
Certes on vivait de nouveau ensemble, mais l’ambiance était pesante et l’air commençait à devenir insupportable. Qui aurait cru que je sois à l’heure actuelle étendu sur le canapé pour finir ma nuit alors que tout était censé s’être arrangé avec Meredith, et qu’elle était redevenue ma petite amie. A vrai dire, c’est plutôt moi qui ai décidé de déménager, après tout, si on reprend notre relation à zéro, autant la reprendre à zéro sur tous les sens du terme. Et à vrai dire, cela se passait plutôt bien. Pas de crise de bec, discussions plus fournies que passe moi le sel, bref, c’était comme avant, avec l’intimité en moins, et mon dos aurait donné n’importe quoi pour pouvoir goûter à un matelas mœlleux.
Il y avait comme un obstacle entre nous deux, et malgré toute la volonté du monde, on n’arrivait pas à le surmonter. Peut-être qu’on se leurrait, que notre histoire ne supporterait pas une dispute de plus. Pourtant, je voulais y croire. J’étais acharné, je l’aimais et j’étais persuadé qu’elle aussi, que cette lourdeur n’était due qu’à un quiproquo, mais aucun de nous deux n’arrivait à franchir le pas pour aller au devant du problème et arriver à des explications. Donc je restai sur mon canapé, Meredith dans notre lit et on s’en arrêtait là, c’était la solution la plus simple, mais pas la plus évolutive.

Alors que je somnolais, les yeux à moitié ouverts, je vis une silhouette passer devant mon nez. Meredith, qui d’autre hein ? Je gardais les yeux mi-clos, regardant à travers mes cils et la vit qui passait dans la cuisine, emmitouflée dans une serviette de bain bleue, cherchant à naviguer jusqu’à la buanderie, pour aller chercher sûrement le pantalon qu’elle avait mis à sécher la veille. Je continuai à la regarder quand je vis que finalement, elle s’arrêta, et s’avança vers moi et s’accroupit juste devant mon canapé, son visage en face du mien.

Je ne savais plus quoi faire. Elle devait croire que je dormais, et à travers mes cils, je vis qu’elle me regardait, de son regard qui me faisait fondre, celui de la petite fille perdue qui ne sait plus par quel bout prendre la situation. Elle avait ses petites rides sur le front, celles qui prouvaient sa torture de neurones, elle devait encore se creuser les méninges pour sortir de cette situation. Puis son visage s’approcha plus prêt du mien. Elle posa sa main droite sur mon épaule nue, rougit avant de finalement poser ses lèvres sur les miennes. Et tel un preux chevalier réveillerait sa princesse d’un baiser, même si en l’occurrence, il s’agissait de la princesse qui réveillait son chevalier, j’entrouvris la bouche, cherchant à approfondir ce premier baiser depuis bien longtemps.

Et contrairement à ce que j’aurais pensé, elle ne recula pas, ni ne s’étonna un seul instant. Elle se contenta d’entrouvrir à son tour ses lèvres, laissant son souffle chaud envahir ma bouche. Sa main se resserra sur mon épaule, et même si je sentais ses ongles meurtrir ma peau, je ne bronchai pas, continuant de l’embrasser comme jamais je n’avais embrassé personne. Je me relevai doucement, prenant appui sur mon bras gauche, tandis que ma main droite remontait le long de sa taille, courrait sur son épaule et se logea finalement derrière le cou de ma punkette, ses cheveux encore humides gouttant sur ma peau.
Sa main sur mon épaule se desserra, glissa sur mon bras doucement, comme une caresse avant de se retrouver sur ma taille, où se la jouant aventurière expérimentée, elle se glissa subtilement sous mon haut, remontant lentement le long de mon ventre tout en jouant sur celui-ci, et s’arrêta au niveau de mon cœur.

Quand le baiser prit finalement fin, à mon plus grand regret, Meredith avait le souffle court, ses yeux étaient clos et sa main contre mon cœur ne bougeait plus, comme si elle voulait figer le temps.
Moi, je la contemplais. Son visage angélique pour lequel je ferais n’importe quoi. Ses lèvres rosées que je ne désirais que posséder toute la journée, ne jamais les quitter. Ses cheveux épars qui me caressaient la peau quand elle me prenait dans ses bras. Sa peau douce que mes lèvres parcouraient sans pudeur. Son parfum, qui me faisait me sentir chez moi. Il ne me manquait plus que la chaleur de sa voix, la joie de son rire, quand elle me disait « t’as bien dormi ? » « Aaron ! Je me suis encore brûlée avec le four ! » … « je t’aime ».
Et finalement, elle ouvrit les yeux. Quand ils croisèrent les miens, elle s’empourpra et fit un bon de trois mètres en arrière, se prenant les jambes dans la table basse, elle se rétama au sol, tout en tenant fermement sa serviette contre elle, pour cacher ce que je connaissais déjà sur le bout des doigts.

- Ça va ? m’inquiétai-je en me rasseyant correctement sur le canapé.
Je ne m’approchai pas d’elle, son geste de recul étant plutôt explicite, je ne préférais pas tenter le diable. C’était comme approcher un animal sauvage, il faut le faire avec lenteur, sinon il nous file entre les doigts. Pour simple réponse, elle se releva, serra mieux sa serviette autour d’elle, mais ne quitta pas la pièce pour autant, continuant de me faire face.
- Tu n’as mal nulle part ? insistai-je.
- Écoute, oublie tout, on a rien fait, hein !
Elle recula d’un pas, heurtant le fauteuil rouge situé derrière elle. Elle tourna alors la tête derrière elle, devenant aussi écarlate que le siège, continuant de balbutier des bouts de phrase incompréhensibles. Lassé, je me levai à mon tour, et m’approchai d’elle, posant mes mains sur ses joues, que je caressai de mes pouces.

- Pourquoi tu fuis ? Tu m’as embrassé la première …
- Je … bégaya-t-elle.
Décontenancé, je cherchais à capter son regard qu’elle avait fuyant. Je ne reconnaissais pas Meredith derrière cette jeune femme complètement perdue, ne prononçant plus le moindre son incompréhensible.
- Tu m’as répondu, sans sourciller … Alors pourquoi fuir ?
- Comment ne pas répondre quand tu embrasses aussi, murmura-t-elle. T’es doué …
- Très flatté de l’entendre, mais ce n’est pas une réponse suffisante … continuai-je.

Je réussis alors à garder son regard dans le mien. Ses lèvres frémirent, comme si elle voulait dire ou faire quelque chose. Ses pupilles sombres avaient un éclat, ce même éclat qui me faisait fondre. Mes pouces continuaient de jouer sur les joues de Meredith, attendant sa réponse patiemment, j’avais toute ma journée de toute manière.
- Je … débuta-t-elle avant de reculer d’un grand pas pour qu’elle ne soit plus à ma portée.
- Écoute Méré, on va jamais sortir de cette situation, finis-je par m’emporter.

- Ça fait deux semaines qu’on s’évite, qu’on vit de notre côté alors qu’on a décidé de tout reprendre, je commence à saturer, alors dis moi quelque chose autre que tes je sans suite ! Cette situation me sort par les orbites ! Alors si tu m’embrasses et que tu me fuis, je dois croire quoi moi ? Si t’es pas capable d’assumer ce genre d’acte, il vaut mieux encore que je m’en aille !
Je me dirigeai alors vers la chambre, et sortis une valise que je remplis de mes affaires, les premières qui me tombèrent sous la main. Au bout de quelques secondes, je sentis quelque chose tirer sur mon haut, et je me tournai pour voir Meredith derrière moi, tête baissée.

- Reste.
Sa voix était faible, telle un murmure. Elle n’osait pas parler. Mais je ne bougeais pas pour autant. Je ne voulais pas faire le premier pas, elle savait ce que je voulais après tout : que cette situation ambiguë change, et pour de bon. Parce que jouer le bon copain qui dorme sur le canapé et qu’elle embrasse quand l’envie lui prend, très peu pour moi. Je ne suis plus un jouet, je ne suis plus une personne dont on dispose quand on a besoin de compagnie !
Elle releva doucement la tête, et me regarda droit dans les yeux, comme perdue.
- Je veux que tu restes Aaron, me dit-elle en chuchotant.
- Pourquoi ? Donne moi une seule bonne raison pour que je reste ici alors qu’on en souffre tous les deux de cette situation !
- Laisse moi du temps, s’il te plait …
- Le temps pour réfléchir, t’en a largement eu assez ! Tu m’as dit que tu m’aimais devant chez Cory, tu m’as dit que t’oubliais, que tu me pardonnais … Mais tout ce que je vois, c’est que ça n’a toujours pas changé ! Si tu ne veux vraiment plus de moi, dis le, au lieu de tourner autour du pot !

Et elle se jeta sur moi. Sans que je la vois arriver.
Pour peu, elle m’aurait fait tomber.
Les yeux écarquillés, j’essayai de comprendre, même si je savais que c’était vain. Après ce qui me parut une éternité, elle recula et me regarda franchement dans les yeux.
- Reste Aaron !
- D’accord … souriais-je alors en m’approchant d’elle doucement avant de prendre possession de ses lèvres une nouvelle fois ...

... l’entraînant vers le lit de la pièce, sans aucun geste pour me repousser de sa part, au contraire.
J’avais retrouvé ma punkette.