
Emilie était installée dans la salle à manger, nez dans ses bouquins, travaillant sa psychologie à première vue, oui, seulement à première vue, puisque dès qu'on se rapprochait de cette feuille blanche, dissimulée entre deux cours barbants, on pouvait distinguer tout autre chose … Des paroles de chanson.

« Ce que je veux de toi,
Je le garde au fond de moi,
Comme le plus grand des secrets,
Qu'on ne dévoile jamais.
Ce que je veux pour nous,
Le sauras-tu un beau jour ?
De la tendresse à l'amour,
C'est tout ce que j'attends de toi. »

C'est sûr qu'avec ça, elle va réussir sa première interrogation qui aura lieu le lendemain. Mais Emilie a tout sauf envie de travailler cet après midi, ces seules et uniques pensées vont vers un certain jeune homme, non pas ce médecin comme elle le devrait, ayant renoué avec son Emiel, mais un certain brun du nom de Nate, qui devient de plus en plus amical avec elle au fil de jours, comme si tout ce qui s'était passé dernièrement ne le concernait plus.

_ Eh Emi ! Lâcha justement Nate en descendant les escaliers.
La jeune femme se rua sur sa feuille pour la cacher dans ses cours, et les cacher à Nate, bien que celui-ci s rende compte du geste de son amie, geste qu'il ne releva pas pour autant.
_ Qu'est-ce qu'il se passe ? Demanda Emilie.

_ Je vais voir Coleen cet après midi, débuta Nate.
Emilie soupira, depuis quelques jours, il n'avait que ce mot là à la bouche. Coleen par ici, Coleen par là, Coleen partout ! Emilie ne connaissait pas encore cette jeune fille qui osait s'accaparer son Nate, enfin, c'était pas le sien, mais c'est tout comme.
_ Tu veux manger quelque chose de spécial ce soir ? Je passerais à la supérette en rentrant.

_ Hein ? Émergea aussitôt la jeune femme.
_ Je te proposerais bien de l'ours sur un nid d'écorce, ça te va ?
_ Oui …
_ Emilie ?! Allô la planète Mars, la Terre vous parle !
_ Euh … italiano ! Proposa aussitôt Emilie avec un grand sourire.
_ Ca roule ! A ce soir ! N'en profite pas pour inviter Emiel, ton examen ne va pas se passer tout seul.

Elle lui sourit timidement avant de retourner, enfin, de mimer de retourner, à ses cours de psycho, et lorsque Nate claqua la porte d'entrée, elle ressortit son esquisse de chanson, sifflotant, le regard perdu dans le vide.

« Je n'en peux plus de t'aimer comme ça »
Un amour à sens unique, ça fait toujours mal. On ose rien dire, de peur de se faire rejeter et après, on finit dans un coin de sa chambre, serrant une peluche dans ses bras, la chaîne hi-fi en mode déprime et on imagine ce qu'il pourrait se passer, si on avait la force de tout avouer, que lui aussi partageait les même sentiments.
Mais Emilie ne se faisait pas d'illusion. Ce doux rêve d'un après midi, où il lui avait murmuré des mots doux tout en l'embrassant, la touchant, ce n'était que du vent, rien du tout pour lui, mais tellement tout pour elle.

Une nouvelle crise de larmes débuta, des grosses gouttes salées s'écrasaient sur son lyric, noyant les mots sous de lourdes taches d'encre, effaçant tristement cet amour qu'elle s'étaient juré d'oublier, pour son propre bien à elle. Et puis, même si elle avait Emiel, finalement, elle le prenait pour un ersatz, un outil de remplacement de Nate, histoire d'oublier, lui montrer qu'elle s'en sort.
C'est inhumain d'aimer comme ça.
Cette Andy en a bien de la chance, d'être aimé par celui qu'elle ne veut que pour elle.