Ouh, il fait froid. Les gouttelettes d’eau tombèrent sur la peau nue de mon dos, ruisselant vers le bas de mon dos. Mes ailes frémirent, de peur. Lui avais-je échappé ? Etais-je enfin libre ? Le soleil perçait au travers des branches, réchauffant ma peau, refroidie par la peur d’être poursuivie. Qu’était-il donc finalement ? Que me voulait-il donc à la fin? Et pourquoi ne pas m’avoir reconnue ?
Assise sur ce tronc déraciné, j’enserrai mes chevilles, rendues douloureuses par ma course folle. Mes cheveux, ramassés en une coiffure simple piquaient de part et d’autre de ma tête, descendaient le long de ma nuque, les branches s’y étant accrochées. Ma légère robe était trempée elle aussi et en devenait transparente. Que va me dire Chloé ? Je sens que je serais encore qualifiée d’irresponsable, mais n’y-a-t-il pas meilleure solution à mon problème ?
J’entendis des mouvements dans les fourrés, et me retournai paniquée. Mes yeux tristes et ternes laissaient échapper mes larmes cristallines qui tombèrent sur mes genoux en une douce musique. Les pas lourds et rapides se rapprochèrent de moi. Je déployai mes ailes, voulant les faire réagir. Celle de droite resta pliée un instant trop long, et je remarquai qu’il l’avait déchirée, ou du moins, griffée. Flûte ! Je me levai, mes pieds nus glissant sur la mousse de l’arbre. Une branche au dessus de ma tête se tenait là pour moi. Je levai les bras, m’y accrochant. Je me hissai à la seule force de mes bras. Les pieds hors du sol, je me concentrai pour que mes ailes battent, en vain. Et les pas se rapprochèrent. J’étais perdue. Quand, tout à coup, je perçu un battement d’ailes au dessus de ma tête. Je levai les yeux vers la source du bruit et reconnu Mènphir, sa main constellée vers moi. Je souriais, heureuse de voir qu’on était venu me sauver. Il referma ses doigts autour de mon poignet et me hissa. Il passa ses bras sous mes genoux et autour de ma taille. J’entourai les miens autour de son cou et il déploya ses ailes faites de plumes blanches pour s’envoler vers le soleil miroitant. Au dessus des arbres, je perçu son hurlement, son action vaine pour me récupérer et je vis, finalement, la forme dorée en haut d’un pin dénudé par la mort, ses bras levés vers moi. Et je soupirai de soulagement.
- Tu peux, me dit mon sauveur. Quelle idée de traîner dans les bois avec cette chose dedans ! Tu es irresponsable !
- Chloé t’a passé le mot ? Génial !
- Dis donc Kaede ! Tu crois que ça m’amuse de te sauver ?
Je ne répondis rien et regardai par-dessus son épaule, vers les bois, là où le maelön m’avait pourchassée. Je levai les yeux au ciel, sachant pertinemment que Mènphir avait raison, mais je ne m’avouais pas vaincue, non, du tout.
- Ouais, ça t’amuse ! T’as pas à supporter Enrico, ça t’amuse donc !
- Merci beaucoup de te soucier de moi. Je ne vois pas ce que vous lui trouvez toutes…
- Il est pas idiot lui, ironisai-je.
- Je t’ai sauvé, je te rappelle, me dit-il.
- T’as rien sauvé du tout, je voulais l’aider !
- Aider cette bête ? Mais tu as perdu la tête, il t’a arraché l’aile droite Kaede ! Tu t’en rends compte ?
- Oui, mais je suis en vie !
Il ne dit rien de plus car les grottes pointaient à l’horizon, colorées par les tentures qui habillaient les parois extérieures. Les cascades crachaient leur eau bleutée par les roches de la source. Des millions d’elfes voletaient autour de ses parois, et je levai de nouveau les yeux au ciel, sachant que Chloé n’était pas très loin. Bon, mon aile me semblait réparée, ou du moins, capable de battre, et les bras de mon « sauveur » ne les bloquaient pas. C’était le moment ou jamais !
Très rapidement, je les déployai, prenant un maximum de prise au vent possible. Une brise bénie vint jusqu’à moi et elle m’emporta vers les bois, où il m’attendait. A distance raisonnable de Mènphir, je me tournai en direction de ma destination, n’écoutant plus les plaintes et les supplications de mon meilleur ami. Pff, c’est pas parce qu’il a voulu ressembler à un ange que ça fait de lui un dieu, non mais.
- Kaede ! Reviens ici idiote !
- Moi aussi je t’aime, hurlai-je pour le charrier.
Il haussa les épaules et je battais des ailes pour retourner vers Henry. Pourquoi tout le monde l’abandonne lui ? Il est différent des autres maelöns qui sont nos prédateurs naturels, à nous, les elfes. Leur peau dorée et cuivrée semblait faite de métaux et nous semblait impénétrable. Mais, comme nous, ils sont vulnérables.
Henry est un maelön cuivré mais au soleil, il nous semblait doré. Sa tête hérissée était attendrissante, ses yeux azurs étaient doux et apaisants. Ses griffes acérées ne feraient pas de mal à une mouche, ou du moins, quand il se sentait en sécurité, comme ce jour-là.
Je l’ai sauvé il y a quelques lunes d’une attaque entre maelöns. Il était le plus faible, juste ça. C’est-ce qui a autorisé ces brutes, ces bêtes à le maltraiter. Moi, je m’étais aventurée dans les bois, échappant une énième fois à Chloé. Et j’avais entendu cette plainte, froide, inquiétante, piteuse. Je m’étais approchée doucement, écartant les fourrées de mon passage. Il était là, appuyé contre un arbre, abdomen contre terre. Son dos était parcouru de griffures, plus profondes les unes que les autres. Son sang, bleu argenté, suintait de ses blessures, mais aussi de sa bouche. Il respirait avec peine, sa tête écrasée au sol, tournée vers moi. Quand il m’avait montré ses yeux azurs, différents de ceux dorés de ses congénères, je n’avais pu m’empêcher d’approcher. Une fois à côté de lui, je l’avais vu rentrer ses griffes sous ses ongles, ses dents aiguisées reprendre leur forme initiale. J’avais posé chacune de mes mains autour de son visage, afin de l’examiner. Ses yeux étaient un appel à l’aide.
- Je m’appelle Kaede, lui avais-je dit. N’aie pas peur. Tu as un nom ?
- Hen… ry… Je ne… te… veux… aucun mal….
Il s’était évanoui et je m’étais empressée de nettoyer ses plaies. J’y avais passé un temps considérable. Quand j’étais partie vers la rivière pour laver mes mains et lui ramener de l’eau, il en avait profité pour s’éclipser dans la nature. Maintenant, je le cherchais. Et je le trouverais.
Doucement, j’atterris dans les bois, mes ailes me servant de ralentisseur. Mes pieds touchèrent terre et se réfugièrent dans la mouse. Et je commençai mon expédition, fouillant derrière chaque arbuste, chaque buisson. Devant la rive droite de la rivière, je vis une créature cuivrée s’abreuver à gros lapements. Je m’approchai et elle se retourna brusquement, ses yeux dorés me toisant. Je me figeai, ce n’était pas Henry. Mes bras restèrent de chaque côté de mon corps, collés à ce dernier.
Derrière moi, j’entendis des pas lourds, sa démarche saccadée, celle de tout à l’heure. Mais qui me dit qu’il ne viendra pas, comme tout à l’heure, pour partager un délicieux repas ? Je fermai les yeux et senti un courant d’air au dessus de ma tête. Quand je les rouvris, je vis deux maelöns se battre, le plus petit - Henry - ayant, étrangement, le dessus sur l’autre créature. Quand celle aux yeux dorés fut inconsciente, Henry se tourna vers moi, ses yeux azurs dans les miens. Il avança, et me prit dans ses bras, m’éloignant de ce lieu de carnage. Après quelques minutes silencieuses, il me déposa dans une grotte. J’avançai de quelques pas et déployai mes ailes, voir si je pouvais encore m’enfuir. Les deux semblaient s’ouvrir, malgré une réticence de la droite. Alors que je forçais, je sentis des doigts sur la blessure de mon aile et je me retournai, de peur.
- Laisse-moi regarder, me dit Henry. Je t’ai fait ça, laisse moi te soigner.
J’obtempérai et me retournai pour qu’il m’examine. Il se baissa, ramassa un pot en terre cuite et couvrit mon aile de la mixture blanche qu’il contenait.
- C’est quoi ? demandai-je.
- Un cicatrisant, bouge pas, m’ordonna-t-il.
Je restai stoïque, par peur qu’il ne s’emporte et décide de me tuer. Il posa une de ses mains sur mes épaules pour se baisser afin de regarder ma blessure et la soigner. Mais le contact de sa peau cuivrée sur la mienne me fit réagir comme je ne l’avais jamais imaginé, et ça me gênait.
- Quoi ? dit-il quand il remarqua que j’étais parcourue de frissons.
- Rien.
Une fois qu’il eut fini, j’avançai, m’éloignant de lui puis me retournai pour le regarder. Comment de telles créatures, magnifiques, pouvaient être des tueurs ? Il était si doux, si calme … tel un elfe. Il ferma les yeux, baissa la tête, sa chevelure cuivrée comme sa peau cachant en partie ses yeux. Je le fixai intensément, et il rouvrit les yeux subitement, le bleu perçant les mèches brunes. J’eu un sursaut.
- Va-t-en maintenant, souffla-t-il. Tu n’as rien à faire ici. Et pourquoi t’es tu éloignée de ta cité ?
- Je m’inquiétais pour toi, j’avais peur qu’ils te réduisent en bouillie.
- Je suis en vie, allez, casse-toi !
- Mais …
Je ne protestai pas plus car il s’était approché de moi, mon visage tout près du sien. Ma respiration s’accéléra, bruyante. Il posa chacune de ses mains sur mes épaules, pour me faire comprendre de partir.
- Je vais te tuer si tu restes ! Pourquoi faut-il que tu restes avec moi ? T’as rien de mieux à faire. Tu m’as soigné, je t’ai soignée, on est quittes.
- Je sais pas, je sens que je dois rester avec toi …
- Tu t’es vue, je te casserai rien qu’en te giflant. Que veux tu gagner en t’alliant à moi ? La mort ?
- Non, tu … m’intrigues, c’est étrange. Je voulais savoir si tu allais bien, tu es différent, je … tu …
Je ne trouvai pas mes mots et baissai la tête vers mes pieds couverts de mousse.
- Tu ?
- Je … repris-je. Je … je veux toujours te savoir en sécurité, lui dis-je finalement.
- En sécurité ?
- Je sais pas, c’est-ce que je ressens. Je sais pas l’expliquer. Mais je veux rester là, pas retourner dans la cité.
- T’es pas un cadeau, dit-il.
- Je sais, avouai-je, pleine d’espoir de pouvoir m’expliquer.
- Tu veux quoi, hormis ma sécurité ?
- Rien, juste ça.
Il s’approcha de moi, colla son nez au mien. Il ouvrit sa bouche et sa langue pointue caressa doucement mes lèvres. Je fermai les yeux, incompréhensive.
- Je voudrais tant … débuta-t-il. Tant comprendre ce que je ressens … pour toi…
Et il posa ses lèvres sur les miennes, ses mains sur mes hanches, m’attirant contre son torse brillant. Mes cheveux se mêlèrent aux siens, mes mains entourèrent sa nuque, propriétaires.
Mais c’était interdit, dangereux aussi. Qui sait s’il ne va pas, finalement me manger, comme mes sœurs. Mais c’est le début de quelque chose de grand, pour nous deux.
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Un petit Essai en mode fantastique, pour un concours autour d'une image de fée *cherche l'image* Là voilà xD
