
- …on…
Je grognais en plissant le visage, les yeux gardés fermés. Quand j’essayai de bouger pour m’étirer, mes jambes heurtèrent quelque chose, ou plutôt, en l’occurrence quelqu’un. Je roulai alors sur le dos, puis ouvris doucement les yeux pour tomber nez à nez avec Meredith, qui me souriait tendrement.
- Bonjour Aaron, me dit-elle.
- Oh, salut, lui dis-je en étirant mes bras devant moi.

Il ne me fallut pas attendre plus de deux minutes avant que tout me revienne immédiatement en mémoire, et que je ne détourne le regard de Méré, tout en m’asseyant sur le canapé.
- Y’a un truc qui va pas Aaron ?
- Non non, c’est bon …

- Tu sais que tu m’as foutu la trouille quand je te voyais pas revenir. J’ai paniqué !
- Excuse moi, lui dis-je, tête baissée.
- J’ai appelé tout le monde ! Cory, Cathe … même Raise ! Ils ont tous été incapable de me répondre et j’ai du me résigner à appeler Heaven, qui m’a dit que tu étais passé lui parler ce matin, et qu’elle t’avait foutu dehors …
A ces mots, je déglutis et enfonçai un peu plus ma tête dans mes épaules.
- Qu’est-ce que tu as fait pour que ta meilleure amie te fiche dehors Aaron ?

- On a mis les choses au clair, elle et moi, lui dis-je pour unique réponse.
- Et en gros, ça donne quoi ?
- Ça donne que je ne la revois plus avant septembre, qu’il n’est plus question qu’elle me reparle de ses sentiments pour moi et qu’elle me fiche la paix avec ça …
Je relevai la tête pour la regarder droit dans les yeux, mais je ne tenais pas plus de deux secondes. Comment je pouvais encore la regarder dans les yeux après ça ? Je lui dois tout, et voilà comment je la remercie, en sautant sur tout ce qui bouge.

Elle passa sa main sous mon menton pour relever ma tête, et me regarder droit dans les yeux.
- Tu n’es pas obligé de couper les ponts avec ta meilleure amie Aaron, tu as besoin d’elle, je le consens …
- Tu peux pas comprendre … lui dis-je en détournant le regard.
- Je comprendrais peut-être plus que tu ne le crois.
- Je ne peux pas t’en parler Meredith, excuse moi, lui dis-je finalement, en espérant que cela lui suffise, du moins pour l’instant.
- Tu m’en parleras en temps voulu, c’est ça ?
J’acquiesçai d’un hochement de tête, et elle me sourit comme elle avait l’habitude de faire quand je me mettais à déprimer. Elle approcha ensuite son visage du mien, les yeux fermés pour chercher à m’embrasser, et je détournai la tête, ses lèvres rencontrant ma joue.

- Aaron …
- C’est rien, laisse tomber.
- Soit … Mais on a une discussion à avoir tous les deux, me dit-elle en se détachant progressivement de moi.
Je retirai alors mes jambes du canapé, pour m’asseoir correctement, en tournant la tête vers elle.
- Je t’écoute… Je sens que ce sera pas une partie de plaisir.
- Comme tu dis …

Elle tourna la tête vers moi, la mine triste et surtout déçue. Je commençai à prendre peur, elle aurait quand même pas déjà des doutes au sujet de mon après midi ?
- Tu … tu as vraiment … avec Ath’ ?
Sa question me désarçonna, j’étais à la fois soulagé et décontenancé. Soulagé qu’elle ne pense pas à ce que j’ai failli faire avec Heaven, mais je ne m’attendais pas à ce qu’elle me parle d’elle.

- Je vais pas te donner la réponse que tu espères Méré … lui répondis-je en baissant les yeux.
- Alors, tu …
Des larmes pointaient au coin de ses yeux, qu’elle essuya rapidement. Je savais que mettre un visage sur toutes ces femmes ne lui ferait pas du bien, c’est la raison principale pour laquelle je ne lui ai jamais dit comment j’avais rencontré Ath’, mais le passé nous rattrape toujours, quoi que l’on fasse pour l’en empêcher. C’est ainsi, on croit avoir pris le dessus sur lui, on croit avoir construit quelque chose de solide par-dessus, avant que tout ne s’effondre, et qu’il revienne, comme une mauvaise herbe qu’on a cru éradiquer à coup de désherbant.

- J’aurais préféré que tu ne le saches jamais …
- Je …
- Je sais pas quoi te dire Meredith. Je sais pas quoi faire … J’ose pas te prendre dans mes bras de peur que tu me repousses, j’ose pas te dire quoi que ce soit de peur de me faire plaindre …
Elle me coupa dans mes palabres pour finalement s’installer sur mes genoux, et se blottir contre moi, sa tête dans le creux de mon épaule, ses larmes coulant contre mon cou pour finalement s’écraser sur mon tee-shirt.
Elle marmonnait des choses incompréhensibles, mais je pus percevoir une simple question, qui n’allait pas nous faire de bien…
- Quand ?

Je resserrais alors mes bras autour de son corps, cherchant à la bercer doucement.
- Je veux bien te le dire, mais je veux que tu saches que je n’ai pas l’intention de te faire du mal en te disant ça … ce passé est loin derrière moi, d’accord ?
Elle opina subtilement, puis je pris une grande inspiration pour me donner du courage.
- J’avais quinze ans, et elle, trente et un. C’était un soir normal pour moi, niveau boulot. Connor m’avait donné un quartier où m’installer, j’y suis allé sans rechigner, et une fois en place, j’ai retiré mes fringues, pour me retrouver en simple short sur le trottoir …