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    Le problème des soirées où on est chaperons, c'est que justement, on est chaperons. On n'a pas vraiment le droit de s'amuser, au plus grand damn de An. Elle restait debout, dans un coin de la salle, à regarder les adolescents sautiller dans tous les sens dès qu'une musique un peu plus rock leur sifflait les oreilles, tout en désertant très rapidement la piste de danse dès qu'un slow ou une balade arrivait.
    Gabe restait à côté d'elle, ils discutaient de tout et de rien, beaucoup des études de Gabe et de toute ce qu'il avait encore à apprendre pour ne pas perdre le fil à la rentrée prochaine. Il avait choisit sa spécialité, la neurologie, mais il n'était pas le seul avec de telles ambitions et les places étaient chères. An ne l'écoutait que d'une oreille, à la fois intéressée par ce qu'il disait, mais aussi comme happée par la piste de danse devant elle. Elle aussi avait envie d'aller se trémousser sur un air de rock, et puis, Théo ne lui avait pas appris ces quelques pas de danse pour rien, elle voulait tout de même s'en servir.

    Gabe remarqua la rêverie de son amie et tranquillement, il lui reprit la flûte de Champo-fête qu'elle avait dans la main, sans qu'elle ne réagisse vraiment pour la poser sur la table, derrière eux. En revenant vers elle, il se mit sous son nez, pour la faire sortir un peu de sa rêverie et il tendit la main vers elle, telle une invitation à filer avec elle sur la piste de danse.

     

    ♪ ♫ Je te promets – Johnny Hallyday

     

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    An considéra cette main quelques instants alors qu'un slow commençait à percer par dessus les voix surexcitées de tous ses adolescents. Il quittèrent alors tous la piste de danse pour se ruer sur des rafraîchissements et des grignotages. Elle aimerait bien prendre cette main que lui tend Gabe, mais son regard file autour d'elle, ne voulant pas se faire réprimander par les professeurs pour abandon de poste.
    - Que veux-tu qu'ils nous fassent ? Lui dit Gabe. Nous virer du lycée ? Nous empêcher de passer le bac ? Allez, viens …
    Il n'avait pas vraiment tort après tout, que risquait-elle ? Elle glissa alors sa main dans celle de Gabe et il tira doucement au milieu de la piste de danse. Délicatement, il posa sa main dans le dos de An, soulevant doucement son autre main, mais il n'osa pas trop se rapprocher d'elle, après tout, il a été éconduit assez de fois pour comprendre qu'il n'y aurait rien à y gagner.

     

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    Alors ce fut An qui fit le premier pas vers lui pour s'en rapprocher et briser cette distance qui se trouvait entre eux deux. Ils restaient amis malgré tout, il n'y a aucune raison qu'il s'éloignent. Lui esquissant une sourire, il commença à se déplacer sur la piste, suivant le rythme de la musique tout en guidant sa partenaire à la perfection. La jeune femme eut du mal à le suivre, restant figée dans ce que Théo lui avait appris quelques heures plus tôt, avant de finalement se laisser porter par la musique et par Gabe, et miraculeusement, selon elle, elle ne lui écrasa absolument pas les pieds.

     

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    Et à la grande surprise d'An, Gabe était un virtuose quand il était question de danser en couple. Elle se laissa porter, il la fit virevolter, tout en douceur, suivant le rythme lancinant de la musique, tout en gagnant en ardeur, telle la chanson, accélérant le pas, resserrant la jeune femme contre lui, la faisant basculer. Elle se serait cru presque dans une autre dimension, totalement coupée du monde.

     

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    Pris dans leur duo, ils ne remarquèrent même pas qu'une centaine d'yeux les regardaient virevolter sur la piste. Ils n'en prirent peut-être pas compte. An savourait son premier bal en tant que lycéenne, Gabe était ravi d'avoir la fille dont il était amoureux dans ses bras, sans rien avoir fait de particulier pour en arriver là. Et cette chanson française qui passe alors dans cette salle, elle en comprend chaque mot, rougissant à chaque parole prononcées par le chanteur, trouvant qu'étrangement, elle correspondait parfaitement à son partenaire de ce soir.

     

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    Rougissant légèrement, elle leva les yeux vers lui pour essayer de capter ce à quoi il pouvait bien penser, là, maintenant, et il lui sourit, car lui aussi, avait absolument tout compris.
    Et quand finalement la chanson perdit en intensité, Gabe ralentit le pas pour s'arrêter finalement en plein milieu de la piste de danse, sous les applaudissements des lycéens qui avaient assisté à la prestation, et même ceux des surveillants, sans aucune once de reproche dans leurs actes. Après tout, ils sont là pour s'amuser aussi, qu'ils se diront. Ce serait dommage de ne pas profiter de cette piste danse, surtout quand on est jeune …

     

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    Se rendant compte de ce qu'il venait de se passer, An vira rouge pivoine sous les rire de Gabe. Il la lâcha lors avant de tendre la main vers elle, lui proposant d'aller prendre l'air, ce qu'elle accepta de suite en prenant la main de son ami dans la sienne, et ils sortirent tous les deux de la pièce pour rejoindre la cour de récréation, où il s'assirent sur un muret, auprès des vestiaires.

     

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    Ils étaient totalement seuls à l'extérieur, le lampadaire de la cour apportait une lumière diffuse, propice à cacher les rougeurs des joues d'An. Les seuls sons qui arrivaient à ses oreilles étaient le bruit des quelques voitures qui passaient dans la rue voisine, avec un léger brouhaha du au bal qui poursuivait sa lancée dans la pièce d'à côté.
    Ils ne parlaient ni l'un ni l'autre, un peu perturbés de ce qu'il s'était passé à l'instant. Les bras croisés sur sa poitrine, An levait la tête, regardant la pleine lune de cette belle soirée d'été. Il ne faisait pas froid, bien au contraire. L'été était bien arrivé et le léger vent frais qui soufflait par intermittence apportait un peu de fraîcheur bienvenue.

     

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    - Merci, qu'elle lui souffla finalement sans quitter la Lune du regard.
    - De ?
    - De m'avoir forcée à faire le chaperon avec toi ce soir, j'ai vraiment adoré. J'aurais eu mon bal de lycée, et je voulais vraiment te remercier pour ça.
    - Ce fut un réel plaisir, Mademoiselle Handers. Je te reforce quand tu veux, rit-il en tournant la tête vers elle.
    La lumière de la Lune lui découpait le visage dans la pénombre, et Gabe ne pouvait cesser de la regarder, comme subjugué par cette jeune femme assis à côté de lui, avec qui il vient juste de danser devant la quasi intégralité du lycée de sa sœur, qui doit être morte de honte à ce moment là. Et c'est cet instant que An choisit pour tourner la tête vers lui, sans réaliser qu'il était si près. Leurs nez se frôlèrent, An pouvait sentir la respiration de Gabe sur ses lèvres et elle en rougit de plus belle. Depuis quand elle rougissait autant quand il s'agissait de son meilleur ami ? Légèrement honteuse, elle détourna la tête avant de rencontrer un obstacle sur son chemin, la main de Gabe qui s'était posée sur sa joue, se glissant vers sa nuque, son pouce lui caressant doucement la joue.

     

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    - An … murmura-t-il en essayant de capter un regard, rien qu'un seul.
    Il aimerait tant qu'elle le regarde, ne serait-ce qu'un instant, autrement que son meilleur ami. Il aimerait tant compter pour elle encore un peu plus, mais il sait très bien que c'est peine perdue. Il avait tout essayé après tout, il s'était résigné. C'est comme amie qu'il avait invité An à cette soirée, mais quelque chose a changé chez la jeune femme. Un changement qui n'avait fait que lui rappeler à quel point il pouvait être amoureux de cette petite frimousse, de ce sale caractère, de sa meilleure amie. Alors, rien qu'un instant, il aimerait ne pas espérer en vain, même si ce n'est pas pour la vie, même si ce n'est que pour quelques heures …

     

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    De son côté, la jeune femme était tiraillée. Est-ce qu'elle pouvait se le permettre ? De se rapprocher de son meilleur ami ? Ne risquait-elle pas de perdre plus qu'elle n'y gagnerait ? « On peut juste essayer pour voir ... » pensa-t-elle alors qu'elle relevait les yeux vers lui.

     

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    Et finalement, elle combla la dernière distance qui les séparait et posa ses lèvres sur celles de son meilleur ami, qui fit glisser sa main à l'arrière de la nuque de An, pour la garder contre lui. Alors, pour la deuxième fois de la soirée, elle se laissa totalement porter par Gabe, le laissant la guider, étroitement enlacés l'un et l'autre, sur ce petit muret, de leur lycée d'adolescents ...

     

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    « Et même si notre histoire se termine au matin 
    J'te promets un moment de fièvre et de douceur »

     

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