
Je venais de griffonner ces quelques mots sur cette feuille de papier. « Je t'aime ». Oh oui, si tu savais à quel point je pouvais t'aimer Meredith, plus le temps passe et plus tu me manques. Il n'y a que l'image de ton sourire qui me fait tenir, qu'est-ce que j'aimerais te le dire. Mais je me suis promis de l'oublier. Alors, las, je contemple ma feuille où sont griffonnés ces quelques mots, alors que le vent se leva, me faisant frissonner sur mon fauteuil roulant. Je resserrais alors mon écharpe, resserrai mes cheveux attachés et refrénai mon envie de lui écrire. C'était pas comme ça qu'elle allait m'oublier, et puis, elle doit avoir d'autres chats à fouetter en ce moment, puisqu'il paraît qu'elle va se marier, mais même si j'ai tenté de cuisiner Heaven sur ce sujet, elle n'a pourtant rien dit de plus que ce qu'elle m'a avoué lors de sa cuite sur les bords de Seine. Et ça a le don de me les broyer bien comme il faut, peut-être pire même que la situation dans laquelle je me trouve, à savoir l'hôpital depuis pas loin de dix mois maintenant.

Je continuai de regarder ce morceau de papier qui commençait à prendre l'eau à cause de toute cette neige, comme si mes paroles se noyaient avec la neige, me demandant si je devais poursuivre, ou abandonner ma lutte pour protéger Meredith de tout ça. Ce serait tellement plus simple de lui dire la vérité, de pouvoir la serrer dans mes bras une fois supplémentaire.
- Aa … AARON ?!

Je relevai la tête quand je vis quelqu'un s'approcher de moi, en tenue de jogging rouge, à toute allure, ses cheveux bruns lui balayant le visage.
- Estelloo ? M'étonnai-je alors qu'elle était arrivée à ma hauteur.
Précipitamment, je froissai la lettre et la fourrai dans ma poche, ne voulant pas qu'elle tombe nez à nez avec ce que j'écrivais. Elle poussa un profond soupir avant d'attraper mon fauteuil par les poignées, pour me pousser vers l'établissement.

- Non, mais ça va pas bien dans ta tête de rester dehors par un temps pareil ? Comme si ça suffisait pas que ton cœur soit en sale état, tu cherches la pneumonie à présent ?
- Calme-toi, il n'y a pas mort d'hommes …
- Pas encore, mais vu tes agissements, ça va pas tarder. Nan mais tu penses à quoi sérieusement ?
- Mais au fait, c'est pas ton jour de congé ? Lui dis-je pour changer de conversation.
- Visiblement, on a encore besoin de moi, vu qu'ils sont incapables de te garder au chaud dans cet hôpital.
- Allez, rentre chez toi, ou retourne à tes occupations, je suis un grand garçon, soupirai-je alors qu'on arrivait dans le hall de l'hôpital.

Je donnai alors un grand tour de roues pour qu'elle me lâche puis me tournai vers elle, pour lui faire face, de ma faible hauteur.
- Bon ok, je m'excuse Estelloo, tu es contente ?
- Non.
- Mais quoi ? Qu'est-ce qu'il faut que je fasse pour que tu sois enfin contente ? Rah, et puis pourquoi je m'obstine, t'es juste un médecin de cet hosto, oups, pardon, interne, fis-je en insistant bien sur ce mot. Je te reverrais sans doute jamais de toute manière une fois que je serais sorti d'ici.
- Vu le rythme auquel tu te soignes, tu ne vas jamais sortir d'ici Aaron. Allez, aujourd'hui je suis en civil, dis moi pourquoi tu ne veux pas nous donner ces infos.
- Si tu crois m'avoir aussi facilement, lui ris-je au nez en allant vers la cafétéria de l'établissement.

Mais elle avait décidé d'avoir sa réponse, et me talonnait, commençant réellement à m'énerver. Subitement, je freinais, espérant la surprendre et la faire tomber au sol, ou s'empêtrer contre mon fauteuil, mais malheureusement pour moi, et mon esprit démoniaque, elle avait de bons réflexes. Rah, elle me soûle.
- Allez quoi Aaron, c'est pas comme si on se connaissait pas. Et promis, je dirais rien au Docteur Kaiser, de toute je te demande pas de me donner le nom de ton cardiologue, juste de connaître tes motivations.
- Et pourquoi je te le dirais hein ?
- Parce qu'on est amis ?

Elle s'accroupit pour être à mon niveau et me regarda dans les yeux, directe et sans aucune pincette, elle me lança :
- Ça fait neuf mois que tu te traînes dans cet hôpital, et même ta copine ne vient plus te voir, t'as plus que moi, alors vas-y, accouche. Parce que tu m'inquiètes vraiment, on dirait que tu te laisses mourir …

- Et si c'était le cas, tu crois que ça te ferait quoi de le savoir ? Tu me forcerais à me battre lors d'un combat perdu depuis ma naissance ?
- Tu … tu te laisses vraiment mourir ?
Elle me toisa, complètement sous le choc avant de se relever, alors que je poursuivais ma route vers la cafétéria. Elle m’emboîta le pas (ou la roue, au choix) et me suivit quand je m'installais à une table, se prenant une chaise tandis que je demandais de m'apporter un chocolat chaud et des croissants.

- Pourquoi ? Fut sa seule question.
Je lâchai un profond soupir, jouant avec la cuiller dans ma tasse, puis la regardai.
- Parce que j'ai vingt ans, que depuis que je suis môme je me fais opérer tous les cinq ans, et que je veux vivre, je meurs d'envie de vivre comme tout le monde. Pouvoir faire les mêmes choses que tout le monde, et mourir en me battant pour vivre, plutôt que de mourir de vieillesse dans un lit parce que j'aurais suivi les recommandations de médecins en blouse blanche et dépourvus de cœur.
- C'est toute l'estime que tu as de toi ?
- Ouais, faut croire.
Je portai le chocolat à mes lèvres, et en bus une gorgée.

- Et ta famille ? Tes amis ?
- Ma mère est morte sous les coups de mon frère, qui aimerait bien mettre fin à ses jours depuis sa cellule de prison, mon père, s'il est pas encore mort, il doit pas en être loin. Pour mes amis, ils acceptent mon choix, et si tu dis être mon amie, je vais te demander de faire pareil.
- Que …? Non ! Enfin, bien sûr que non, on ne souhaite pas à nos amis de mourir trop jeune.
- Toi qui est médecin, ou à moitié médecin, tu connais mon espérance de vie. Tu crois que ça vaut le coup de survivre pour un laps de temps aussi court, plutôt que de chercher à vivre de façon la plus normale qu'il soit ?
- Tu as peut-être raison … abdiqua-t-elle. Mais je suis sûre que quelqu'un te fait hésiter dans ton entourage … Tu as l'air convaincu de ton projet, mais ça se voit qu'au fond tu ne l'es pas vraiment.
Je ne dis rien, préférant baisser la tête, attendant la fin de sa réflexion.
- C'est ta petite amie, qui te fait ralentir, n'est-ce pas ? Je le connais ton regard, alors tu sais.

- Ça dépend de qui tu appelles ma « petite amie », car je ne crois pas qu'on parle de la même personne … lui dis-je avec un petit rire moqueur.
- La brunette qui vient de temps en temps, elle a un prénom étrange … Heather ou un truc dans le genre...
- Tu parles de Heaven, et elle est juste ma meilleure amie. Ma petite amie, je l'ai fuie si tu veux tout savoir. Elle est restée dans ma ville, et elle ne sait pas où je suis.
- Oh, et c'est à elle que tu écris autant ? Oui, je t'ai vu écrire plusieurs fois, ça veut pas dire que je t'espionne hein, te bile pas, je suis pas si folle que ça hein !

- T'inquiète, je te dirais ça une autre fois, mais il y a ma série qui commence dans cinq minutes, et si je loupe mon épisode, je vais être de sale poil jusqu'à la rediffusion demain matin, tu m'excuses ?
Je reculai alors, et me dirigeai vers ma chambre, mi amusé, mi triste de cette situation.
Oui, je m'accrochai à Meredith et c'était elle qui me faisait tenir en ce moment, mais j'aurais préféré que personne ne le sache, surtout pas Heaven. Ça lui donnerait une bonne raison de me motiver à me faire opérer, et ça, c'est niet, foi de rouquin !