
Un peu plus de trois mois plus tard …

Je dormais, enfin, je croyais que je dormais. Meredith s’était lovée contre moi au milieu de la nuit et se retrouvait donc tête contre mon torse quand le téléphone fixe sonna, et même résonna dans tout l’appartement.
D’abord, on ne l’entendit pas. Après tout, nous nous étions couchés tard, nous étions en pleine séance de révisons pour les examens, on avait donc besoin de repos, et par-dessus tout, c’était les vacances de Noël, ce qui signifiait repos à volonté avec le chauffage de la chambre mis à fond.
Mais ça ne l’avait pas empêché de sonner vers neuf heures du matin, nous réveillant donc. La journée allait s’annoncer extraordinaire à ce rythme là.

- Mmmh … Aaron, téléphone, bougonna Meredith en se blottissant un peu plus contre mon torse.
- Je veux bien mais tu m’écrases … répliquai-je tout en grommelant moi aussi, n’ayant pas la moindre envie de me tirer de mon lit. Vas-y toi …
- Nan … sommeil …
Alors qu’on se « battait » sur le sort du téléphone, le répondeur trancha pour nous, en s’activant, et que la fonction « enregistrement en haut parleur » ne se lance, nous laissant profiter de la voix de notre emmerdeur de sommeil.

- Biiiiiiiiiiiiiiip ! Meredith ?! Je sais que tu dors, mais réveille-toi, c’est important, je t’en conjure. Bouge toi grosse fainéante, et Aaron, laisse la décrocher ! Allez, bougez vous, je sais que vous m’entendez ! Décrochez !
Quand Meredith reconnu la voix de Cory, elle sauta sur ses pieds et courut vers la porte d’entrée, manquant sûrement de se rétamer rien qu’à entendre le bruit qu’elle faisait. Le salon devait encore être dans un sale état.
Intrigué, je me levai à sa suite et allai la rejoindre en baillant.

Elle semblait en conversation bien animée avec Cory, et moi, avec mon syndrome de la tête dans le cul, je ne comprenais pas grand-chose de leur conversation. J’avançais plutôt vers la cuisine, pour me servir un café brûlant, mais, en avançant, je croisai le regard de Meredith. Elle avait les larmes aux yeux, et je compris que quelque chose était arrivée à Cory. Étant son meilleur ami, elle ne pouvait pas vivre sans lui, et chaque peine qui l’affectait, affectait aussi Meredith, et vice versa.

Quand j’approchai finalement d’elle, pour avoir ce qu’il se passait, elle cacha le combiné entre ses main, avant de me souffler, d’une voix soulagée, ce qui expliquait la présence de ses larmes sur ses joues.
- Enzo s’est réveillé … Tu ne l’as pas tué Aaron …
- Que ?

Cette affirmation me fit l’effet d’un choc. A tel point que je me laissais tomber sur une des chaises de la cuisine, complètement abasourdi, les bras ballants. Je n’avais pas réagi. A vrai dire, je ne m’attendais pas un jour à son réveil. C’était Meredith qui croyait encore au miracle, Cory avait finalement tourné la page après presque six mois … et moi, j’allais le voir de temps en temps, plus pour me faire du mal que pour autre chose, pour ruminer et ancrer dans mon crâne que j’avais tué un homme. Et tout venait d’éclater, en un millier de morceaux.
Ma culpabilité venait de s’effondrer. Je ne l’avais pas tué. Il est en vie. Il est revenu.
Tandis que je faisais de l’ordre dans ma tête, Meredith continuait de parler avec Cory, mais je ne l’écoutais pas. Et je ne remarquais même pas qu’elle avait raccroché, enfin si … quand elle s’installa sur mes genoux.

- Il veut te voir … me souffla-t-elle en souriant.
Je tournai la tête vers elle, ne comprenant pas de qui elle parlait, un peu désorienté. Elle caressa ma joue du bout de ses doigts, comme pour me réveiller. Je secouai la tête, me sortant les idées de la brume, et la regardai.
- Enzo veut te voir … Il s’inquiète pour toi …
J’esquissai un sourire, amusé que ce soit lui, sortant tout juste du coma, qui s’inquiète pour moi, celui qui lui avait mis ce couteau dans le ventre indirectement.

- On ne peut pas aller le voir aujourd’hui, ils le débranchent et tout ce qu’il va avec … Et faut lui donner le temps de se remettre…
J’acquiesçai, sans dire un mot.
- On ira demain, ou après demain … Je pense qu’il faudra laisser à Cory le temps de lui parler, tu ne crois pas.
De nouveau, je hochai la tête, sans dire un mot.
- Ça va pas Aaron ? s’enquit-elle, inquiète.
- Si si … j’essaie de me faire à l’idée que c’est fini … Qu’il s’en est sorti …

Elle sauta sur ses jambes, mains sur les hanches et me regarda en souriant.
- Bon ben monsieur Hart, vous allez bouger votre derrière, go salle d’eau. Hors de question que demain on aille le voir les mains vides. Et comme c’est Noël dans quatre jours, je propose qu’on aille lui acheter un cadeau, t’en penses quoi ?
- On y va ? lui répondis-je simplement en me levant à mon tour, tout en prenant la direction de la salle de bain.