
Quiconque l’aurait vu pouvait affirmer avec certitude qu’il sortait du coma. Ses yeux étaient brillants, ses traits tirés, ses joues creusées, mais le sourire qu’il afficha en nous voyant à travers la vitre de sa chambre suffisait à nous montrer qu’il était en parfaite santé.
D’un faible geste de la main, il nous invita à entrer dans la chambre, laquelle était située au service de traumatologie, là où se trouvaient toutes les victimes de coma. Et sans se faire prier plus longtemps, nous entrâmes.

- Bonjour Enzo, lui dit Méré en s’approchant de lui tout sourire. Tu nous as manqué si tu savais !
- Salut, ajoutai-je, incapable du moindre mot supplémentaire.
- Je me suis manqué aussi, s’amusa-t-il en se redressant un peu plus dans son lit. Ca fait du bien de s’arrêter de dormir.
Il avait toujours une perfusion, mais pour le reste, il s’agissait d’une chambre de malade normale.
Meredith s’assit sur le lit et sorti la peluche qu’on avait acheté la veille, et qu’on avait eu la flemme d’emballer, de son sac en papier qu’elle promenait.

- Cadeau ! dit-elle en la brandissant sous son nez. Je me voyais mal me ramener avec un bouquet de fleurs ou une boite de chocolat … Et je la trouvais mignonne.
- Merci, c’est gentil de votre part. Et le couteau, c’est le petit détail qui tue.
Il attrapa la peluche et la posa sur ses genoux, mais je remarquai vite qu’une lueur s’était éteinte dans son regard, et je doutai que le coupable était Cory … Soit il n’était pas venu, soit il lui avait dit … soit il avait fait comme si de rien n’était, mais personne n’était dupe…
- Comment tu vas Aaron ? me sortit de mes songes Enzo.

Je tournai la tête vers lui, et vit qu’il me regardait, le visage emplit d’inquiétude, comme si ma réponse pouvait lui être vitale.
- Je vais bien, ne t’inquiète pas pour moi. C’est toi qui sors du coma.
- Il t’a rien fait ? s’enquit-il.
Meredith se raidit. Le « il » était bien sûr Florian, celui qui lui avait planté ce fichu couteau dans le cœur après s’être enfui lâchement en se rendant compte qu’il s’était trompé de victime… enfui pour ce qu’on avait cru être longtemps, même si deux mois plus tard, il réapparaissait, furtivement, mais juste assez pour semer le doute.
- Il s’est enfui après que tu te sois évanoui, lui répondis-je. On a plus de nouvelles.
- Tant mieux … Ça aurait servi à rien si j’avais sombré pour que tu te fasses tuer après…
Il esquissa un léger sourire, qui me fit mal au cœur. Il avait failli y passer pour que j’ai la vie sauve, et tout ce que je trouvais à lui dire, c’était des banalités d’usage qu’on sort à quiconque sortait du coma.

Je m’avançais alors vers le bas du lit, posant mes mains dessus, tête baissée, regard fuyant.
- Excuse moi Enzo … finis-je par souffler.
- Pas la peine de t’excuser, j’ai agi en pleine conscience de mes actes. J’aurais du réfléchir.
- Si j’avais pas été aussi débile à vouloir les battre seul, on en serait pas là …
- Arrête de t’excuser va, je vais forcément trouver un truc, toi aussi et on en finira jamais. C’est fini maintenant. T’es en vie, moi aussi, Méré aussi et lui en fuite. Il ne recommencera pas si il a eu peur.
- J’aimerais que tu aies raison, souffla Meredith en prenant la main de Enzo.
- J’ai toujours raison, moi ! dit-il avec un grand sourire.
