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Cela faisait quelques jours que Emma était finalement arrivée à l’appartement de Georg. Et non seulement ces retrouvailles avaient été amplement attendues, mais elles ont largement été célébrées et consommées. Et l’idée prochaine de leur séparation à venir ne faisait qu’alimenter ce sentiment d’urgence qui les animait tous les deux depuis leurs retrouvailles sur les quais de la gare. Emma et Georg étaient devenus inséparables et vivaient l’un sur l’autre constamment, chose qui ne leur arrivait jamais quand ils vivaient aux Etats-Unis. Vivre chacun chez ses parents n’aidait certainement pas à la promiscuité, certes, mais là ils poussaient l’idée jusqu’à l’extrême. Ils refusaient tout simplement l’idée de se séparer l’un de l’autre plus que de nécessaire. Alors, ils pouvaient recevoir toutes les critiques du monde, que ce n’était pas la façon la plus saine de vivre une relation amoureuse. Mais peur leur importait : tout ceci s’arrêterait. Et ils avaient ri quand Georg avait glissé qu’ils avaient une date de péremption. Drôle, mais vrai. Ils ne tiendraient pas l’été, alors à quoi bon se rationaliser ?

 

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Cette après-midi-là était pluvieuse. Alors plutôt que de risquer de choper la crève en voulant absolument jouer les touristes ou les gens sociables, ils avaient décidé finalement de passer la journée au lit. Allongés sur celui de Georg, très peu vêtus, ils discutaient actuellement de tout, de rien, jusqu’à ce que fatalement l’un des deux décide de toucher l’autre, pour que les discussions s’arrêtent pour une activité un peu plus terre à terre.

Mais pour le moment, Emma était allongée sur le ventre, les jambes croisées au-dessus d’elle. Elle avait le nez fixé sur des revues posées sur l’oreiller. Elle avait décidé de faire de l’Aquitaine la première étape de son road trip. En conséquence, elle avait ramené de sa dernière escapade en ville de nombreux magazines et brochures pour trouver sa future destination. Etendu sur le dos à côté d’elle, Georg l’écoutait parler de ce que son regard croisait sur les pages glacées, et battait la mesure du pied. Il acquiesçait à chacune de ses idées : tant qu’il serait avec Emma, elle pouvait le traîner sur la Lune si elle le voulait. Il suivrait.

- Tu devrais te couper les cheveux tu sais, dit alors Emma.

 

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Georg tourna aussitôt la tête vers Emma. Il avait dû perdre le fil de la conversation. A l’instant, elle parlait de châteaux et de vignobles, et voilà qu’elle se mettait à parler – une fois n’est pas coutume – de ses cheveux. Le sujet venait assez régulièrement sur le tapis. Emma ne supportait pas sa « queue de rat » comme elle l’appelait. Elle n’était pas la seule d’ailleurs. Mais il avait mis tellement longtemps à avoir les cheveux longs comme il le voulait quand il était ado qu’il n’avait jamais pu se résoudre à s’en débarrasser.

- Mais c’est mon identité. Tu ne vas pas me l’enlever comme ça. Et si à moi ça me plaît ? bougonna-t-il.

- Tu ne vas quand même pas finir par me dire qu’elle est la source de ta force comme Samson ? Parce que je ne vois aucune raison valable de la garder sinon … Non, même ça ce n’est pas une raison valable de la garder.

Elle lui adressa un petit sourire en coin, et lui poussa légèrement la cuisse du bout du pied pour le taquiner.

- Non, pas de ma force, mais de ma créativité. Donc pas toucher.

 

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Emma s’écroula face contre le lit pour étouffer le fou rire qui venait de la prendre juste à l’instant. Il n’était pas sérieux quand même ? Quand elle se calma enfin, elle tourna un œil vers lui. Il s’était allongé sur le flanc, un bras sous la tête, pour la regarder avec sa moue boudeuse. Emma se tourna alors à son tour pour lui faire face et le regarder dans les yeux.

- Qu’est-ce qu’il y a de si drôle ?

- Tu étais déjà talentueux avant d’avoir ta queue de rat. Donc ça n’a rien à voir avec ton talent.

- Et bien, je te signale que c’est grâce à cette coupe que tu es tombée amoureuse de moi. Donc c’est que ça marche pour séduire les filles, donc je garde. C’est ce qui fait tout mon charme.

 

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Emma tourna la tête de droite à gauche en signe de négation, tout en se pinçant les lèvres.

- Tu ne l’avais pas il y a quatre ans. Tu avais les cheveux longs, certes, mais pas à ce point. Donc ce n’est clairement pas ce qui fait que je suis tombée amoureuse de toi. Je pense plutôt que c’est l’inverse : ça a fait fuir mes potentielles rivales. Même mes copines me disaient qu’elles sortiraient avec toi si tu n’avais pas cette étrange coupe de cheveux.

- Oh. Et que dois-je en conclure ? questionna alors Georg en se relevant sur un coude pour s’approcher d’elle.

- Et bien, que c’est un tue l’amour et pas un charme. Donc il va falloir me couper tout ça si tu veux avoir du succès avec les filles.

Elle lui adressa un petit sourire timide, mais n’en dit pas plus. Le sous-entendu parlait pour lui-même. C’était ce qu’ils avaient prévu après tout, il y a bien longtemps. Depuis qu’Emma préparait son road trip. Elle s’était faite plus ou moins à l’idée de le laisser partir loin d’elle, qu’il voit d’autres personnes. Et ils verront où ils en seront tous les deux à son retour.

Georg se redressa complètement et s’assit en tailleur sur le lit. Son visage était grave, fermé. Emma en souriait peut-être, mais pas lui. Il n’arrivait pas à trouver de légèreté dans ce sujet. La jeune rousse remarqua bien son expression, et se redressa à son tour. Elle s’assit alors devant Georg, une jambe de chaque côté de ses hanches, et prit sa tête entre ses mains. Elle essaya de capter son regard, difficilement.

 

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- Et si je ne veux pas avoir de succès avec les filles ? lui dit-il de manière purement théorique. Autant que je garde cette coupe, je serais tranquille, tu ne crois pas.

Emma hocha la tête de droit à gauche de nouveau en guise de réponse négative. Elle fit glisser ses doigts dans les cheveux de Georg, regardant ceux-ci bouger sous ses mains. Georg glissa ses mains sur la taille de Emma, lui caressant les hanches du bout des doigts.

- Je m’en fiche de plaire aux autres filles.

Il leva les yeux vers elle.

- Tant que je te plais à toi.

 

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Il tendit alors le cou vers l’avant pour embrasser Emma sur le bout des lèvres. Ses mains se rejoignirent dans le dos de la jeune femme, et il entrecroisa ses doigts contre ses reins. Il garda son regard rivé à celui de Emma, et cette dernière rougit très légèrement. Il avait le don pour ce genre de chose. Pour la faire rougit au moindre regard. Elle posa alors son front contre le sien, et souffla doucement.

- Et tu le ferais pour moi … ?

- De ? Me couper les cheveux ?

- Oui. Et de plaire aux filles.

- Je n’en ai pas vraiment envie Emma …

Elle glissa ses bras autour du cou de Georg, pour se serrer contre lui et poser sa tête contre son épaule. Ses mains étaient posées à plat contre le dos de son petit ami, comme si elle cherchait à s’accrocher à lui alors que c’était elle qui le poussait à partir. Elle l’embrassa alors sur la joue, et garda son visage contre sa mâchoire, s’y refugiant.

- On n’en est pas encore là Emma. Ça ne sert à rien de te faire du souci pour ça. On verra ça en temps voulu, ok ?

 

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Elle hocha doucement la tête puis se redressa pour se tenir droite devant Georg. Elle gardait malgré tous les bras posés sur ses épaules. Distraitement, de ses mains, elle jouait avec les cheveux de Georg, et sa queue de cheval. Cela le fit sourire. Après tout, si elle tenait tant que ça à lui couper les cheveux…

- Il y a des ciseaux dans le bureau, lui dit-il. Au moins, il n’y aura eu que toi à me connaître avec ma force et mon talent. Les autres n’auront qu’un Georg estropié.

Emma esquissa un sourire avant de rire un peu plus franchement. Elle se releva alors des genoux de son amant, et descendit du lit pour sortir de la chambre et rejoindre la pièce de vie principale où se trouvait son bureau. Elle ouvrit le tiroir en question en récupéra les ciseaux. Après un bref passage dans la salle de bain pour récupérer une serviette, et éviter de mettre des cheveux partout sur le lit, elle retourna dans la pièce. Georg n’avait pas changé de position, toujours assis en tailleurs. Emma s’installa alors derrière lui, posa la serviette sur le lit et lui prit la tête entre ses mains.

 

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- Prêt ? lui demanda-t-elle.

- Me rate pas surtout, je serais fâché si je ne te plaisais plus au final.

- Ne t’inquiète pas va. Je coupe les cheveux de Camille depuis des années, et il n’y a pas plus maniaque des cheveux que lui. Alors reste sage, et tout devrait bien se passer.

Georg ne bougea plus, et garda son plus grand sérieux. Il ferma les yeux, et se calma dès qu’il entendit le frottement particulier causé par les lames des ciseaux sur ses cheveux. Il sentait les mains de Emma courir sur son crâne, ne s’arrêtant pas seulement sur ses cheveux trop longs à son goût. Apparemment, il y avait plus de choses à rattraper qu’il n’aurait voulu.

Il ne sait pas trop combien s’est écoulé entre le moment où il avait fermé les yeux, et celui où il entendit Emma poser le ciseau sur l’étagère. Alors qu’il allait se redresser, il sentit les mains d’Emma sur ses épaules qui lui enlevaient les quelques cheveux qui y étaient restés, puis son souffle sur son cou avant qu’elle n’y dépose un baiser furtif.

- Fini. Tu veux voir ?

- Je n’ai pas de miroir de poche, et je n’ai pas très envie de me lever.

 

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Il se tourna alors vers Emma, et le sourire qu’elle lui offrit le rassura. Visiblement, elle semblait satisfaite de son travail. Il passa sa main dans ses cheveux, ceux-ci semblaient bien plus courts, et la sensation d’avoir sa nuque à nu ne lui fut pas aussi dérangeante qu’il ne l’aurait cru. Elle glissa une main dans les cheveux de Georg pour lui remettre une mèche en place, et sourit en contemplant son œuvre.

- Ça te va ? lui demanda-t-il. Tu ne m’as défiguré ?

- Non, pas du tout. Je dirais même que je t’ai sublimé. Sans vouloir me vanter bien sûr.

- Parfait alors …

Il passa ses bras autour du corps de Emma et la fit basculer doucement sous lui, l’allongeant sur le lit. Emma esquissa un sourire et crocheta ses mains autour du cou de Georg, tout en continuant à jouer avec ses cheveux.

 

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Georg fit courir ses doigts le long du flanc d’Emma, ce qui la fit frissonner de plaisir. Elle resserra un peu plus ses bras autour de lui pour l’attirer vers elle. Quand son regard croisa celui de Georg, elle vit bien qu’il n’était pas complètement là. Le voilà partit sur une planète bien lointaine.

- A quoi tu penses ? lui demanda-t-elle en caressant sa joue du bout des doigts.

- Devine.

Il l’embrassa alors du bout des lèvres, et fit glisser ses doigts sur la joue de Emma. Il entrouvrit alors les lèvres, ferma les yeux et se concentra sur la dernière chanson qu’il avait écrite, en pensant à elle, et dont il battait la mesure il y a plusieurs minutes. Et de sa voix la plus douce, il se mit à fredonner sa dernière création, pour Emma.

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