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- Ici Aaron ! me fit signe Cathe, assise à la terrasse d’un café où je lui avais donné rendez-vous.
Je m’exclamai d’un « ah ! » enjoué quand je la remarquai et zigzaguait ensuite entre les tables pour la rejoindre.
Voilà une semaine que ma mère était décédée, et mon frère avait incarcéré la veille en attendant son procès, qui aurait lieu vers la mi-mars, et donc auquel je ne pourrais pas assister. Je n’ai toujours pas pu le voir, étant donné qu’il était toujours en garde-à-vue, mais il m’a appelé, pour s’assurer que moi j’allais bien, et qu’il était désolé de me faire subir tout ça. Mon père était toujours aux abonnés absent, et je commençai à me demander s’il n’était pas mort lui aussi, ou simplement trop soûl pour se rendre compte qu’il était veuf et que son fils aîné était en prison.

 

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- Comment tu vas ? me demanda Cathe une fois que je fus assis en face d’elle. Tu t’en sors ?
Je savais bien qu’elle faisait allusion au meurtre de ma mère, mais je préférais ne pas en parler. A la place, je fis signe au garçon de café, pour qu’il nous serve deux chocolats chauds, et il partit, en nous regardant comme des curiosités, en même temps, être en terrasse en plein mois de janvier, mais j’avais mes raisons.

 

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- J’ai un service à te demander Cathe, lui dis-je une fois qu’on fut servis.
- Et c’est pour ça que tu m’as demandé de prendre une table en terrasse ?
- Il n’y a personne sur les terrasses en janvier, c’est plus tranquille…
- Admettons, de quoi as-tu besoin ? Que je vois si je peux résoudre ton problème.
Je bus une gorgée de mon chocolat pour me donner du courage, même s’il ne contenait rien qui pourrait le faire, comme de l’alcool ou de la caféine, c’était plus pour me donner une contenance.
- J’ai besoin de ta complicité et de ta discrétion, même si je sais que tu n’assures pas dans cette dernière optique.

 

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- Quoi ? dit-elle en écarquillant les yeux. Mais qu’est-ce que tu traficotes encore ?
- Je pars, dans deux mois, faire le tour du monde. Mais je ne pars pas avec Meredith, et je ne veux pas qu’elle sache où je suis. Mais je veux lui écrire, alors voilà, je voulais te demander si tu pouvais faire le messager pour moi.
- Messager ? s’enquit-elle.
- Je t’enverrais les lettres pour Méré, préalablement timbrées avec l’adresse, et tu n’auras plus qu’à les poster … Ainsi elle ne saura pas d’où j’écris et ne partira pas à ma recherche.
- Je peux te poser une question débile ?
- Vas-y, je suis plus à ça près…
- Pourquoi tu ne pars pas avec elle, tout ce que tu vas gagner, c’est une rupture …
- C’est justement une rupture que je cherche. 

 

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Elle manqua de s’étouffer avec la gorgée de chocolat qu’elle venait de boire, et me regarda comme si je venais de lui annoncer que j’étais gay et que je couchai avec son Andrew. Je secouai la tête pour me sortir cette drôle d’idée du crâne, et repris.
- Ecoute Cathe-Line, je ne vais jamais revenir de ce tour du monde …
- Tu comptes t’installer au Népal ? En Alaska ? En Australie ? Mais je croyais que tu l’aimais !
Je baissai la tête et regardai ma tasse, cherchant une alternative, mais n’en trouvai aucune, et je dus me résigner.

 

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- Je ne vais pas revenir car je vais mourir durant ce voyage Cathe.
- Nan, tu me charries là, un devin t’as prédit ta mort ?
- Non, je vais mourir, continuai-je. Je ne me ferais pas opérer en mars comme prévu, mais je t’interdis de le dire à Meredith, et je compte sur toi Cathe.
- Alors ces lettres ?
- Je veux qu’elle m’oublie, au fur et à mesure … Mes lettres seront plus distantes, et elle m’oubliera sans qu'elle se juge responsable… et ma mort ne l’affectera pas.
- Il y a une merde dans ton plan Aaron, me dit-elle, le plus sérieusement du monde.

 

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Je relevai la tête vers elle, voulant savoir ce à quoi elle faisait allusion à l’instant. Elle finit sa tasse et planta son regard droit dans le mien.
- Elle ne t’oubliera pas, tu as vu à quel point elle tient à toi … Mais t’es con de te laisser mourir comme ça ! Tu crois quoi ? Qu’on va être contents ?
- Ca me concerne Cathe, je ne te demande pas d’approuver, mais de me comprendre.
- Et tu veux prouver quoi en cessant de te battre ?! me lança-t-elle.

 

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Je me relevai, vexé qu’elle me fasse la morale et le toisai, hargneux.
- Que ma maladie ne m’empêche pas de vivre ! Je veux réaliser ce que je n’ai jamais pu faire à cause de ça ! C’est tout ce que je veux, je ne veux pas mourir sans avoir goûté aux plus simples plaisirs que la vie peut nous procurer. Je veux mourir comme tout à chacun, c’est égoïste, mais c’est mon choix, et je veux que tu le respectes …
- Je … bégaya-t-elle.
- Je te laisse le temps d’y repenser, j’ai d’autres choses à faire, finis-je par clore, avant de laisser de la monnaie sur la table pour payer les deux chocolats, et finalement, je partis en direction de la prison, pour une maigre entrevue avec mon frangin…

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