
- Tu lui as dit oui ? S'estomaqua Priam alors qu'on venait d'entrer dans ma chambre. On a aucune chance de le trouver son père, on sait même pas si on va trouver ton oncle.
- Je vois que tu es très optimiste, c'est toujours bon à savoir, soupirai-je en allant dans ma salle de bain, une tenue civile sous le bras.
Priam me regardait partir, avec une moue blasée, lassé que je me cache toujours. Il y a quelques jours, j'ai eu droit à la discussion houleuse comme quoi, les relations platoniques, ça ne va qu'un temps, et qu'il fallait que j'arrête mes gamineries, comme me changer ailleurs que devant ses yeux. Je pensais l'avoir esquivé la dernière fois, mais elle va retomber dans la conversation, je le sens bien.

Une fois changée, vêtue de façon à me promener en ville sans me faire remarquer par mon uniforme, je sortis de la salle de bain. Il n'avait pas bougé d'un millimètre, et leva la tête pour me regarder. Je soupirai et m'approchai de lui, pour m'asseoir sur ses genoux, et il me laissa faire. Soit il avait décidé de ne pas chercher les embrouilles aujourd'hui, soit il faisait le mec qui en avait rien à foutre afin de m'énerver, et personnellement, je penchai plus pour la deuxième option.

- Et puis je l'aime pas ce mec. Il te rôde trop autour … bougonna-t-il en resserrant ses bras autour de ma taille.
J'explosais de rire, le voir jaloux était complètement nouveau pour moi, et ca ne lui correspondait pas vraiment. Quand je tournai le regard vers lui, je me rendis compte que lui, ne riait pas du tout. Dommage, ça aurait détendu l'atmosphère.
- Tu t'es vu ? Tu es jaloux d'un mec que je ne vois que trente minutes par jour. Pourquoi je te laisserais pour lui, hein ? C'est juste un bon copain, point barre.
- Et ? Peut-être que le « bon copain » en a après toi, après tout, qu'est-ce que tu en sais, continua-t-il.
- Tu crois pas que moi, j'aurais plus de souci à me faire, avec toutes tes potes avec qui tu passes ton temps à la fac, qui sont bien plus matures que moi sur bien des domaines ? Alors tes crises de jalousie, tu te les gardes Priam. Mais t'as peur de quoi enfin ?

Je me levai, furieuse, et le toisai. Après tout, ma question était ridicule, je savais très bien ce qu'il voulait, de quoi il avait peur. J'avais fini par le comprendre sans qu'il me le dise, et c'est ce qui me faisait peur, à moi. J'aurais aimé qu'on aborde pas cette question avant un moment, et j'aurais bien voulu, aussi, sortir de cette mauvaise passe assez rapidement.
- Que t'ailles voir ailleurs, dit-il un peu trop fort à mon goût.
Je lui intimais de se taire, ne voulant pas qu'il réveille ma mère qui dormait dans le canapé du rez-de-chaussée. Mais il ne semblait pas comprendre que hurler ça, juste au dessus du salon, ce n'était pas le top niveau discrétion.
- Ca fait quoi, près de six mois, et tu refuses que je te touche, ou que je te voies. Dis moi ce que je dois comprendre merde ! Tu t'amuses de moi ou quoi ? Ca t'éclate de me faire tourner en bourrique ?!
- Calme-toi Priam, tu vas la réveiller ! Le suppliai-je. Ecoute, on va chercher Cathe et on en reparle, c'est promis … Mais pas maintenant, s'il te plait.

Il se leva brusquement et fonça vers moi, me plaquant contre le meuble. Mon cœur s'emballait dans ma poitrine, il commençait à me faire peur, et je ne savais plus comment régler cette situation. J'essayais de conserver mon calme, surtout ne pas céder à la panique. Puis je pris une grande inspiration avant de le regarder droit dans les yeux.
- On va le faire. Mais lâche moi Priam, on a d'autres soucis pour le moment, et ce n'est ni le lieu ni l'endroit. Calme-toi, je t'en prie. Je te reconnais pas.
Et comme s'il avait été possédé par quelqu'un d'autre, il cligna des yeux et retrouva son air doux que je lui connaissais, ses yeux un peu perdus. Desserrant ses mains de mes poignets, il recula, la tête baissée.
- Je suis désolé Mélie, je … Rah je suis nul.

Je ne lui répondis pas, et sortis de ma chambre, pour aller chercher ce fameux Andrew. Ayant d'abord cru que Priam ne me suive pas, il me rejoignit et je soupirai, soulagée, bien que son attitude m'inquiète, ne m'attendant pas à le trouver si étrangement possessif.