Header cover
Publicité

▪ 132 ▪

▪ 132 ▪

 

Sienna rentra chez elle, les bras chargés de livres en tout genre, les cheveux en pagaille et elle était persuadée que son soutien-gorge s’était décroché dans la mêlée.

Le matin même, sa voiture avait décidé de tomber en panne, et elle avait donc dû faire le trajet jusqu’à l’université en bus, à l’heure de pointe au retour et elle ne s’était jamais sentie aussi proche de la race humaine qu’au moment où les portes du bus s’étaient refermées sur ses fesses alors qu’elle venait de trouver un coin avec de l’air dans le transport bondé. La prochaine fois, elle se fait porter pâle, tant pis pour les étudiants. Mais plus jamais de bus de sa vie.

Une fois dans l’entrée, elle posa ses livres sur une petite table, et lâcha un profond soupir. Au moins, on était vendredi, elle pourrait dormir demain matin. Ensuite, elle appellerait le mécanicien et elle priera pour que ses services ne lui coûtent pas deux mois de salaire.

Nouveau soupir. Elle récupéra l’élastique autour de son poignet et s’attacha rapidement ses cheveux en une queue de cheval, histoire d’avoir les épaules dégagées. Puis elle récupéra ses livres qu’elle venait de poser.

 

▪ 132 ▪

 

Elle s’arrêta et renifla. Ça sentait le sucre, le sucre chaud. Elle avait oublié le four ? Non, elle ne s’en était pas servie depuis plusieurs jours, et puis, ça ne sentirait pas cette odeur emprunte de caramel, mais plutôt le brûlé, voir l’incendie. Elle se figea, réalisant que quelqu’un était entré chez elle. Personne n’a les clés, et ses enfants et son mari sont loin. Camille en France, Emma quelque part en Finlande et Mathieu était encore à Burlington pour trois semaines.

- Marine ? C’est toi ?

Fortement improbable. Elle avait sûrement mieux à faire que de venir chez elle préparer un gâteau. Julia pareil. William ne cuisinait pas, et puis, il aurait plutôt débarqué pile à l’heure du dîner pour se faire inviter. Quant à Nate … Il ne valait mieux pas penser à Nate.

- Karin ? Cole ?

 

▪ 132 ▪

 

Elle s’avança à petits pas vers la cuisine. Ce serait bien une première que son frère et sa sœur squattent chez elle pour faire des gâteaux-surprise. Elle n’osa même pas un « papa ? maman ? » vu que ses parents n’étaient pas du tout des adeptes des surprises.

Plus elle avançait vers la cuisine, plus son cœur tambourinait dans sa poitrine. Elle ne savait pas quoi penser. Ça ne pouvait pas être un cambrioleur ou un tueur à gages, ils ne font pas des gâteaux à leurs victimes avant de les tuer ou de leur voler leurs affaires. C’est forcément quelqu’un qu’elle connaît et à qui elle a donné les clés, quelqu’un qu’elle devait voir aujourd’hui et sa journée dans le bus lui a totalement fait oublier le programme de sa soirée. Ça ne peut-être que ça.

- Bonsoir.

- AH PUTAIN BORDEL DE MERDE !

 

▪ 132 ▪

 

Elle sursauta, laissa échapper ses livres et fit volteface. Mathieu était en train de descendre les dernières marches de l’escalier. Il s’arrêta en bas des marches, regardant sa femme avec des yeux médusés. Elle avait l’air terrorisé. Il ne pensait pas lui faire peur avec ce simple bonjour.

Sienna posa sa main sur sa poitrine, cherchant sa respiration, avant de relever la tête finalement pour avoir la confirmation de ce qu’elle avait cru voir. Matt était rentré trois semaines en avance. Elle n’arrivait même pas à être heureuse, elle avait eu la trouille de sa vie a l’instant !

- Je te déteste, dit-elle avec une tête empreinte de soulagement. Mais à un point.

Elle s’avança vers lui à toute vitesse avant de lui sauter dans les bras et de se serrer contre lui. Elle n’avait pas vu Matt depuis des semaines, et cette absence avait été tellement pesante pour elle.

 

▪ 132 ▪

 

Matt la réceptionna avec douceur dans ses bras, glissant une main dans ses longs cheveux roux, avant de l’embrasser sur la tempe. Il était si heureux d’être de retour chez lui. Il avait eu l’autorisation de quitter Burlington la veille, et s’était dit qu’organiser une petite surprise pour Sienna aurait été une bonne idée. Il ne pensait pas qu’elle l’aurait vécu ainsi.

- Je suis désolé Sien’, je ne pensais pas te faire peur de la sorte.

Sienna hocha la tête de droite à gauche aussi vivement qu’elle put, ainsi calée dans les bras de son mari. Elle serra ses bras encore plus autour de lui. Elle n’avait absolument pas envie de le lâcher, même s’il lui avait fichu la frousse de sa vie et qu’elle avait envie de l’énucléer.

- Je suis tellement contente que tu sois là. Tu m’as manqué.

- Toi aussi tu m’as manqué.

Il l’embrassa une dernière fois sur la joue et recula quelque peu pour pouvoir la regarder. Elle avait les yeux rougis et humides, le résultat de sa frayeur d’il y a quelques minutes. Il passa ses pouces sous les yeux de Sienna, le visage désolé. Il s’en voulait vraiment de lui avoir fait peur à ce point.

 

▪ 132 ▪

 

- Comment tu vas ? lui demanda-t-il.

- Super bien, encore mieux maintenant que tu es là. Mais tu aurais dû me prévenir. Je t’aurais fait quelque chose pour le dîner, j’aurais rangé la maison …

- Je voulais te faire une surprise, te prévenir n’était pas dans mes plans. Et tu as l’air déjà assez à bout comme ça pour ranger la maison, et faire la cuisine. Ça ne va pas si bien que ça j’ai l’impression.

Sienna soupira. Elle recula alors, prit la main de Matt et alla s’asseoir dans le salon en l’entraînant avec elle. Il était impossible de lui cacher quoi que ce soit après presque vingt ans de mariage. Il lisait en elle comme dans un livre ouvert.

- Disons que la solitude me pèse, et ça ne m’aide pas à aborder les évènements sereinement.

- Quels genre d’évènements ?

 

▪ 132 ▪

 

Il haussa un sourcil. A cause de sa filature, Matt ne pouvait pas prendre de nouvelles de sa famille comme il le voulait. Chaque conversation était susceptible d’être captée, et il devait passer pour quelqu’un d’autre, laisser ainsi sa famille sans nouvelle hormis l’essentiel.

- Julia a mis William dehors, et il a replongé dans l’alcool. Rien de grave pour le moment, mais il ne tiendra pas longtemps avant d’être constamment ivre. Et Nate a disparu.

- Disparu ?

Cette fois-ci, il s’était raidit. Il était au courant de la situation de Nate, savait que ça n’augurait rien de bon, que son court passage en prison pouvait se transformer en quelque chose de bien pire, et sa disparition ne tombait pas dans les meilleurs moments.

- Vous avez prévenu les autorités ?

 

▪ 132 ▪

 

- Marine s’en fiche, elle est trop en colère contre lui pour vouloir le chercher, et William est trop cuit pour réaliser la gravité de la situation. Je suis allée voir Yann, et il m’a dit que sa disparition n’avait rien d’inquiétant et que c’était son droit de disparaître de la circulation sans prévenir.

- Il n’a pas tort. J’en parlerai avec Akira, elle pourra mettre un avis de recherche.

- Merci.

Il ne pouvait pas en dire plus, dire qu’il n’y avait aucune raison de s’inquiéter et que Nate allait sûrement très bien. Il n’en avait aucune certitude, et avec ce qu’il avait vu à Burlington, il n’était plus sûr de rien sur l’emprise de Mayers sur ses villes. Il ne pouvait pas affirmer que la disparition de Nate n’avait rien à voir là-dedans.

 - Et toi ? Ça se passe bien ta formation ?

- Oui, très bien. Certains me donnent du fil à retordre, mais c’est ce qui rend le challenge intéressant. Je suis désolé de pas pouvoir t’en dire plus quand je suis là-bas.

- Je sais bien, ne te tracasse pas pour ça.

 

▪ 132 ▪

 

Elle posa sa tête contre l’épaule de Matt et soupira d’aise.

- Tu restes combien de temps ? demanda-t-elle finalement.

- Deux semaines environ. Peut-être moins s’ils me rappellent avant. J’espère au moins qu’ils me laisseront une semaine complète.

- J’espère aussi.

Ils restèrent ainsi quelques instants, jusqu’à ce que la sonnerie du four ne retentisse. Matt releva la tête. Il avait presque oublié qu’il avait mis un gâteau dans le four. Ils se séparèrent alors, et Matt alla dans la cuisine. Sienna le suivit, curieuse de ce qu’il avait fait.

- Tu rentres aujourd’hui, et la première chose que tu fais, c’est un gâteau ?

- Une tarte, la corrigea-t-il.

 

▪ 132 ▪

 

Il la sortit du four, la posa sur un plat au milieu de la table. Sienna suivit les actions de Matt du regard. C’était une tarte aux pommes et aux fruits rouges. Sa tarte préférée. Elle roula des yeux, et s’approcha de lui.

- Tu as quelque chose à te faire pardonner ? lui demanda-t-elle.

- Il faut une bonne raison pour faire ton dessert préféré ?

- En temps normal, oui.

- Oh. Alors, c’est pour mon absence.

Il s’approcha d’elle pour la prendre dans ses bras et l’embrasser tendrement. Sienna sourit, enroula ses bras autour du cou de Matt et se pressa contre lui, savourant son retour à la maison, et peut-être l’absence aussi de leurs enfants qui leur permettaient de retrouver une seconde jeunesse, sans avoir deux paires d’yeux capables de les surprendre enlacés dans la cuisine.

- Tu pars quand tu veux si ça me permet d’avoir une tarte à chaque fois que tu reviens, lui glissa Sienna entre deux baisers.

Il esquissa un rire contre les lèvres de la rouquine, puis il remonta sa main dans ses cheveux afin de s’emparer de l’élastique et de lui dénouer les cheveux.

- J’en prends bonne note.

 

 

 

 

 

 

Publicité
Retour à l'accueil
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article