• Paragraphes - Don't Turn Around (OS)

    Bienvenue dans les OneShots de Paragraphes et DTA.

    Je sais pas si y'en aura pour les autres histoires, mais bon bref xD

    J'y posterai des extraits que je ne pourrais jamais intégrer dans l'histoire, ou que j'aurais oublié, les idées me passent tellement vite dans le crâne xD

    Enfin bref, bonne lecture *va chercher le premier qu'elle a écrit pour DTA*

     

    Don't Turn Around (OS)

     

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    Contexte : Seize ans avant le début de DTA, deux ans après la fin de Paragraphes


    La journée avait commencé comme toutes les autres pour l’homme qui résidait au rez-de-chaussée de cet immeuble, il s’était levé aux aurores, réveillé par les cris stridents de la brunette qui partageait sa chambre depuis maintenant  deux ans, avant d’aller voir ce qui l’avait encore fait rager pour qu’elle ose réveiller cet homme qui avait plus que tout, besoin de sommeil ces derniers temps, sujet à de longues insomnies, portant toutes sur le même sujet. Toujours le même visage, qui lui martelait le crâne matin et soir, soir et matin, et plus encore, quand il voyait désormais celle qu’il considérait comme la femme de sa vie, qui avait finalement succombé de nouveau aux bras de Morphée, le laissant seul, assis dans son lit, les bras ballants. Il passa alors sa main droite sur sa tête, peignant maladroitement ses cheveux, avant de tourner la tête vers la gauche. Son réveil indiquait alors cinq heures vingt et une du matin, et mi-amusé, mi lassé, il esquissa un sourire avant de porter ses mains à ses jambes désormais inutiles, pour s’asseoir sur le rebord du lit. Désespéré, il jeta un regard droit devant lui, sur sa chaise roulante, son seul moyen de locomotion, son calvaire depuis deux ans, depuis qu’il avait rouvert les yeux, en ce matin frais de janvier, après cinq longs mois dans un coma profond. Cinq mois, au bout desquels il la vit, ce petit bout de femme aux yeux gris et aux cheveux châtains, remuant doucement dans son berceau, ses mains tendus vers celui à qui elle devait la vie.

    An était le bien le plus précieux de Nate. Elle était son trésor, sa merveille, celle pour qui il serait capable de déplacer des montagnes, de décrocher la Lune, et ce, même du haut de son fauteuil roulant. Car ses roues n’étaient pas un handicap pour lui, mais un juste retour des choses. Sa juste punition pour ce qu’il n’avait pas fait, pour sauver la mère de sa fille. Une larme roula alors sur sa joue, avant de s’écraser sur la cicatrice qui lui balafrait l’intégralité de la joue droite, cicatrice qu’il avait de plus en plus de mal à regarder en face avec le temps, mais qu’il voulait pourtant conserver. Elle n’est plus là, mais il veut la garder, avec lui, coûte que coûte. A travers cette balafre, ses jambes inutiles, et sa fille.

    Il attira alors sa chaise vers lui avant de s’y installer confortablement, calant ses pieds comme il le fallait. Il jeta un regard rapide sur son lit, où il repéra le tee-shirt noir qu’il avait retiré durant la nuit, pensant que la touffeur de la pièce l’empêchait de trouver le sommeil, et une fois revêtu, il posa ses mains de chaque côté de sa chaise, pour la faire avancer doucement, les roues grinçant sur le lino usé de la pièce. Il s’approcha du berceau de l’enfant, pensant qu’elle s’était rendormie, mais il la connaissait bien sa fille. Elle s’était allongée, certes, mais ses grands yeux étaient ouverts, et elle fixait le plafond maladroitement.

    _ An ? appela doucement l’homme en passant sa main par-dessus le berceau, pour que sa fille puisse l’attraper.

    L’enfant s’assit alors, regardant autour d’elle dans la pénombre de la pièce, avant de voir les doigts de son père, qu’elle s’empressa d’acquérir pour jouer avec en riant, rendant son père heureux comme un roi. Car c’était pour ses sourires à elle qu’il se battait pour vivre, et pour avancer, et ce, dès la première fois qu’il la vit à l’hôpital, allant contre l’avis des puéricultrices, qui ne voyaient pas ce pauvre bougre paralysé s’occuper d’une aussi petite enfant, de cinq mois à peine. « J’y arriverai » leur avait-il assuré. « Elle n’a plus de mère, je ne veux pas qu’elle me remplace par vous. »

    Bien évidemment, les premières semaines n’avaient pas été faciles. Il avait du appeler Julia plus d’une fois pour qu’elle l’aide, ne serait-ce qu’à changer sa fille, lui expliquer le « fonctionnement » d’un bébé, tout ce qu’il devait apprendre sur le tas pour conserver la garde de sa fille, car il se savait sur la ligne de mire, et il s’y sait toujours présent aujourd’hui. Mais à ce jour, il n’est plus l’homme fragilisé et démuni d’il y a deux ans, il a avancé, il a mûrit, il a pris conscience de la charge que représentait un enfant pour un parent célibataire. Et il a trouvé des parades, appelées « aménagements pour personnes à mobilité réduite » ou encore « nourrice ».

    Nate retira les loquets de chaque côté du berceau, descendant la barrière, afin qu’il puisse prendre sa fille dans ses bras, sans difficultés. L’enfant, habitués au mouvements difficiles de son père ne dit rien, le regardant faire, sagement assise sur ses couvertures, bien qu’impatiente, sachant très bien qu’une fois la barrière descendue, c’est une série de câlins avec son papa qui l’attendait.

    _ Tu viens voir Papa ? demanda Nate en tendant les bras vers An une fois la manœuvre terminée.

    L’enfant n’hésita pas un instant pour se mettre sur ses deux pieds et de tendre les bras vers Nate, elle s’approcha de lui, se tenant maladroitement sur ses pieds, puis trébucha, tombant directement dans les bras de son père, qui avait déjà viré au blanc.

    _ Ca va mon ange ? s’inquiéta-t-il aussitôt en tenant l’enfant à bout de bras qui finit par exploser de rire. T’es une bourrique, tu veux vraiment que Papa meure d’une crise cardiaque j’ai l’impression. C’est l’héritage que tu veux ? Y’a pas grand-chose ma pauvre, monologua-t-il tout seul ensuite. Allez viens, je vais te donner ton biberon, je suis pas courageux ce matin.

    _ Bibi ! piailla l’enfant en s’asseyant d’elle-même et par habitude, sur les genoux de son père, qui prit alors la direction de la cuisine, le plus doucement possible, afin de ne pas faire tomber An par mégarde.

    Une fois tous les deux dans la cuisine, il la déposa au sol, le temps qu’il lui prépare son petit déjeuner, l’enfant se dirigeant vers le petit salon où trônait son coffre à jouets, se tenant sur ses deux pieds, avant de finalement se résigner, et d’y aller à quatre pattes, c’était mille fois plus rapide.

    _ An, commença à bougonner Nate en ouvrant le frigo. Ne joue pas, je vais te donner à manger espèce de friponne.

    _Po’cinet ! dit-elle en attrapant la peluche rose, ayant appartenu auparavant à Andy, avant de lui mordiller sauvagement l’oreille, sous l’œil amusé de Nate qui finit de préparer le biberon de sa fille.

    Une fois celui-ci terminé, il s’approcha d’elle, callant le petit déjeuner de sa fille entre ses genoux. Et An lâcha aussitôt Porcinet, et son oreille déchiquetée pour ce biberon qui lui au moins, avait le mérite de lui remplir l’estomac.

    _ ‘rci, lui dit-elle en se levant pour s’emparer d’elle-même du biberon entre les genoux de son père, se levant vivement, avant de s’asseoir brutalement sur les fesses, une fois son bien convoité entre ses petites mains.

    _ Espèce de goulue, s’amusa aussitôt Nate. Bois pas si vite, il va pas s’enfuir ton bab’ !

    Mais An, plus têtue qu’une mule, nia de la tête, tétine dans le bec, avant de reprendre de plus belle les hostilités contre son petit déjeuner, bien décidée à en découdre. Amusé, Nate leva les yeux au ciel, et contourna la canapé, sur lequel il s’installa. Il tâtonna sous les coussins à la recherche de la télécommande, quand il entendit toquer à la porte d’entrer.

    Il tourna alors vivement la tête vers l’entrée, agacé que quelqu’un ait l’idée de venir le déranger à cinq heures et demi du matin. Il voulut l’ignorer, mais le visiteur insistait, et Nate s’installa alors, agacé, sur son fauteuil, lançant un « j’arrive » bien audible, décider à en faire voir de belles à son visiteur.

    _ Ouais c’est bon, je suis là, minute, je suis pas une formule un, bougonna-t-il en se frayant un chemin dans son salon, entre la table basse et le fauteuil.

    Il lança un dernier regard à An, qui avait abandonné son biberon cinq minutes pour se gratter le nez, et tourna la clé dans la serrure, avant de retirer la chaînette de sécurité, pour ouvrir la porte d’un grand coup, tout en maugréant.

    _ Votre mère vous a jamais appris à pas entrez chez les gens avant … neuf … heures …

    Sa phrase se calma aussitôt quand il remarqua qui se tenait droit comme un I devant lui. Une jeune femme, qu’il n’espérait plus voir. Qu’il n’attendait plus, alors qu’il l’avait appelée la veille, dans un moment de faiblesse. Marine Etienney. Et c’est un visage étonné, décontenancé qu’il lui offrit, avec pour seule question sur le bout des lèvres : que faisait-elle ici, loin de sa vie parfaite au Japon ?

    Sur le visage de la jeune femme, ce n’était pas la même expression que l’on pouvait lire. Ce n’était pas l’étonnement de le revoir après ces années, non, c’était la vue de l’homme de sa vie, de son Nate, de celui qu’elle ne cessait de défendre fasse à ses amies qui lui disaient qu’il était un parfait connard de l’avoir abandonnée, dans cet état d’impuissance totale, démuni. Et des milliards de questions tournoyaient dans sa tête au fur et à mesure qu’elle détaillait l’homme qui se tenait devant elle, un homme amoindri, le visage creusé, de lourdes poches sous les yeux, le regard vitreux et brillant, et surtout, ce fauteuil roulant sur lequel il était assis. Quels épisodes cet homme qu’elle aimait tant avait-il bien pu vivre pour se retrouver cloué comme un infirme, un mutilé de guerre, sur cette chaise dont la vue l’insupportait déjà.

    La jeune femme tomba alors à genoux devant lui, le visage en pleurs, avant de poser ses mains sur ses joues, voulant vérifier qu’elle ne rêvait pas, qu’il était bien là, en face d’elle. Handicapé, fatigué, déprimé, certes, mais là, sous ses yeux, en vie, et presque inchangé.

    _ Je m’en veux tellement Nate, finit-elle par exploser en sanglot, s’écroulant sur les genoux de Nate, ses bras posés sur ceux-ci, sa tête enfouie. Si tu savais à quel point. Je n’aurais jamais dû te laisser, je n’aurais jamais dû aller au Japon, j’aurais mieux fait de te suivre, de rester avec toi …

    Désemparé, incapable du moindre son, il posa ses mains sur la tête de Marine, enfouissant ses doigts dans les cheveux sombres de la jeune femme, appréciant ce simple moment, ce simple contact physique avec elle, qui lui a tant manqué depuis ces années. Il plissa alors les yeux, sentant les larmes les lui piquer, bien qu’une larme ne s’échappe de ses paupières, pour s’écraser contre le bras nu de Marine, qui releva la tête aussitôt, pour le voir pleurer en silence.

    _ Nate, supplia-t-elle. Dis moi quelque chose, je t’en prie. N’importe quoi. Fous moi dehors en gueulant, traite moi de tous les noms, mais je t’en prie, parle moi …

    _ Excuse moi, ne fut-il seulement capable de dire, avant de baisser la tête, n’ayant plus la force de lutter contre ses larmes.

    Il resserra alors sa main sur celles de Marine, ne voulant pas croire à ce qui lui arrivait, ne voulant pas croire qu’elle était juste là, sur le pas de sa porte. Alors que lui, il n’était plus que l’ombre de lui-même, qu’un homme sur roulettes qui n’attendait plus rien de la vie que de voir sa fille heureuse, sans s’occuper de son propre bonheur. Mais à quand remonte la dernière fois qu’il a fait quelque chose pour son bonheur à lui ? Depuis la naissance d’An, c’est pour elle qu’il vivait, pour qu’elle connaisse son père à défaut de connaître sa mère. Mais depuis sa rupture d’avec Marine, d’avec cette femme qu’il avait tant aimé, à laquelle il aurait vendu corps et âme, depuis qu’il avait tout rayé, ça avait été pour Andy qu’il s’était battu, pour la voir sourire, et peu importait combien il lui en avait coûté. Il avait du faire le deuil de Lola trop vite, et cela le tourmente aujourd’hui. Sa sœur lui manque affreusement aujourd’hui, comme ses parents, qui n’ont jamais supporté le manque de tristesse de la part de leur fils aîné. Et aujourd’hui, il ne se sentait pas capable d’être égoïste, de vouloir un peu de ce bonheur qui venait d’arriver sur le pas de sa porte, à ses dépends à elle, qui devrait supporter un infirme, pour les jours à venir.

    _ Papa ? entendit-il alors piailler derrière lui.

    Il releva vivement la tête à l’appel de sa fille, avant de croiser le regard interloqué de Marine, qui s’était figée à ce simple mot. « Papa ». Et pour elle, une seule solution possible : l’homme qu’elle aimait plus que tout au monde avait refait sa vie. Il était père désormais, et il n’avait donc désormais plus besoin d’elle. Ses larmes, ce n’était que de la nostalgie, rien de plus, et à cette simple pensée, son cœur se brisa une nouvelle fois.

    _ Papa, reprit An en approchant enfin de son père et se rendant visible aux yeux humides de Marine, fini bibi !

    _ C’est bien ma chérie, lui dit Nate en reniflant.

    L’enfant leva alors la tête, dévisageant son père, et surtout les traînées humides qu’elle voyait sur ses joues, comme elle quand elle avait fait un cauchemar, quand elle avait mal. Et de sa voix cristalline, bercée d’innocence, elle reprit la parole devant les deux adultes muets.

    _ ‘quoi tu peures Papa ? demanda-t-elle, sa voix troublée par les trémolos, elle-même triste de voir son père dans cet état, état qu’elle ne supportait pas étant donné son jeune âge. Elle se fraya alors un chemin, titubant, avançant maladroitement vers l’avant du fauteuil de son père. La jeune femme, abasourdie par l’entreprise de l’enfant se recula, lui laissant le passage, et An s’accrocha aux jambes de son père, ses yeux s’humidifiant au fur et à mesure des secondes. Nate, ne supportant pas ce spectacle, prit sa fille dans ses bras avant de la serrer contre lui, car il ne pouvait se résoudre à la laisser pleurer sans rien faire.

    _ Je .. je voulais te le dire, souffla-t-il à Marine, toujours assise au sol, auprès de sa valise rouge. Je te le jure, mais j’avais peur de ta réaction, et … j’étais convaincu qu’on ne se verrait plus jamais, je ne m’attendais pas à te voir, pardonne-moi.

    Les lèvres tremblantes, le cœur serré et le regard noir, Marine se releva, déçue, bafouée, ses rêves réduits à l’état de poussière. Elle avait tant fait pour lui, pour le défendre, pour prouver qu’il n’était pas ce salop qu’on lui répétait tout le temps. Finalement, comme toujours, les autres avaient raison. Les autres ont toujours raison, c’est inévitable.

    _ Et tu comptais me le balancer comment ? Une fois que je me serais de nouveau attachée à toi ? Salut Marine, au fait je suis marié, et j’ai un enfant, la vie est belle, casse toi quand même !

    Marine était à bout de nerfs, elle craquait. Elle avait traversé la moitié du globe pour lui, pour ce connard assis tranquille dans sa chaise avec sa femme profondément endormie dans un coin, et sa naine sur les genoux, et tout ça, pour se rendre compte qu’elle avait été manipulée. Elle pourrait s’accrocher à lui, le supplier, mais elle n’avait plus la force de se battre. Après Shawn qui l’avait déçue au plus haut point la veille, c’était lui qui venait de tout conclure, rien qu’avec l’arrivée de cette petite fille, au visage d’ange.

    _ J’ai sauté dans le premier avion pour toi, je me suis humiliée pour toi, et toi, tu …

    _ Elle est seule, la coupa-t-il aussitôt, ne voulant pas que Marine continue dans sa lubie, dans ses préjugés et ses faux jugements.

    Ce qu’elle fit, puisqu’elle s’arrêta net, avant de détailler Nate, qui posait l’enfant sur ses genoux, cette dernière dont le gros chagrin d’était enfin dissipée. Elle souriait, et la jeune femme crut voir Andy dans ce visage de poupon.

    _ Qu’est-ce que tu entends par « elle est seule » ?

    _ Sa mère s’est suicidé, avant de la mettre au monde. Je suis seul à l’élever Marine, je veux que tu me crois quand je te dis ça.

    _ Sa mère, c’est Andy, je me trompe ?

    L’homme détourna le regard, avant de faire glisser ses roues sur le lino, pour entrer dans l’appartement, invitant Marine à faire de même, une fois qu’il lui eut demandé de fermer derrière elle. Il posa l’enfant au sol, qui partit rejoindre Porcinet, et indiqua un canapé afin que Marine puisse s’y asseoir.

    _ Andy est la mère d’An oui, et je suis son père, on a picolé, et voilà. Je devais veiller sur Andy, et le soir du nouvel an, le 31, j’avais essayé de t’appeler. Tu répondais pas … et j’ai fini par retrouver Andy qui fêtait ses un an sans Spencer. Je voulais t’oublier, j’ai bu, et tu dois bien t’imaginer la suite. Mais Andy n’a jamais pu attendre la naissance d’An, et elle s’est tuée, et dans un dernier élan pour la sauver, j’ai sauté avec elle d’un immeuble, colonne vertébrale brisée. J’ai fait cinq mois de coma avant de découvrir qu’An avait survécu au suicide de sa mère. Et c’est tout.

    La jeune femme accusa le coup, avant d’être sollicitée par An, qui s’était approchée d’elle, tirant sur on pantalon. Etonnée, elle jeta un regard à Nate, qui l’encouragea à prendre sa fille dans ses bras, après tout, si An acceptait Marine aussi facilement, autant en profiter.

    _ D’habitude, elle ne tolère pas la présence d’une femme à côté de moi, hormis Sienna et Julia, car elle les assimile à sa nourrice. Tu as de la chance. Prends là, elle n’a encore mordu personne.

    Marine s’exécuta alors, n’avait-elle toujours pas rêvé de ce genre d’instant ? Elle qui adorait les enfants. Alors, An posa sa main contre son petit cœur, en regardant Marine droit dans les yeux.

    _ n’An ! dit-elle, toute souriante avant de pointer Nate en riant, pour ajouter, motivée et convaincue de bien faire, Papa à n’An ! Et toi ?

    Elle posa sa petite menotte sur la joue de la jeune femme, qui posa sa main à l’encontre de la sienne, minuscule.

    _ Marine, une amie du Papa d’An, dit-elle, les larmes montant aux yeux par cette enfant étonnante.

    Elle la reposa alors au sol, An retournant à ses jouets, avant de se retourner, émerveillée, vers l’unique homme de la pièce.

    _ Elle est extraordinaire Nate. Comment tu fais ?

    _ Je ne sais pas, répondit-il, rêveur. Je veux lui offrir le mieux pour elle, je veux tout être pour elle à la fois, son père, mais sa mère aussi. Je ne veux pas qu’un jour, elle se cherche une mère auprès de Sienna ou de Julia. Des tantes oui, une mère non, pas comme ça.

    Après un instant de silence, Marine se leva, voulant partir d’ici, se sentant de trop dans cet appartement qui respirait la joie de vivre malgré sa modestie. Nate, étonné, l’héla aussitôt.

    _ Que fais-tu ?

    _ Je … vais le chercher un hôtel, je ne dois pas abuser de ton temps, je te dérange sûrement, dit-elle en attrapant ses valises.

    _ Marine … reste. Je t’en prie. Quelques jours, quelques semaines. Ne t’enfuis pas comme ça, je … je ne dirais pas que je t’aime, c’est trop loin maintenant, mais … je sais qu’au fond de moi, mes sentiments sont toujours là pour toi, que ça changera pas, et que je veux tout tenter … pour retrouver mon bonheur passé, avec toi.

    Il tendit alors sa main droite vers la jeune femme, priant intérieurement pour qu’elle l’accepte, ce qu’elle fit, sans hésiter, rayonnante, heureuse de retrouver une partie d’elle, qu’elle avait laissé avec lui.

    _ Moi aussi, je veux te revoir comme autrefois, comme lorsqu’on habitait en France Nate, souffla-t-elle avant de se pencher vers lui, et de déposer un baiser sur sa joue balafrée, voulant, en premier lieu, atténuer le douloureux souvenir de la brunette aux yeux d’émeraude de la mémoire de Nate.

    Elle ne se doutait pas encore, que quelques mois plus tard, An l’appellerait d’elle même Maman après son premier jour d’école, identifiant Marine aux femmes s’occupant des autres enfants en dehors de l’école, ni même que, quatorze ans plus tard, elle serait Marine Etienney, épouse Handers, mère de deux adorables chipies, An … et Jayn, une petite espiègle de sept ans. Comme quoi, la vie et le hasard font parfois bien les choses.

     

     

     ***

     

     

    _ Maman ! hurla une voix de jeune femme depuis la chambre située en face du salon dans lequel Marine et Nate étaient étroitement enlacés, devant un film choisi par les soins de madame, qui leva les yeux au ciel suite à l’appel de sa fille aînée, âgée maintenant de seize ans.

    _ Oui An, je suis là ma chérie, dit-elle de sa voix la plus forte. Qu’est-ce qu’il y’a ?

    _ Eh ! bougonna Nate. J’ai des tympans moi, va la voir direct, tu veux pas me rendre encore plus infirme.

    Marine émit un petit rire avant de se lever des genoux de Nate, elle embrassa son mari furtivement, puis prit la direction de la porte de son aînée, à laquelle elle toqua deux fois, et une fois l’autorisation donnée par la jeune femme, elle entra dans la pièce, en bazar, et referma la porte aussitôt derrière elle, découvrant l’adolescente, debout dans le milieu de sa chambre, vêtue uniquement d’une serviette de bain.

    _ Qu’est-ce qu’il t’arrive ma chérie ?

    _ C’est l’anniversaire de Georg demain, et je cherche ma robe rouge, piailla-t-elle. Tu sais où elle est ?

    _ Oui, je le sais, dans ton armoire An, mais là, vu l’heure, tu ferais mieux de te vêtir pour le lycée, ou ton père va hurler.

    _ Je sais, fit-elle avant d’embrasser sa mère sur la joue. Je t’aime m’man.

    _ Moi aussi, allez, presse toi, Camille vient passer te prendre. Et il est ponctuel.

    _ Oui, je sais !

    Marine sortit de la chambre, aussitôt, avant qu’un feu follet aux longs cheveux ébènes ne se rue dans ses jambes, manquant de la faire tomber à la renverse, feu follet qui se rua sur les genoux de Nate, sous les rires de Marine.

    _ Ah bah t’es prête toi, dit-elle à sa cadette. Allez, tu fais un bisou à Papa, et tu sautes dans la voiture, on est en retard.

    _ Oui Maman. A ce soir Papa, dit-elle en exécutant les ordres de sa mère.

    _ A ce soir Jayn, lui répondit Nate. Tu fais pas de bêtises, n’est-ce pas ?

    _ Geeeeeeeeeeeeenre je fais des bêtises !

    _ Oui, allez file !

    Une fois les filles disparues, Nate se retrouva seul dans son salon, dans ce qu’il avait réussi à construire, à la seule force de ses bras, à tour de roues, avec beaucoup de volonté, dans le but de retrouver ce bonheur qu’il aurait aimé connaître. Est-il heureux aujourd’hui, entre ses quatre murs, avec sa femme, ses deux enfants, ses amis qu’il voyait tous les jours, et son boulot ? D’aucuns vous dirait que oui, et ils seraient nombreux. Mais ils oublieraient tous le passé de cet homme, qui lui saute à la figure, à chaque fois qu’il voit son reflet, qu’il voit sa fille aînée, portrait craché d’Andy, ou qu’il réalise sa condition d’infirme. Le hasard fait bien les choses, mais il ne fait malheureusement pas tout.

     

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