
Camille était impatient. Tellement impatient d’arriver qu’il s’agitait dans tous les sens sur son siège. C’était le dernier train avant d’arriver. Un train qui roulait à la vitesse d’un mollusque à la retraite avec des béquilles, tout en faisant un horrible bruit de « thic tchac » tout en ballotant les passagers de droites à gauche.
Un rien l’énervait, c’était peut-être vrai. Ce train qui n’avançait pas l’énervait. Sa fatigue l’énervait. Ses cheveux qui lui tombaient dans les yeux l’énervaient. Quelle idée il avait eu de vouloir se couper les cheveux juste avant son départ. Il avait ainsi oublié la règle fondamentale de sa vie capillaire : en dessous d’une certaine longueur, ses cheveux étaient impossibles à lisser, et il se retrouvait avec ses horribles bouclettes qu’il préférerait éradiquer de sa vie.

Son téléphone sonna. Il venait de recevoir un message. Il l’attrapa alors, pour constater que c’était Cameron qui avait répondu à son message, envoyé quelques minutes plus tôt. Il lui avait dit la veille qu’il devait participer à une battle ce soir, et qu’il en avait marre de se faire voler la vedette par une Miku complètement tarée. Camille ne comprenait pas un mot de ce que pouvait lui dire Cameron, et il essayait de suivre tant bien que mal, prenant donc de ses nouvelles, au vu de la battle qui se préparait.
« Ouais, j’en ai marre de cette vieille peau décolorée. De toute façon, on va encore se faire rétamer »
Camille haussa un sourcil, se demandant bien comment une fille à moitié barrée pouvait l’emporter contre Cameron. Et il ne put que se rappeler de ce qu’il avait vu, sur l’écran de son ordinateur, quelques jours plus tôt : Cameron était à tomber, et clairement, aucune meuf ne pouvait faire le poids contre lui. Il se retint de lui demander comment il se démerdait pour perdre à chaque fois, mais se contenta d’un simple « T’inquiète, tu vas tout déchirer ce soir, je le sens bien ».
Dans deux jours, il verrait enfin Cameron en chair et en os, et il pourra lui demander en quoi consiste ces mystérieuses battles où il se fait défoncer à chaque fois.

« Prochain arrêt : gare de Bergerac. Merci de vérifier que vous n’avez rien oublié avant de descendre du train. La SNCF vous remercie et vous souhaite une bonne journée »
Camille soupira. Enfin. Dans trente secondes il quitterait cette boîte de conserve pour la terre ferme, et de l’air frais. Par la fenêtre, il vit la ville se dessiner. Il se leva alors pour récupérer son sac dans le rangement au-dessus de sa tête, et il se dirigea vers les portes du train.
Ce dernier ralentit et se stoppa finalement. Camille appuya sur le bouton à côté de la porte et celle-ci s’ouvrit. Il descendit sur le quai, et une fois les pieds sur la terre ferme, lâcha un profond soupir, tête baissée.
- C’était si terrible que ça ce voyage ? lui dit une voix familière.
Il releva la tête pour tomber nez à nez avec son meilleur ami, qu’il n’avait pas vu des mois. Frères autant qu’amis, il lui sauta dans les bras, bien trop heureux de le voir de nouveau.

- Mais c’est quoi cette coupe de cheveux ? lui dit Camille en explosant de rire. Tu t’es fait agresser par un fétichiste des queues de rat qui s’en sert comme aphrodisiaque ?
- Parle pour toi, t’as vu ta gueule ? Tu as vendu tes cheveux pour te payer le billet de train ?
- Non mais t’as vu le prix d’un trajet ?! Heureusement que je n’en suis pas venu à vendre mon cul.
- Tu dis ça, mais je suis sûr que ça ne te dérangerait pas tant que ça, rétorqua Georg en roulant des yeux.
- Le vendre, ça dépend. Ça paye bien ici ? Dis-moi qu’il y a des beaux mecs, je n’ai pas fait tout ce voyage pour devenir moine.
- Je te laisserai seul juge, je ne suis pas le plus à même pour donner mon avis.
- T’es pas sympa, t’avais deux semaines pour me préparer le terrain GK, tsss.
- Prépare le tout seul ton terrain.

Georg sortit de la gare, Camille sur ses talons, pour prendre la direction de l’appartement. Il devait bien avouer que la présence de son meilleur ami lui avait manqué maintenant qu’il était de nouveau dans les parages. Camille était un sketch à lui tout seul, et ils avaient souvent fait leurs conneries ensemble à Houlton. Si leur petit groupe avait une réputation de monstres infernaux, il faut avouer que ça tenait principalement d’eux deux.
- Ah, au fait, tu m’accompagnes ce soir, dit Georg de but en blanc.
- Que je t’accompagne ? Où ça ?
- J’ai deux places pour un concert ce soir, tu ne vas pas me refuser ça quand même.
Camille grimaça. Il n’était clairement pas un grand fan de ce genre d’évènement. La musique, ce n’était pas son délire. Evidemment, comme tout le monde, il en écoutait, et il avait quelques groupes qu’il appréciait plus que d’autres. Mais de là à s’enfermer dans une salle avec plein de gens pour écouter de la musique tout en restant debout, ce n’était vraiment pas son délire.

- Sérieux, ça n’envoie pas du rêve ton programme, lui dit Camille.
- Même si je te paye une bière en dédommagement ?
Le regard de Camille s’illumina. Il ne disait jamais non à une bière. Car qui dit bière, dit bar et qui dit bar, dit rencontre. Or, il avait très envie de faire des rencontres. Il hocha la tête alors, tout de suite décidé.
- Ça marche !
- Queutard, lui répondit Georg qui avait bien compris le petit manège de son meilleur ami.
- Et tu t’étonnes encore ?
- Non, plus rien ne m’étonne de toute façon.
Georg bifurqua de l’autre côté de la rue, pour rejoindre son appartement. Deux minutes plus tard, ils étaient chez lui. Georg accompagna l’entrée de Camille d’un « home sweet home » avant de se laisser tomber dans le canapé.
Quelques jours plus tôt, Georg avait déniché un matelas pour Camille, qu’il avait posé dans un coin du salon, derrière un paravent. Ce n’était certes pas la plus grande intimité possible, mais il avait du mal à faire mieux. Camille devrait s’en contenter.
- Eh, c’est cosy chez toi en vrai, j’aurai pas cru.

Il balança son sac sur le matelas qui lui était destiné avant de s’affaler dans le canapé à son tour. Il regarda autour de lui. Georg avait réussi à dénicher des meubles dans différents dépôts-vente, brocantes ou autres, et faire de cet appartement quelque chose d’habitable.
- Bon, sinon, tu sais où est le lycée … – il regarda sur son téléphone et prit son meilleur accent français possible – Sainte Marthe – Saint Front.
- Que .. ? C’est là que tu vas ? Il est barbare ce nom.
- Eh, pas ma faute. C’est le bahut de Cameron, je suis pas venu pour tricoter je te rappelle.
- En effet … Et bien, tu fais comme tout le monde, tu ouvres Google Maps et tu te débrouilles avec ça.
- Merci de ton aide. Je pensais que tu serais plus utile que ça.
Georg leva de nouveau les yeux au ciel. Il allait devoir jouer les nounous pour assistés. Quand il baissa de nouveau les yeux vers Camille, celui-ci était penché sur son téléphone, avec la mine concentrée. C’était assez amusant à voir.

- Au fait Cam, dis-moi. Comment tu comptes t’intégrer alors que tu parles aussi bien français qu’un japonais perdu en Allemagne ?
- Bizarre, Emma m’a fait la même réflexion. Vous ne sortiriez pas ensemble à tout hasard.
- Ha ha ha, très drôle, ironisa Georg. Non, elle m’a plaqué. Mais ça ne répond pas à ma question.
- Très bien. Je sais pas. La seule phrase que je sais dire c’est « voulez-vous coucher avec moi ce soir ? ». Et c’est déjà bien.
- Sûrement que ça pourrait plaire aux mecs que tu croises et qui te trouveraient exotique. Mais n’essaie pas avec ton prof, où tu vas te faire démonter.
- T’inquiète, je gère. Ça ne doit pas être si compliqué que ça quand même …
- J’attends de voir comment tu te débrouilles, dit Georg en se levant, un petit sourire amusé sur les lèvres.
Il fila vers la cuisine pour aller se chercher un verre d’eau et en proposa un à Camille qui déclina l’invitation. Ce dernier s’étala de tout son long sur le canapé, profitant de l’absence de GK qui dut se résoudre à s’asseoir sur le fauteuil rouge.

- Au fait, le concert de ce soir, c’est pas le truc auquel Emma veut que tu participes ?
- Euh … Comment tu sais ça toi ?
- Ah ! T’aimerais bien percer notre mystère gémellaire hein ? Je t’ai déjà dit qu’on est connectés par la télépathie.
- Ouais, elle t’a appelé pour te donner les consignes plutôt.
- Ouais, aussi. Donc tu vas au concert pour faire du repérage, voir la concurrence et trouver la meilleure technique pour les écraser ?
- Non, je n’ai pas spécialement envie de participer. Déjà, ce ne sont que des groupes, je risque de me faire lobotomiser sur place. Et puis, je n’ai jamais joué sur scène, ce n’est pas pour me ridiculiser à un concours de talent. Sans compter qu'il me manque du matos, donc autant pas me compliquer l'existence.

Cette fois-ci, ce fut à Camille de rouler des yeux. Qu’est-ce qu’il pouvait être con celui-là. Camille n’avait peut-être pas l’oreille musicale, mais il savait pertinemment que GK était excellent quand il avait une guitare dans les mains, et qu’il serait bien con de passer à côté de cette aubaine. Mais il ne dit pas un mot de plus, et ferma les yeux.
Finalement, sa curiosité était piquée au sujet du concert de ce soir. Il avait toujours envie de sa bière gratuite, mais il aimerait bien voir quels groupes pouvaient avoir assez de talent pour que GK doute du sien.
Ou alors, c’est l’effet queue de rat.
- Dis, ton talent était lié à ta queue de rat ?
- Dors ducon, plutôt que sortir des conneries.
- Zut, je vais pas pouvoir dormir maintenant que je me pose la question.

Salut les gens ! ♥
Et voilà, de retour ! Toutes mes excuses pour le délai, mais j'avais vraiment besoin de dormir o_o
J'espère que vous avez apprécié cette petite MaJ, de mon côté, je suis ultra-contente d'avoir dépassé les 100 articles ! Je pensais pas y arriver un jour :p
Je vous dis à dans deux semaines pour la suite, qui sera la fameuse soirée du 15 septembre ou tout est possible, héhé ♥
Plein de bisous !