
Zhoo s’était enfermée dans sa chambre depuis presque une semaine maintenant. Et il était hors de question qu’elle sorte de sa tanière, ou qu’elle parle à sa mère. Elle se sentait trahie et bernée. Et totalement abandonnée.
֎

Une semaine plus tôt, après avoir passé la journée avec Camille et An, elle avait découvert en rentrant chez elle les valises de son père dans le hall d’entrée. Ces deux parents étaient debout dans le salon, à distance raisonnable l’un de l’autre et discutaient. Sans montrer ni dégoût, ni animosité. Et la jeune femme en aurait souri si elle n’avait pas vu ces valises.
- C’est pour quoi les valises ? leur avait-elle demandé innocemment en se rapprochant d’eux.
- Je pars, avait dit William en se tournant vers sa fille. Ta mère et moi, nous nous séparons.
Zhoo avait regardé son père avec de grands yeux écarquillés, et la mine déconfite. Elle avait eu l’impression de ne rien comprendre. Mécaniquement, elle avait hoché la tête de droite à gauche, refusant l’information que ses oreilles venaient de lui apporter.
- Non. Vous n’allez pas faire ça hein ? leur avait-elle demandé, les larmes aux yeux.
Elle s’était tournée ensuite vers sa mère. Elle lui avait pourtant assuré deux jours plus tôt qu’ils ne se sépareraient pas, qu’ils s’aimaient toujours. Et quand bien même Zhoo avait fait la fière en disant à sa mère qu’ils feraient mieux de divorcer, elle n’aurait jamais cru qu’un jour, elle aurait eu à subir leur séparation.

- Je vais aller vivre dans l’ancien appartement de Nate, avait expliqué William. Tu viens quand tu veux ma puce, avait-il poursuivi en s’approchant d’elle.
Zhoo avait fait un pas en arrière, lui lançant un regard noir et lourd de reproches.
- Vous vous abandonnez ? Je pensais que vous étiez plus solides que ça, et plus forts que lui, avait-elle grondé en pointant la vitre du doigt.
- On n’abandonne pas, avait reprit Julia. On se donne une chance de recommencer. Rester ensemble nous bouffe, peut-être qu’en s’éloignant …
- Mais casse-toi ! avait hurlé Zhoo à la figure de son père.

Elle s’était approchée de lui, et l’avait violemment poussé dans ses valises. Elle était écumante de rage, les yeux rouges et le visage balayé de larmes. Elle avait hurlé, encore et encore, le poussant au loin. Il n’avait qu’à partir.
William s’était finalement penché pour récupérer ses valises, et après un dernier regard à sa femme et sa fille, il avait disparu derrière la porte.
Parti. Envolé. Terminé.
Zhoo s’était tournée vers sa mère, les poings serrés. Mais elle s’était tue. A la place, elle avait gravi les marches jusqu’à sa chambre où elle s’était enfermée à double tour, jusqu’à aujourd’hui.
֎

Techniquement, elle avait mis le nez hors de sa chambre, pour accéder à la salle de bain et au frigo. Mais elle prenait bien soin d’éviter sa mère, comprenant la réaction de Georg quand il eut appris les origines de sa conception. Et rien que d’y penser, elle le trouvait courageux d’avoir tenu un tel rythme pendant quatre ans.
Mais hors de question de céder, quitte à ce qu’elle passe la fin de l’été cloitrée dans sa chambre. Elle n’avait pas spécialement envie de sortir non plus. Sans compter Emma et GK qui roucoulaient en France, Camille était en train de se préparer pour aller les rejoindre, et An passait le plus clair de son temps avec son petit ami. Elle avait raison d’en profiter, Zhoo savait qu’avec son emploi du temps à la fac de médecine, Gabe trouverait de moins en moins de temps à lui consacrer.
Alors il ne lui restait plus que Robbie. Et par texto. Celui-ci avait décidé de passer la fin de l’été dans sa famille, ce qu’il y avait de plus normal. Mais cela n’empêchait pas la jeune femme de passer des journées entières à discuter avec son beau métis à la carrure de mastodonte. Et si Robbie était muet à l’oral, ce n’était pas vraiment le cas à l’écrit, pour le plus grand plaisir de Zhoo.
Evidemment, elle avait fini par lui parler de la situation à la maison. C’était impossible de faire sans, ou il allait fatalement lui demander pourquoi elle pouvait aussi en colère dans certains de ses messages. Au moins, comme ça, il n’y avait pas de surprise.

« J’ai enfin fini Peaky Blinders. Ok, tu avais raison, c’était vraiment chouette comme série. Et je veux bien un Tommy dans ma vie »
Zhoo appuya sur envoyer, et guetta la réponse de son … ami. Était-ce vraiment le mot qu’il fallait employer pour définir les deux jeunes gens. Elle n’en était pas sûre elle-même. Amis, oui, c’était sûr et au moins ça. D’un autre côté, la nature de certains de leurs textos pouvaient prétendre le contraire. Il était clair qu’ils s’entendaient tous les deux à merveille, et Zhoo n’avait qu’une hâte : que la rentrée arrive pour le retrouver.
« Tu aimes le danger visiblement. Soit, mais je n’ai pas de gavroche. Je vais avoir du mal à postuler »
La blondinette sourit un peu niaisement quand elle reçut ce message. Elle l’imaginait bien avec une casquette gavroche. Ça pourrait lui aller. Mais elle nota surtout que Rob avait apparemment envie de postuler, comme il a dit, pour un rôle dans sa vie. Elle en rougit aussitôt, battant des jambes sur son lit, totalement niaise.

« Dommage alors. Tu étais pourtant un parfait candidat. J’irais chercher ailleurs, tu crois que ton coloc’ est libre ? »
Elle entendit la porte d’entrée de l’appartement se fermer, et la clé tourner dans la serrure. Sa mère venait de partir pour le boulot. Zhoo posa alors son téléphone sur son lit, et se leva pour passer la tête par la porte de sa chambre, et vérifier qu’elle était bien seule. Elle tenait l’oreille : rien. Pas un bruit.
Sa mère devait reprendre le travail aujourd’hui. Sa mise à pied était enfin levée. Ce sera plus facile de cette manière de circuler dans l’appartement à sa guise. Elle retourna alors dans sa chambre pour récupérer son téléphone portable, et elle descendit dans la cuisine pour se faire un petit déjeuner.
« Si tu crois que je vais le laisser t’approcher, c’est mal me connaître. D’ailleurs, tu fais quoi le week-end de la rentrée ? »
Zhoo se servit un large bol de chocolat chaud et un croissant, avant de s’installer sur le tapis, devant la télévision, ses vivres posées sur la table basse. Et c’est la bouche pleine de viennoiseries qu’elle répondit à Robbie.

« J’ai prévu de braquer une banque. Tu viens avec moi ? »
« Franchement, ça se tente. On se dit le samedi avant la rentrée, chez moi à 20h ? »
« Ça marche ! Je prépare mon équipement de braqueuse ! »
Elle posa ensuite le téléphone sur la table basse et leva le nez vers la télé éteinte. Alors qu’elle allait saisir la télécommande pour lancer Netflix et débuter une nouvelle série conseillée par Robbie, elle sentit des larmes couler le long de ses joues. Elle posa la télécommande, passa sa main sous ses yeux pour els arrêter. Mais rien n’y faisait. Elle pleurait de plus belle. Et avant même de réaliser ce qui lui arrivait, elle fondit littéralement en larmes. Elle se recroquevilla sur elle-même, le visage enfoui dans ses genoux.

- Allez tous vous faire foutre putain ! JE VOUS DETESTE !!