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Elle savait que ça n’était absolument pas une bonne idée. Elle en aurait mis sa main à couper. Quatre semaines chez elle, sans possibilité de fuir son mari, ou au moins de l’esquiver. Elle faisait de son mieux, une fois William revenu du travail, pour se trouver une occupation à l’opposé de l’appartement pour essayer de ne pas le croiser. Et ça marchait, la plupart du temps. 

Et pourtant, William n’avait eu aucun geste déplacé envers elle depuis qu’il l’avait giflé. Il n’avait rien fait. Il était redevenu presque normal, comme avant la crise. Ni mauvais, ni mielleux. Juste William. Il lui disait bonjour le matin, bonne nuit quand elle allait se coucher, et lui demandait si elle avait passé une bonne journée quand il rentrait le soir de son travail. Et elle lui répondait, sobrement. “Bonjour” “Merci, à toi aussi” “Oui, et la tienne ?”. Que des mondanités sans importance. Mais chacun de ces mots étaient presque difficiles à faire sortir de sa bouche. Comme s’ils lui écorchaient la bouche. Et au milieu de toutes ces mondanités se tenait Zhoo. Elle avait vu ses parents passer de la haine farouche et des disputes, à la courtoisie feinte. Et la jeune femme ne savait pas vraiment laquelle des deux versions elle préférait. Probablement celle des disputes. Au moins, à ce moment-là, ils ne faisaient pas semblant.

Zhoo aurait pourtant espéré que ses parents profitent de ces quatre semaines pour réapprendre à communiquer entre eux, comme des adultes responsables. Mais il faut croire que la responsabilité, ce n’était pas leur fort. Et elle en soupirait à chaque fois qu’elle entendait leurs simulacre de discussion.

- Vous divorcez quand ?

  

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Zhoo tourna la tête vers sa mère. Elles étaient toutes les deux installées dans le canapé du salon, à regarder une série et à flemmarder dans le salon. William travaillait, il ne reviendrait pas avant deux heures. Une discussion mère-fille s’imposait.

Julia tourna la tête vers sa cadette, et cligna des yeux à plusieurs reprises face à sa question. Elle ne s’attendait pas à ce que Zhoo lance ce genre de conversation, ou y pense même. Pire, alors que chaque enfant souhaite que ses parents restent ensemble jusqu’à la fin du monde, voilà qu’elle avait l’impression d’attendre leur divorce.

- Divorcer ? On ne compte pas divorcer Zhoo. Je peux savoir d’où te viennent ces idées ?

- Tu te moques de qui ? Ne me fais pas croire qu’entre toi et papa, c’est l’amour fou. Vous ne vous parlez plus, et depuis ta mise à pied, tu l’évites comme la peste. Donc, clairement, vous ne voulez plus rester ensemble. D’où ma question : vous divorcez quand ?

Julia haussa un sourcil, et croisa les bras.

- Ton père et moi n’allons pas divorcer Zhoo, affirma-t-elle plus sèchement.

- Pourquoi ?

La mère de famille roula des yeux, agacée.

 

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- Mais parce que ! conclut-elle, sans aucune formule argumentaire.

- Donc tu comptes rester toute ta vie avec papa alors que tu l’évites comme la peste ? Je vais finir par croire que je dois être nulle niveau relations humaines.

- Les gens divorcent quand ils ne s’aiment plus Zhoo, dit alors Julia calmement. Hors ce n’est pas le cas de ton père et moi.

- Tu aimes encore papa ? 

Cette fois-ci, elle avait parlé comme une enfant. Ce n’était plus la question cinglante de la jeune femme blasée de sa famille, mais celle de l’enfant, démunie devant la chute cruelle de sa celulle familliale. Zhoo avait toujours au fond d’elle cette petite pensée d’enfant. Celle qui veut que ses parents s’aiment pour toujours.

- Bien sûr, lui répondit Julia avec un sourire. Evidemment.

- Et lui ? Tu penses qu’il t’aime encore ?

 

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Julia eut un petit temps d’arrêt, avant d’esquisser un sourire triste, le regard perdu dans le vide.

- J’espère, répondit-elle.

- Alors explique moi pourquoi vous n’arrivez même plus à parler tous les deux ? Je te jure, on vous croirait au bord du divorce.

- C’est compliqué, lui répondit sa mère.

Elle fixa de nouveau son attention sur la télévision, sans y prêter vraiment attention. Elle voulait surtout esquiver le regard inquisiteur de sa fille. Elle ne lui mentait pas en disant que c’était compliqué. Les relations humaines sont compliquées, surtout celles où l’amour s’en mêle. L’amour ne suffit pas pour qu’un mariage fonctionne, et c’est ce qu’elle vivait actuellement. Elle avait beau aimer William comme une folle, savoir qu’elle braverait des montagnes pour lui, l’idée de vivre cette relation, à tous niveaux avec lui, n’était même pas envisageable pour elle. Comme deux aimants qui avaient fini par se repousser, malgré leur attirance.

- Je n’ai plus douze ans, lui répondit sa fille. Je pense que je peux comprendre plus que tu ne le crois …

 

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Julia tourna finalement la tête vers Zhoo. Elle lui sourit, tendit sa main vers la joue de sa fille pour la lui caresser, et glisser une mèche de cheveux derrière son oreille.

- Je suis plus consciente que tu ne le penses. Je sais bien que tu n’es plus une petite fille. Et quand bien même tu puisses comprendre, il y a des choses dans la vie de parents qui ne doivent pas être dévoilées à leurs enfants. Mais je peux te promettre une chose Zhoo : on fait tout notre possible avec ton père pour nous sortir de cette situation. Je te le promets.

Elle approcha alors son visage de celui de sa fille, et lui embrassa le front avant de la prendre dans ses bras. Zhoo s’accrocha au dos de sa maman de toutes ses forces. Elle ne voulait absolument pas la lâcher. Elle voulait se montrer forte pour elle, pour la soutenir de toutes ses forces.

 

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