
Andy sortit timidement de la voiture de Nate, ce dernier restant dedans, ne voulant pas brusquer les parents de Spencer par une présence qui pouvait s'avérer gênante.
Andy devait donc y aller seule, bien décidée, et résolue à se montrer forte.

Oui, mais, ne risquait-elle pas de se montrer insensible ?
De sembler indifférente à la tristesse et la détresse d'Elodie et Kael ?
Mais elle voulait être forte. Les larmes de ce matin, c'étaient les dernières de sa vie, elle se l'était promis.
Plus jamais elle ne versera de larme, car elle sait que la vie ne le mérite pas. Elle est trop dégueulasse avec elle pour qu'Andy lui montre qu'elle a gagné.
C'est à elle de gagner, et seulement à elle.

Elle passa donc la porte du funérarium en silence, avec prestance, cherchant du regard la porte de Spencer, la trouvant, le nom du jeune homme étant inscrit dessus.
Elle se stoppa, respira un grand coup avant qu'un homme aux cheveux noirs et reflets violets ne s'approche d'elle, le regard interrogatif.

_ Ramon Andrews. Je suis le gérant de ce funérarium.
_ Andy Thatch, je suis venue voir Monsieur et Madame Jekill.
_ Oui, ils sont dans la pièce où repose Spencer. Vous voulez entrer ?

Andy considéra un instant l'homme, puis la porte en face d'elle, un étrange sentiment l'envahissant. Voulant tout à la fois voir son visage une dernière fois, lui dire adieu, ou ignorer sa présence, faire comme s'il n'était pas mort. Après, que faisait-elle de mal en se berçant d'illusions.
_ Je préfère les attendre ici, merci.
_ Pas de problème, je vais les chercher.

Andy se dirigea vers les fauteuils, s'installant confortablement dans l'un d'entre eux, attendant patiemment l'arrivée des parents de Spencer, ce qui ne tarda pas.
_ Andy ! Souffla la voix soulagée d'Elodie en se rapprochant de la jeune femme.

Andy se leva et pris Elodie dans ses bras, qui pleurait de plus belle.
_ Ma chérie, je m'inquiétais vraiment pour toi, que tu te morfondes, que tu culpabilises. Tu t'en sors ?
_ Oui, dit-elle d'une voix posée. Calmez-vous Elodie, calmez-vous, Spencer n'aimerait pas vous voir pleurer.

Elodie se décolla de la brunette, esquissant un sourire.
_ Oui, tu as raison. Je me suis trompée sur toi, tu as caractère fort.
_ Ce n'est pas la première perte que je subis, je suis, habituée, si je puis dire.

Ces mots sonnaient tellement faux dans sa tête.
On ne s'habitue jamais à la perte d'un être cher, elle le sait plus que quiconque.
On le pleure en silence, on respire un grand coup, et on avance.

_ Andy, dit Kael. Une notaire te cherchait ce matin. Spencer avait laissé un genre de testament, te laissant une part importante de ses biens personnels. Il s'agit de Justine Bayers, tiens, dit-il en lui tendant la carte de visite du notaire. Contacte la le plus vite possible.
_ Je … je ne peux pas accepter.
_ C'était son souhait Andy, souffla Elodie.
_ Mais, vous êtes ses parents, vous êtes liés directement à lui.
_ Apparemment, il comptait se stabiliser avec toi Andy, avec ce que j'ai découvert. Ne prends pas ceci à la légère.

_ Tu veux le voir ? Demanda Kael. Il n'est pas impressionnant, on dirait qu'il dort.
_ Ah, je … je …
_ On ne veut pas t'y forcer Andy, reprit l'homme âgé. Mais sache que ce sont les dernières fois, les derniers jours, que tu le verras.

Andy regarda la porte avant de déglutir.
Le voir …
Une dernière fois.
_ Je … Que … Cela vous ennuierait-il si je restais seule avec lui, quelques minutes ?
_ Non, nous avons besoin d'un café tous les deux. Reste autant de temps que tu veux.
_ Merci.

Elodie et Kael se dirigèrent vers la machine à café, tandis qu'Andy avançait presque religieusement vers la salle.
Elle posa sa main sur la clenche, et poussa la porte délicatement.
Un paravent blanc, en face de la porte d'entrée, cachait le corps du jeune homme, et la jeune femme fit le tour, avant de le découvrir, étendu, serein, mains sur sa poitrine.
Elle étouffa un hoquet de ses mains sur sa bouche avant de se rapprocher encore plus, et de s'asseoir sur le lit.

Elle resta de longues minutes ici, à le regarder, passer sa main dans ses cheveux, ses doigts entre les siens, posant sa joue contre la sienne, sans verser une seule larme pour autant. Et elle esquissa un sourire, en le regardant.
_ Le premier vrai sourire de ma nouvelle vie, il est pour toi.

Et elle déposa doucement ses lèvres sur les siennes, en un baiser d'adieu.
Only a Smile … For Me.
