
Il pleuvait.
Sur ma tête. Sur mon univers aussi.
Depuis ce que j’avais découvert, j’avais l’impression que plus rien ne serait jamais pareil. Ça faisait maintenant plus de quatre mois que j’avais surpris la conversation de Maman et Drew, et ça faisait donc plus de quatre mois que j’étais partie à la recherche de mon oncle, avec l’espoir de le trouver un jour. Et je ne l’avais pas trouvé. Enfin, pas vraiment. A court d’idées, j’avais finalement recherché le nom de Raise Hart sur Google, avec sa date de naissance ainsi que la ville de naissance, et j’étais tombé sur un article que j’aurais préféré ne pas voir.

Il avait tué ma grand-mère dans un excès de rage, avait été emprisonné pendant trois ans, alors qu’il avait été condamné à vingt, avec pour circonstances atténuantes, l’instabilité mentale. Mais ce que je ne comprenais pas, c’est qu’à sa disparition, cela faisait presque dix ans qu’il était de nouveau libre, et aucun souvenir de lui que j’avais gardé ne me le présentait comme un dérangé mental. Qu’est-ce qui avait bien pu pousser Raise à fuir comme un voleur du jour au lendemain ? A disparaître de ma vie alors que j’avais encore besoin de lui ?

- Mélie ? m’appela Priam alors que je regardai la tombe de mon père depuis une bonne demie heure.
C’était le seul endroit où j’eus espéré trouver des réponses à mes questions. D’oser enfin le voir, espérer n’importe quoi. J’avais même démonté le cadre, ma poupée, gratté les recoins de la tombe pour espérer trouver une trace du passage de mon oncle, en vain. Je m’approchai de la stèle et l’embrassai furtivement, tout en murmurant un « je t’aime Papa » avant de me diriger vers Priam qui se tenait droit à la sortie de l’allée, sous un parapluie, sous lequel je m’empressai de m’abriter.

- Pas d’illumination ? me demanda-t-il tandis que je me blottissais contre son flanc alors qu’on sortait du cimetière.
- Non, il a rien laissé ici, ou alors Maman s’en est emparé aussi, soupirai-je.
- T’as essayé de rechercher chez toi ? Les courriers qu’elle intercepte.
- Je sais qu’elle les brûle. Et avec ses problèmes liés à la grossesse, elle est toujours à la maison, je ne peux pas m’emparer du courrier avant elle si jamais Raise essaie de me re-contacter. En bref, je suis dans une impasse. Et j’aimerais bien y voir plus clair.
- Et tu n’as aucune idée de ce qui a bien pu se passer pour qu’il s’enfuit comme ça.
- Non, pas la moindre, et c’est bien ça qui m’embête. La seule mention d’un crime qu’il aurait commis pour qu’il finisse en prison, c’est le meurtre de sa mère. J’ai appelé la prison où il était, il n’y est jamais retourné depuis et ils n’ont pas pu me fournir son adresse actuelle, idem pour l’hôpital psychiatrique.

On arrivait chez lui, quand il eut l’illumination du siècle.
- Et retrouver d’anciens amis de Raise, t’y as pensé ?
Mentalement, je me maudis, et physiquement, je m'abattis le plat de la main contre le front, pour me remettre les idées en place.
- Mais quelle conne je suis ! Les moisis ! Il était proche d’eux, c’est ce que maman m’a dit ! Faut que j’appelle Elden, en urgence.
- Elden ne t’aidera pas, je pense pas. Il est trop proche de ta mère, elle lui a sûrement demandé de se taire pour Raise.
- Peut-être pour Raise, mais pas pour les autres moisis. Et moi, celle que je veux contacter, Elden ne m’en empêchera pas, il croira que c’est pour papa.