
Je sortis finalement du métro, après avoir joué des pieds et des mains pour enfin à sortir, la station donnant en bas de chez moi était encombrée pour je sais pas trop quoi, à vrai dire je m’en fiche, et tous les voyageurs avaient du sortir à la station suivante, à savoir celle donnant en bas de chez Heaven. C’était la débandade et j’étais bien content d’être dans la cage d’escalier de son immeuble. Arrivé à sa porte, je toquai frénétiquement et elle m’ouvrit, un sourire fade sur le visage. Je vais me faire incendier.
- Joyeux anniversaire ? fis-je d’une voix hésitante.

- Entre, me dit-elle avant de retourner à l’intérieur de son appartement.
Je m’exécutai sans broncher, et entrai, ou je la retrouvais assise dans le canapé de sa cuisine, à regarder les informations. Et sans demander une nouvelle autorisation, je m’approchai d’elle et m’assis à mon tour.

- C’était quoi ce message ? me demanda-t-elle en restant rivée sur son écran. Me dis pas que c’était mon cadeau d’anniversaire …
- Excuse-moi … Je ne savais pas comment t’annoncer ça … fis-je, tête baissée. Je pensais que comme ça, la pilule passerait mieux.
- Tu crois quand même pas que ce genre de nouvelles s’annonce avec le sourire Aaron. Tu vas mourir merde ! Tu veux que je danse la java ?!
- Oui, je vais mourir, pas la peine d’en faire un foin. Et à ce sujet, je voulais te parler, parce que je profite de cette occasion pour t’offrir ton cadeau d’anniversaire.

Elle se tourna vers moi, dubitative. Je sentais que ce ne serait pas une partie gagnée d’avance, et si elle avait des mitraillettes à la place des yeux, il y a longtemps qu’elle m’aurait transformée en passoire. Quant à moi, je soutenais son regard incendiaire, de toute façon, je ne risquais plus rien à présent, alors autant en profiter à fond.
Je suis en vie ! Je profite de chaque instant qui m’est donné.
- Tu sais, depuis que je vis avec Meredith, j’ai pu économiser quelque peu … et j’ai une belle petite somme, qui j’espère sera suffisante…
- Je ne veux pas que tu m’offres de cadeau Aaron … Retourne là bas, exige de te faire soigner, je t’en prie.
- Je t’offre le monde Heaven, continuai-je en n’écoutant pas ce qu’elle me disait.
- Hein ?

Elle s’était figée, et me regardait, incrédule tandis qu’un sourire de victoire s’étirait progressivement sur mon visage. Ma surprise avait eu l’effet escompté et j’étais plutôt fier de moi, il y avait de quoi.
- C’est le dernier cadeau que je peux te faire Heaven, enfin, il t’en restera sûrement hein … Et ces derniers mois qu’ils me sont accordés, je veux les passer avec toi, et seulement toi. Et je veux voir le monde, je veux tout voir avant de partir, je veux tout comprendre, tout savoir … Partante ?
Pour seule réponse, ses larmes roulèrent sur ses joues avant qu’elle ne se mette à sangloter en cachant son visage entre ses mains. Et ne supportant pas cette vision, je me suis approchée d’elle pour la prendre dans mes bras.

Elle agrippa mon pull entre ses doigts, sanglotant contre moi tandis que je passai ma main dans son dos pour calmer ses pleurs, que je ne savais pas trop vraiment comment interpréter. Plus de l tristesse qu’autre chose, je pense, si c’était elle qui m’annonçait qu’elle allait mourir dans quelques mois, je ne pleurerais pas de joie, je peux vous en assurer, mais j’ose espérer que ses larmes n’étaient pas à cent pour cent de la tristesse, et j’espérai qu’une infime partie était heureuse de ce que je lui offrais.
Finalement, après quelques minutes, elle se calma, mais resta contre moi, hoquetant encore un peu, mais rien de comparable à précédemment.

- Pourquoi moi ? me demanda-t-elle. Tu pourrais choisir de les passer avec elle, Meredith je veux dire … Alors pourquoi moi ?
- Parce que tu es importante pour moi Heaven, quand j’ai pris ma décision, c’est avec toi que j’ai décidé de faire ce tour du monde … Et je préfère que Meredith ne me voit pas … enfin, qu’elle ne me voit pas mourir, je veux qu’elle m’oublie et que quand je meure, je ne sois plus qu’un souvenir pour elle, pour qu’elle ne me pleure pas …
- Pourquoi moi ? Hein ?! Pourquoi tu me demandes de te voir mourir…
- Je ne te demande pas de me voir mourir, je te demande si tu voulais faire ce tour du monde avec moi, si tu ne veux pas, je ne te forcerais pas et je partirais seul…

Elle se détacha finalement de moi, et s’assit dans un coin de son canapé, et me détailla, les yeux humides et le visage strié de larmes. Elle essuya ses larmes d’un revers de main, et prit ensuite une profonde inspiration.
- Tu me donnes combien de temps pour te répondre ?
- Deux mois. Je partirais vers la mi-mars, le temps de régler deux trois trucs ici, car je ne compte pas revenir.
Elle opina, réfléchissant, quand une information arriva à mes oreilles, de sa télé laissée allumée juste à côté de nous, je tournai alors la tête vers l’écran plat, et le regardai, horrifié.

- Voici les informations de dernière minute quand au drame qui s’est déroulé en plein cœur de Bloomington, dans un quartier réputé sans problèmes. Le suspect principal dans l’affaire du meurtre qui a eu lieu dans la matinée dans un appartement de quartier Saint Georges a été interpellé. Il s’agirait d’un homme de dix-neuf ans, bien connu des services de police pour violence et également prostitution juvénile. Il serait également, selon les sources proches de l’enquête, le fils aîné de la victime, qui est, pour vous rappeler, une prostituée d’une quarantaine d’années, Jose Hart. Notre envoyé spécial sur les lieux du crime …

Mon sang ne fit qu’un tour, et je me levai, me dirigeant vers cet écran de télé. Tout mon corps tremblait quand je me rendis compte de ce qu’il se passait, et je ne voulais pas y croire, je ne pouvais pas croire qu’il l’avait fait … même si c’était les conséquences de tous ces excès de colère.
- C’est … Raise ? entendis-je Heaven souffler derrière moi, elle aussi sous le choc.
J’opinai, ne sachant pas quoi répondre d’autre. Mon regard restait rivé sur cet écran. Je ne comprenais pas ce qu’il passait. Je ne réalisai pas que mon frère avait finalement « réussi » à tuer notre mère …

Même si je n’aimais pas ma mère, jamais je n’aurais souhaité qu’elle meure de cette façon, encore moins des mains de mon frère. Elle restait quand même celle à qui je devais la vie, et cela devait être pour cette raison qu’à l’instant, seuls mes plus beaux souvenirs d’elles me revinrent en mémoire, omettant tout le mal qu’elle a pu me faire, alors que c’était ce qu’elle avait le plus fait pour Raise et moi. Le mal. Et malgré moi, des larmes roulèrent sur mes joues sans que je les en empêche, et sans dire un mot de plus, je sortis de l’appartement de Heaven et me ruai vers celui de mes parents.

- Aaaaaaaaaaaaaaaron !!