nate et mère du cloporte qui squatte dans sa maison à elle !

     

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    Nate ne s'occupait pas de son épouse, il sait très bien qu'elle continuera de pester contre Emilie, « parce que si elle était pas si chiante, on aurait pas Théo à la maison tous les soirs à dormir dans le canapé du salon ! ». Mais dans le fond, il sait qu'elle n'a rien contre Théo, au contraire. Il est tout ce qu'il y a de plus serviable et effacé dans cette maison, pour se faire oublier. Plus que correct, il range aussitôt le salon dès qu'il est réveillé et il a même trouvé un appartement en l'espace de deux jours. Et puis, la colère de Marine n'est qu'une façade, puisque dès qu'ils ne sont plus que tous les deux, elle le couvre presque d'éloge en disant à Nate à quel point il pouvait ressembler à son cousin. A croire qu'elle cherche à garder la face devant les autres pour rejeter en bloc tout ce qui se rapproche de l'autre garce.

     

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    Et ce soir ne déroge pas à la règle. Ils sont tous autour de la table de la cuisine à manger un copieux repas réalisé par Jayn et Nate. Marine félicite sa fille cadette au sujet du dîner, tandis que Jayn lui avoue que « Papa est vraiment nul en cuisine, il sait même pas casser les oeufs », tandis que de l'autre côté de la table, Théo en profite pour chahuter sa cousine qui ne tient plus en place à l'idée de sa soirée.
    - On dirait vraiment une collégienne, qu'il lui glisse en riant. T'es sûre d'être à la fac là ?
    - Oh toi, la ferme ! Je suis pas si excitée que ça, j'ai pas faim, c'est tout, dit-elle en repoussant son assiette.
    Son regard fila vers l'horloge de la pièce. Gabe passera la chercher vers vingt heures trente,soit dans approximativement une heure, et elle n'est pas encore habillée pour l'occasion. Il y a des raisons de ne pas tenir en place, elle ne veut absolument pas se rater ni être en retard.

     

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    - On dirait que tu vas au bal de Cendrillon pour rencontrer le prince charmant.
    - Un prince charmant du nom de Gabe, surenchérit aussitôt Marine en regardant sa fille, sans cacher son côté groupie pour le futur médecin et meilleur ami de son aîné.
    An piqua un fard dans son assiette tout en faisant la moue. Parce que Gabe n'a rien d'un prince charmant, il lui manque un élément essentiel, la couronne. Et le château, et le carrosse … bref, il ne lui manque qu'un élément essentiel : tout.
    - Et sinon, tu ne rentres pas tard, lui fit presque aussitôt son père. Et tu ne bois pas non plus, qu'il rajoute comme le parfait père poule qu'il est.
    - C'est un bal de lycée Papa, comment veux-tu que je trouve de l'alcool. Pour le reste, je peux rien te promettre, mais promis, je dors à la maison. Et, euh … je peux sortir de table ? Osa-t-elle finalement après quelques secondes. J'ai vraiment pas faim, je voudrais aller me préparer.
    Marine opina du bonnet et la jeune femme en profita pour aller disparaître dans sa chambre, sans se rendre compte que Théo ne la quittait pas du regard.

     

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    Il est vrai que depuis qu'il vit ici, les deux cousins s'entendent à la perfection. Ils n'avaient pas eu l'occasion de grandir ensemble – Houlton et San Diego sont aux extrêmes opposés l'un de l'autre, et le facteur Emilie n'aide pas vraiment aux rapprochements – mais sont tout de suite devenus très complices. C'est donc tout naturellement que quinze minutes plus tard, Théo s'excusa à son tour pour sortir de table et alla toquer à la chambre de la demoiselle pour squatter sur son lit.
    - T'es habillée ? Qu'il lui fait au travers de la porte.
    - Ouaip, vas-y, entre, lui fit aussitôt la jeune femme.
    Théo s'exécuta et pénétra dans la chambre de la brunette pour la découvrir assise à son bureau, les yeux accrochés à son écran d'ordinateur. Elle était visiblement en grande discussion écrite sur skype avec un ami, et pour ne pas la déranger, le jeune homme pivota sur sa droite pour s'asseoir sur le lit de An, en attendant qu'elle lui cède un peu de son temps, chose qui ne vint pas.
    - C'est comme ça que tu comptes te préparer pour ton bal, qu'il lui lance, taquin.
    - J'ai encore le temps, qu'elle lui sort sans détourner le regard de son écran.
    - A qui tu parles ?

     

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    A ces mots, Théo se rapprocha de la jeune femme pour aller s'asseoir derrière elle en faisant le contorsionniste. An, par réflexe, s'avança légèrement pour faire de la place à Théo, qui encercla alors sa taille de ses bras, tout en posant son menton sur l'épaule de An.
    - Erwan ? Souffla-t-il. C'est un pote de fac ?
    Elle nia de la tête, continuant de pianoter sur son clavier.

     

    Erwan : C'est ce soir le bal du lycée, non ?
    Anie : Oui ! On vient me chercher dans une heure. Et je n'ai pas la varicelle cette fois-ci ^^
    Erwan : Elle ne s'attrape qu'une fois, tu ne risques pas de l'avoir à nouveau
    Anie : Humour... Des fois, tu parles comme un vieux de quarante ans quand même. T'as prévu quoi de ton week-end toi ?
    Erwan : Réviser, j'ai des partiels...

     

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    - Tu le connais d'où ? Reprend-il en lisant par dessus l'épaule de son amie.
    - D'un forum d'écriture. Il écrit des trucs géniaux, et c'est lui qui est venu me parler en premier, lui explique-t-elle en s'excusant auprès d'Erwan de devoir le laisser car elle devait se préparer pour la soirée.
    - Et tu l'as jamais vu ?

     

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    Un peu fâchée que Théo lui pose autant de question sur son ami virtuel, An se précipite sur son armoire pour en sortir la robe rouge prêtée par Zhoo pour la soirée qu'elle passera avec son meilleur ami. Une sublime robe longue, intégralement rouge, avec le bras gauche dénudé et le bras droit entièrement recouvert de tissu. A peine son amie la lui avait-elle montrée qu'An en était littéralement tombée amoureuse. Elle s'empara alors du précieux tissu et alla se calfeutrer dans la salle de bain attenante à sa chambre pour se changer loin du regard de son cousin. Passer la robe fut un véritable jeu d'enfant et moins de cinq minutes plus tard, elle fut de retour dans sa chambre, sous le regard admiratif de Théo, qui n'avait pas quitter la chaise de bureau de la demoiselle.

     

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    - Il n'y a pas nier, débuta-t-il. Le rouge, c'est vraiment ce qui te va le mieux.
    Et comme pour donner encore plus raison à son interlocuteur, elle rougit légèrement, apportant encore plus de couleur à sa tenue. Et comme pour faire disparaître se maquillage qui lui semblait vraiment de trop, elle se frotta les joues et se rapprocha de son miroir, pour tenter d'avoir une coiffure un peu plus sophistiquée, malgré ses cheveux extrêmement courts. Une ou deux épingles à chignon plus tard, le résultat était là : elle avait réussi à ramener ses cheveux à l'arrière de sa tête et elle était d'ailleurs plutôt ravie du résultat, Théo la regardant toujours.
    - Il y en a qui ont de la chance, murmura-t-il.
    - De ? La questionna aussitôt la jeune brune.
    - Retourner au lycée uniquement pour le bal. J'avais adoré mon bal de promo d'ailleurs, pensa-t-il à voix haute.
    - Toi, à un bal de promo ? Pouffa son interlocutrice. Tu sais danser ?

     

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    Sous son hilarité, elle s'assit sur son lit pour mettre ses chaussures à talons hauts. Théo, mi vexé, mi amusé, se leva de sa chaise pour s'approcher d'elle et lui tendre la main, en espérant qu'elle l'accepte et la lui prenne. D'abord interrogative, elle accepta l'invitation et prit la main de Théo, se relevant avec son aide.
    - Oui, je sais danser. Ça te surprend ?

     

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    À ces mots, il posa sa main libre sur la taille de An et d'un mouvement sec et précis, sans pour autant être violent, il la rapprocha de lui, leurs corps se touchant presque. Il commença alors quelques pas de danse, fredonnant de lui même un temps de valse, du moins, c'est ce qu'en pensait An, et tout sourire, elle le suivit, en faisant bien attention de ne pas lui marcher sur les pieds.

     

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    Parce que la jeune femme n'est pas vraiment une danseuse, sauf si c'est pour se dandiner en boîte de nuit. Dès qu'il est question d'évoluer avec quelqu'un, elle va plutôt lui marcher sur les pieds. Mais loin de sa faute, on ne lui a jamais appris. Quand elle avait demandé à ses amies il y a quatre ans de cela, Emma et Zhoo, où elles avaient appris à danser, d'une même voix, elles avaient répondu « Bah, papa ! ». Et le regard de la jeune fille de l'époque avait glissé jusqu'à son père, en chaise roulante et donc incapable de danser, et elle n'avait alors jamais reposé la question à qui que ce soit.

     

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    Voyant sa totale inaptitude à la danse, Théo aida la jeune femme à se déplacer dans la pièce sans lui écraser ses adorables petons. Après tout, Gabe allait sûrement la faire danser, qu'il lui disait, et ce serait vraiment ridicule qu'elle refuse ou s'écrase le nez au sol devant tout le monde. Il avait donc décidé de lui donner une leçon improvisée dans la demi-heure qu'il lui restait. An s'appliquait, essayait de mémoriser les pas et quand la sonnette retentit dans la maison, cela faisait bien deux minutes que les pieds de Théo n'avaient pas rencontré ceux de la brunette.

     

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    C'est Nate qui alla ouvrir au visiteur impromptu, bien décidé à mettre les choses au clair très rapidement avec lui. Bien évidemment que Marine avait essayé de courir à la porte avant son époux, mais malheureusement, il ne porte pas son surnom de Speedy Gonzales en vain, il est capable d'être rapide, même sur quatre roues.
    - Bonsoir Gabe, fit Nate en ouvrant la porte sur un jeune homme habillé d'une chemise, cravate et pantalon noir. Elle arrive dans deux minutes, si tu veux rentrer.
    Nate glissa légèrement sur le côté pour faire entrer Gabe, qui resta cependant dans l'entrée, ne voulant pas s'aventurer plus loin dans la maison de sa meilleure amie. Il aurait d'ailleurs préféré que ce soit elle, ou sa mère, qui vienne lui ouvrir la porte ce soir là, il sait très bien à quel point Nate peut être protecteur quand il s'agit de son aînée.

     

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    - Bon, je veux savoir An à la maison avant deux heures du matin, est-ce clair ? Et hors de question qu'elle revienne avec ne serait-ce qu'une goutte d'alcool dans le sang. C'est le bal du lycée, alors tu la traînes pas dans tes bars d'étudiants.
    - Pas d'inquiétude Monsieur Handers, je ferais attention, et on sera de retour avant deux heures.
    Et à peine eut-il finit sa phrase que An sortit de sa chambre, Théo sur ses talons, vêtue de sa belle robe rouge qui lui allait comme un gant, et qui attira tout de suite l’œil de Gabe, incapable de regarder ailleurs. Il ne remarqua même pas vraiment la présence de Théo derrière elle.

     

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    - Wah, An, tu es sublime, dit-il alors qu'elle s'approchait de lui en souriant.
    - Merci, tu n'es pas mal non plus.
    Puis elle se tourna vers son père, qui fronçait les sourcils avant de l'embrasser sur la joue.
    - Allez, boude pas, je rentre très vite et promis je bois pas et je serais trèès sage. On y va ? Souffla-t-elle ensuite à Gabe en lui attrapant le bras.
    Et les deux presqu'adultes disparurent dans la soirée qui commençait à tomber, en direction du bal du lycée de la petite sœur de Gabe, qui les attendait dans la voiture, assise sur la banquette arrière avec son cavalier pour la soirée.