
J'étais arrivé à l'heure en cours, pour une fois. J'avais vu Heaven assise seule dans la salle, mais je n'allais pas a voir pour autant, je n'ai pas très envie de lui devoir des explications. Je m'installai alors au fond de la salle, seul, jusqu'à ce que le reste de élèves qui assistaient au cours de philosophie débarque, ce qui ne tarda pas. Il ne manquait plus que la prof, qui, pour la première fois de toute l'année, avait du retard. Après dix minutes de retard, alors que les élèves pliaient bagages, elle passa la porte de la salle de classe, avec, à ses talons, deux élèves, dont l'un me figea.

- Un peu de silence s'il vous plait, claironna-t-elle, appuyée sur le bureau.
Pendant ce temps là, je me tassai contre le mur, pour me faire tout petit. Parce que, qui dit nouveaux élèves, dit également âmes charitables désignées d'office pour jouer les guides touristiques. Et on ne peut pas dire que ce soir le boulot rêvé, avec en prime, au final, un toutou qui nous suit partout. Rah ça non, jamais.
Je tiens à être tranquille, et les nouveaux, je les refile aux autres. Ils sont toujours contents de remplir leurs réseaux d'amis, ça fait ça de plus pour frimer, et un petit nouveau soumis, c'est toujours ça de pris pour pas finir seul quand tout le monde a chopé la gangrène.
Plutôt être seul, que m'endimancher d'un crétin émerveillé.

- Voici vos deux nouveaux camarades de classe, reprit la prof de philo en nous toisant. Cathe-Line Hammer et Ulyss Carlston. J'espère pour vous qu'ils auront droit à un acceuil chaleureux de votre part.
Mes doutes se confirmèrent quant à la fichue Cathe-Line. Elle m'a fait chier en boite hier soir, et la voilà prête à recommencer, mais au bahut cette fois. Si elle a le malheur de me parler de Meredith, ou de me parler tout court, j'en fais de la chair à saucisse.

- Aaron ! entendis-je de la part de la nouvelle.
Pitié, tuez moi, dites moi pas que c'est vrai, elle vient pas de m'appeler en plein cours de philo, devant toute la classe.
- Bon, eh bien l'élève tuteur de mademoiselle Hammer est tout désigné il me semble, se félicita la prof. Allez donc vous asseoir à côté de monsieur Hart, et vous, monsieur Carlston, il reste une place à côté de mademoiselle Fewser, votre tutrice pour la semaine.

Les deux élèves regagnèrent leur place, et je regardais d'un œil noir cet Ulyss qui ne me plaisait pas. Il a une bouille trop sympa pour l'être totalement, il cache forcément un truc, c'est pas possible. Je l'aime pas, qu'il approche pas de ma meilleure amie où ça va barder.
Je fus coupé dans mes réflexions par la chaise voisine que ma nouvelle "amie" venait de tirer à elle pour s'y asseoir.

- Surprise ! me dit-elle sur un ton enjoué.
- Tu te fous de ma gueule là ? cinglai-je sans la regarder. Pourquoi tu m'appelles comme ça en plein cours ? Et d'où tu connais mon nom ? Qu'est-ce que tu fiches ici ?
- Non. Pour le fun. Par Meredith. Je suis des études.
- Gné ?
- Je viens de répondre à tes questions imbécile. Je ne me fous pas de ta gueule, je t'ai hélé pour le fun, je connais ton prénom car Meredith t'as appelé quand tu t'es barré, et j'ai décidé de suivre des études en lycée, voilà.

- T'aurais pas pu me le dire que tu venais dans mon lycée hier soir ? grognai-je, faisant ainsi tomber toute ma bonne humeur.
- Je l'ai dit à ta copine, mais tu t'es barré avant. C'est pour ça que je vous ai accosté, histoire de voir si je pouvais croiser du monde avant. Et t'es le seul que j'ai croisé, et coup de chance, je suis dans ta classe de philo.
- Ouais, tu parles d'un coup de chance, j'en connais une qui va entendre parler du pays moi.
- Sois pas si borné, je suis sûre que tu m'adores en fait, non ?
- Et les chevilles, ça va ?

Elle ne ré-attaqua pas, à mon plus grand soulagement, ce qui me permit de me concentrer sur un autre problème de taille : cet Ulyss qui parlait sans gêne avec MON Heaven. Je suis d'accord qu'on s'est brouillés tous les deux, et que je n'ai aucun droit de dire "mon" Heaven, mais elle reste ma meilleure amie, et je ne veux surtout pas la voir souffrir par un connard, et celui là, je sais pas, mais je le sens pas.
- C'est moi ou t'es jaloux de ce mec ?
- Hein ?

Cathe-Line me regardait, un sourire dessiné sur ces lèvres, ses yeux bleu glace me fixant, amusés. Qu'est-ce que j'ai fait pour hériter d'une voisine de classe pareille. Et dire que je vais devoir la supporter au lycée pendant une semaine non stop, je vais jamais survivre.
- De quoi je me mêle ?
- Vu comment tu lances un regard noir au dos d'Ulyss, j'en déduis que t'es jaloux de ce mec, sa voisine te plaît ? Je croyais que tu avais déjà une copine ?
- Ta gueule ! Tu me parles plus jamais de cette soirée en boite, et donc, d'elle, merci.
- C'est qui cette fille brune alors ?
- Ma meilleure amie, t'es contente ?

- Meilleure amie pour laquelle tu crèves d'amour en secret et qui ne réponds pas à tes attentes.
- C'est plutôt le contraire si tu veux tout savoir, c'est moi qui réponds pas à ses attentes.
- Ah ouais ? Et pourquoi ça ? Vu comment t'envoies rôtir Ulyss à l'instant rien qu'en le regardant, c'est que t'éprouves plus que de l'amitié pour elle, ne le nie pas.
- Tu fais chier.
- J'ai donc raison, me dit-elle satisfaite d'elle avant de rediriger son attention sur le cours de philosophie.
Je la hais, mon Dieu que je la hais. Elle va me rendre totalement dingue, je vais commettre un meurtre si ça continue, je répondrais plus de rien.