
- Tu comptes passer tout ton séjour en mer allongé dans ta cabine sans profiter du tout de l'air marin ? Me talonna Heaven en s'asseyant sur mon lit.
- J'ai le mal de mer Heav … bougonnai-je en portant mon bras contre mes yeux. Et là, tu me remues l'estomac avec tes questions …
D'ailleurs, celui-ci se manifesta en se tordant dans mon abdomen, me faisant faire des grimaces que j'essayais de réprimer, ce qui fit exploser Heaven de rire. Je vais l'assassiner, je souffre le martyr moi, namého !
- Tu comptais vraiment faire le tour du monde ? Parce que bon, être incapable de remarquer quand son estomac réclame à manger, ça devient grave là Aaron. Tu as faim sombre crétin. Bouge pas, je reviens !

Et elle sortit de la cabine, me laissant seul avec moi même … enfin moi même et le bruit des vagues contre la coque du bateau, et j'en étais pas très friand. Pitié, faite que ça s'arrête, j'en avais marre de devoir faire en sorte de pas gerber au milieu de la cabine, ça devenait réellement saoulant. Alors que je somnolais, en grognant à moitié, Heaven revient dans la cabine, avec une boite de sandwichs. Je réprimais un nouveau haut le cœur et tournai la tête vers le mur, pour ne pas voir ce truc … qui ne me donnait pas du tout envie de manger, mais plutôt l'inverse.

- Eloigne ça de ma vue, grognais-je.
- T'as rien mangé depuis deux jours, il va être temps que tu te ravitailles. Allez, un petit effort Aaron, ou je te gave comme une oie, et ce sera loin d'être drôle.
- Pas faim …
- Mais oui, c'est ça, à d'autre …

Elle tira sur mon bras pour m'allonger sur le dos bien comme il faut et s'installa au dessus de moi, une jambe de chaque côté de mon corps, ses bras de chaque côté de ma tête. Ses sourcils se froncèrent aussitôt et son regard s'obscurcit. Mais j'ai pas faim moi... pffff.
- Mange Aaron, c'est pas le moment de se laisser crever de faim, tu oublies qu'on a la France à aller visiter. La Tour Eiffel, les bateaux mouches, Notre Dame de Paris … Allez, mange !
- Et on arrive quand ? Bougonnai-je.
- Dans trois jours. Donc si tu manges aujourd'hui, je te laisse tranquille jusqu'à ce qu'on ait les pieds sur le plancher des vaches. Ca te va comme deal ?
- Nan, j'ai pas faim … et puis tu vas me r'forcer à manger demain, je te connais comme si je t'avais faite, alors c'est niet. Je mangerais pas ton truc infâme.

Elle soupira et s'allongea sur mon torse, son oreille collée au niveau de mon cœur. Elle me fait quoi là ? A ce rythme, c'est pas la cabine qui sera douchée, mais Heaven, et je doute fort qu'elle apprécie le parfum « Vomi de Aaron », la nouvelle fragrance de cette année chaotique. J'expirai, exaspéré, et posai mes bras dans son dos.
- Bon, qu'est-ce qu'il y a ?
- Je te promets tout ce que tu veux si jamais tu manges ne serait-ce qu'une bouchée de ces sandwichs confectionnés avec amour par le chef cuistot de la sandwicherie.
- J'aurais préféré par toi, je m'en fiche de l'amour du type de la sandwicherie …
- Mais c'était plus rapide de les acheter tout prêts …

Elle releva la tête et posa son menton sur mon torse, pour me regarder.
- Mange un peu Aaron, s'il te plaît, je vais être triste moi sinon... Tu n'as pas envie que je sois triste, n'est-ce pas ?
Je soupirai, puis me redressai en la gardant contre moi pour l'empêcher de filer, j'aimais bien la savoir proche de moi comme ça, alors hors de question de la laisser partir. Je jetai un regard dépité aux sandwiches avant d'en attraper un dans lequel je mordis, sans grande envie. Je fermais les yeux, craignant le pire, avant de me rendre compte que manger me faisait le plus grand bien et j'engloutis la totalité de mon sandwich, sous les rires d'Heaven, qui fit de même, et en quelques minutes à peine, les sandwiches avaient disparu, et nous étions repus, la peau du ventre bien tendue.

- Sur ce coup là, j'avoue que tu avais raison Heaven … Mais la prochaine fois, je veux ton amour à toi dans les sandwiches, pas celui du type de la sandwicherie …
- Je note, promis, dit-elle alors riant. Et maintenant, on va se promener sur le pont !

Elle sauta sur ses pieds, toute souriante, et je ne pus m'empêcher de l'admirer tandis qu'elle ouvrait les placards à la recherche d'une autre tenue pour ma part, très certainement un pull, il ne devait pas faire chaud sur le pont, on est dans l'Atlantique en même temps, et au Nord du globe...
- Tu es heureuse Heaven ? Lui demandai-je en m'asseyant sur le bord du lit, ne pouvant m'empêcher de la regarder.
- Hein ? Euh … oui, je crois. C'est quoi cette question bizarre ? Si c'est pour me dire que c'est parce que tu sens que tu vas mourir dans l'heure, c'est pas drôle hein !
- Je vais pas mourir dans l'heure Heav', on se calme. Je me porte comme un charme, calme-toi. Je te trouve étrangement souriante en fait, je vais faire une overdose d'Heaven de bonne humeur …
- C'est que …

Elle s'assit sur le siège du coin de la cabine, et me regarda, rougissante, ce qui me fit sourire, et battre mon cœur un peu plus fort dans ma poitrine,
- J'ai toujours rêvé de sortir de Houlton pour voir le monde … Alors oui, ça me rend complètement euphorique, même notre virée à New York m'a plus que plu, même le caractère stupide de Savannah et même quand on a débarqué en pleine nuit à central Park... Tu sais, j'avais l'air furax, mais une partie au fond de moi adorait l'idée de dormir à la belle étoile en plein cœur de New York …
- Sérieux ?
- Ouais … Si il n'y avait pas de compte à rebours, ce seraient les plus jours de toute ma vie … Enfin, ils le sont quand même, mais savoir que je vais te perdre au final, ça entache un peu l'idée …
Elle sourit, sa tête penchant sur le côté, mais ses larmes se remplissaient de larmes, d'ici je les voyais briller. Et des sanglots commencèrent à troubler sa voix.
- J'aimerai que tu restes toujours avec moi … dit-elle avant de fondre en larmes.

Je me levai derechef et m'empressai de la prendre dans mes bras pour la blottir contre moi, lui frottant le dos pour la calmer et l'empêcher de pleurer plus encore, mais je ne me sentais plus mal, je ne me sentais plus égoïste comme avant, et j'appréhendais mieux ce qu'il allait m'arriver, surtout depuis que je m'étais décidé.
- Je resterai toujours avec toi Heaven, je te le promets … Je te promets de devenir cette famille que tu n'as jamais eue, et toi vivante, tu ne seras plus jamais seule …
Sur ces mots, je lui embrassai le front et lui essuyai ses larmes du bout de mes pouces, alors que ses doigts s'accrochaient à mon tee-shirt, comme pour m'empêcher de m'envoler. Comme si des ailes aller me pousser dans le dos, sérieusement, après tout, je suis loin d'être un ange. Et a cette pensée, je ne pus m'empêcher de sourire.