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    Nous retournons maintenant de l'autre côté du globe. En cette fin de week-end, un jeune couple profite enfin de se retrouver seuls tous les deux dans leur domicile conjugal. Seuls tous les deux, du moins, en apparence, puisque Eliott Thatch, avocat de profession, était assis devant la table basse du salon, le nez dans ses dossiers plutôt que dans la peinture, comme sa conjointe, Faith.

     

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    En effet, cette dernière savait depuis quelques petites semaines déjà le sexe de son premier enfant – une adorable petite fille – et avait décidé dans la foulée de préparer la chambre de la future semeuse de troubles. Elle s'était donc ruée dans le magasin de bricolage le plus proche pour acheter des pots de peinture rose – au plus grand damn de son mari qui ne supporte pas cette couleur et encore moins pour les filles, non mais qui a décidé ça voyons !

     

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    Les tracas d'Eliott au sujet du coloris de la chambre de son futur nouveau né ne l'intéressèrent guère plus de deux minutes puisque que cela faisait maintenant un mois et demi que Harry Mayers, son client, était venu le voir avec sa compagne, Brooke Anderson, au sujet d'un dossier de douze criminels qu'il devait faire sortir de prison en moins de deux mois. Douze criminels, deux mois. Il n'en avait sorti aucun, toutes les possibilités étaient bouchées, et il ne lui restait plus que deux petites semaines, avant d'en subir les représailles. Une menace que Mayers avait très clairement dirigé vers son épouse, celle qui s'activait actuellement à repeindre cette pièce en rose, et qui ne se doutait pas une seule minute du pétrin dans lequel se trouvait le grand blond.

     

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    Eliott lâcha un profond soupir : il le sait, il n'y arrivera jamais. Pas en deux semaines. Pas alors que ces criminels étaient fichés « complices de Mayers » avec la mention trafic de drogue et meurtre dans la marge. Pas alors que tout le monde le connaît comme l'avocat de Mayers, l'avocat du diable, cet avocat corrompu qui baigne dans la drogue, les armes … Comme s'il avait seulement le choix.
    Appeler les policiers qui étaient venus le voir il y a quatre ans ? Pour quoi faire ? Qu'est-ce qu'ils feraient de plus ? Mayers avait des hommes partout, jusque dans la police, ce n'est pas le peine de se voiler la face. Il n'a aucun moyen de pression, il est face au mur, il y fonce même. Il ne sait plus quoi faire pour la protéger, pour les protéger.
    Partir loin ? La quitter ? Bien sûr qu'il y a pensé, mais cela ne servirait à rien, Mayers s'en prendrait à elle encore plus vite. Tout lui avouer, lui demander de partir en Papouasie-Nouvelle-Guinée ? Il la retrouverait et les tueraient, tous les deux. En deux mois, il avait eu le temps d'étudier chaque possibilité pour s'enfuir de ce pétrin, et de toutes les enterrer les unes après les autres, avec ses désillusions.
    - Eliott ! Clama alors Faith, sortant ainsi celui-ci de ses songes.

     

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    Il se releva pour rejoindre son aimée dans la chambre, qui était enfin totalement recouverte de peinture rose bonbon. Elle se tenait en plein milieu de la pièce, toute fière de son travail, affichant un immense sourire sur son visage recouvert de peinture.
    - Tadam ! Qu'elle lui fit. Tu en penses quoi ? Pas trop mal, non ?
    - Oui, c'est pas trop mal, répondit Eliott, la tête un peu ailleurs.
    - Ça va ?

     

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    Faith se rapprocha de lui, inquiète de le voir aussi peu expressif en cette fin de week-end. Bien sûr, elle n'a pas raté la vision de son conjoint envahi par les dossiers, mais elle est habituée à ce genre de situation, travaillant elle même dans le domaine judiciaire. Non, la tête d'Eliott aujourd'hui n'était pas la tête de l'Eliott de d'habitude, elle en était certaine, son sixième sens ne peut pas la tromper.
    - Mais oui, ne t'inquiète pas pour moi va, lui répondit-il alors. Je n'arrive à me sortir de ce dernier dossier, je suis juste un peu exténué. Ça ira mieux après une bonne nuit de sommeil.
    - Justement, à propos de ça, tu ne vas pas pouvoir te coucher très tôt ce soir … confessa-t-elle, un peu honteuse.

     

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    - Qu'est-ce que tu as fait encore ? Grogna Eliott, habitué des magouilles de son épouse.
    - Moi rien du tout, mais ta sœur nous a invité à dîner. Elle vient juste de m'appeler, j'ai pas pu dire non. Désolée ?
    Eliott bougonna quelque peu, mais changea assez vite son attitude. Après tout, voir sa sœur, Delphes, et le mari de celle-ci lui ferait le plus grand bien. Au moins, ça lui changerait peut-être les idées. Alors qu'il capitulait, son téléphone portable se mit à sonner depuis le salon et se précipita dessus pour y découvrir, sur l'écran, le nom de Harry Mayers.

     

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    Il n'avait absolument aucune envie d'y répondre. Que pouvait-il lui dire quand il se plaindrait de la lenteur des démarches pour libérer ses hommes. « Désolé, ma femme est enceinte et j'ai de la peinture à faire » ? Pas sûr que cela convienne vraiment à la situation. Il s'empara cependant du téléphone et décrocha, le portant à son oreille.
    - Eliott Thatch à l'appareil... s'annonça-t-il.
    - Je peux savoir ce que c'est que ce bordel ?!