
Finalement, An avait accepté un peu plus tôt dans la journée de sortir avec Gabe pour le bal du lycée de sa petite sœur. Sortir, « faire les chaperons » est un terme un peu plus exact pour qualifier leur situation. Le bal aurait lieu d'ici une dizaine de jours, et An se désolait de n'avoir rien à se mettre sur le dos pour l'occasion. Après tout, ayant été malade lors de son bal de lycée à elle, elle voulait au moins avoir le mérite d'en profiter, même si elle ne fera pratiquement que de la surveillance. Et puis, cela fera plaisir à Gabe, et peut-être pourrait-elle reconsidérer son offre de sortir avec lui. Oui, enfin, avec un très grand « peut-être » et tout plein d'autres adverbes se rapportant à l'hypothétique hypothèse.

Elle avait donc finalement décidé de faire une après-midi shopping avec sa petite sœur de onze ans, Jayn. Mais l'après-midi s'éternisait et An ne trouvait absolument rien à se mettre sur le dos. « Une robe rouge » qu'elle disait, puisque le rouge était la seule couleur qu'elle portait en abondance et dans laquelle elle se sentait à son aise. Mais les étals ne possédaient que du noir, du lilas, du rose bonbon, du bleu électrique, mais pas la moindre trace de rouge.
_ C'est parce que ça fait prostituée, avait clamé très sereinement Jayn à une énième supplique de sa sœur.
_ Eh ! Où est-ce que tu apprends ça toi ?
An écarquilla les yeux devant sa petite sœur, habituée à la voir régir comme n'importe quelle autre petite fille de dix ans ou moins.

_ Bah au collège, j'ai pas six ans hein, souffla-t-elle en regardant les portiques et en bougeant quelques robes des cintres.
_ Et donc, tu insinues que j'ai l'air d'une « prostituée » parce que je porte du rouge ?
_ Non, toi ça te va bien, et puis tu es jolie, pas comme les prostituées. Elles ressemblent à des Barbies passées au micro-ondes.

An ne savait pas si elle devait en rire ou en pleurer. Jayn avait débité cette phrase avec tellement de sérieux que c'en était complètement déroutant. An était restée quelques secondes à regarder sa petite sœur devenir une jeune fille, une adolescente. Quand avait-elle donc pris autant d’assurance ? Il lui semblait pourtant qu’elle était, à son âge, encore une enfant, au moins mentalement. Elle jouait encore aux poupées, adorait son père et réclamait à sa mère de rester dormir avec elle, parce que « c’est mieux que de dormir seule, et puis Papa il ronfle ». Mais Jayn était passée à côté de tout ça, elle était devenue une vraie ado, elle répondait même à ses parents quand quelque chose ne lui plaisait pas. Marine et Nate allaient avoir du fil à retordre avec cette petite effrontée, et An était heureuse de devoir bientôt quitter le nid pour ne pas assister à tout ça.

Alors que ses pensées vagabondaient, Jayn en avait profité pour filer à l’anglaise jusqu’aux rayons qui l’intéressaient : ceux des jeans et des tee-shirts. Car comme toute ado qui se respecte, il fallait bien rester habillé correctement, cela va sans dire. An la trouva du regard en quelques secondes, et voyant que cela ne craignait rien, elle retourna à sa chasse à la robe parfaite. Après quelques instants, son téléphone vibra dans sa poche, et elle lâche une robe qu’elle pinçait entre ses doigts pour découvrir qui chercher la joindre. Un texto envoyé par une de ses amies, et pas des moindres : Zhoo.
« Hey ! T’es chez toi Anie ? J’ai besoin de soutien de fille célibataire là !! »
An esquissa un sourire devant ce message. Elle savait très bien ce qu’il se passait. Ce qu’il s’était passé même. Zhoo, célibataire depuis toujours, cherchait en vain un moyen de rencontrer le prince (ou la princesse) de ses rêves. Alors elle allait à des rendez-vous arrangés, des rendez-vous avec des amies de lycées qui invitaient des gars d’autres lycées (un vrai petit gôkon japonais), et trainait constamment sur internet.

« C’était pas le gôkon cet aprem ? » répondit aussitôt la brunette en se rapprochant de sa jeune sœur qui venait d’entrer dans une cabine d’essayage.
_ Jayn ! Tu sais bien que je n’ai pas la carte de maman aujourd’hui, alors tu ne t’achèteras pas de fringues. Sort de là, tu vas te faire du mal.
_ Je peux bien m’amuser un peu ! bougonna-t-elle depuis sa cabine sans en sortir pour autant.
_ Très bien, amusons nous, sort de là. Je veux voir ce que donnent tes trouvailles.
Au même moment, le téléphone portable de An manifesta un nouveau message en vibrant depuis le fond de sa poche. Elle le tira de sa poche pour lire le message qui était affiché.
« Ouaip. Ca a foiré. On peut se voir ? »
« Je veux bien moi, mais je suis en shopping avec Jayn. Tu nous rejoins ? »

_ Zhoo va nous rejoindre, dit-elle ensuite à la cabine d’essayage puisque sa sœur n’avait toujours pas daigné sortir de là. Ca te dérange ? Je te paye même le goûter, tu vas pas me refuser ça quand même.
Jayn sortit finalement de la cabine, portant sa tenue et ayant laissé ses essayages sur le crochet de la cabine. Elle se contenta d’hausser les épaules en regardant sa sœur.
_ On va plus s’amuser qu’à nous deux, et puis de toute manière, je trouverai pas de robe. Peut-être que Zhoo nous donnera un coup de pouce. Fais pas ta tête de pioche …

_ Quoi, j’ai rien dit ? gronda-t-elle en soupirant longuement.
_ Justement, je voulais entendre ta jolie voix approuver la venue de Zhoo. Alors ?
_ Bah oui, de toute tu sais que Zhoo je l’aime bien, souffla-t-elle finalement. Mais c’est moi qui choisit où on va. Et ce sera pas au Starbucks !
An ne put qu’accepter sa décision, alors que le Starbuks était son pôle caféine attitré tout comme celui de ses amies. Mais si Mademoiselle Jayn ne veut pas y aller, et bien, elles iront ailleurs. Jayn attrapa ses affaires dans la cabine, sous le regard noir et autoritaire de sa sœur, pour aller les ranger à leur place tandis qu’elle répondait à son amie.
« Okay. On se retrouve au café à l’angle de la cinquième. Ca te convient ? »
« Nickel ! Je suis là dans …. Maintenant ! »

_On se magne Jayn ! annonça An en sortant du magasin tout en prenant la direction du café où Zhoo les attendait.