
« Tu peux monter au 3e ? C’est au sujet de la semaine dernière au café. Je t’attends. »
Hmm … Ok, si tu veux, mais au troisième où ? J’aimerais bien le savoir moi, et ce serait quand même plus pratique pour la trouver cette fichue enquiquineuse. Elle pouvait pas juste m’envoyer sa réponse par texto ? Du genre : « Oui Aaron, je veux bien servir de pigeon voyageur ! » « Non Aaron, je suis pas ta bonne ». Enfin, un truc classique et clair quoi, pas ce vulgaire texto.
Alors que je m’énervais contre Cathe-Line dans le salon, Meredith apparut dans l’appartement, le visage creusé, des cernes sous les yeux et le pas las. Le stéréotype même de l’étudiante en droit qui ne sait pas du tout ce qu’elle fiche dans ce genre de filière. Elle se traîna jusqu’à moi avant de s’affaler sur le canapé, sa tête reposant sur mes cuisses.

- Je vais tuer Peterson… bougonna-t-elle son visage enfoui contre moi.
- Il a fait quoi encore celui là ? Il t’as demandé de te lever pour lui expliquer je ne sais quel article du code civil ? Tu devais faire un exposé sur le droit économique ? Il t’a surprise en train de dormir ?
- Il était pas là …
- Tu devrais être ravie !
- J’ai deux heures de cours magistral avec Peterson, plus une heure de TD avec un autre prof lui-même absent et après j’avais une heure d’histoire …
- Donc t’as poireauté trois heures dans le vide ?
- Oui … Je hais ma vie !
- Elle est pas si terrible que ça quand même, soufflai-je en passant ma main dans ses cheveux.
Elle se redressa alors, comme un pantin sortit de sa boite et s’assit sur le canapé, en me regardant, une moue désolée sur son visage de punkette.

- Oh pardon, pardon pardon … me dit-elle.
- Hein ? Enfin, pourquoi tu t’excuses ? T’as déchiré mon pantalon ?
- Mais non ! Je me plains de ma vie alors que t’es plus à plaindre que moi, pardon …
Je soupirai avant de tendre les bras et de l’attirer vers moi pour la faire taire.
- Je préfère te savoir comme ça que de tout le temps t’inquiéter pour moi tu sais, je me sens normal comme ça, et j’aime bien t’entendre te plaindre, alors no stress, fis-je en riant.
- Je peux me plaindre toute la journée alors ? Sans que tu me dises quoi que ce soit ?
- Euh, oui …
Elle recula de quelques centimètres de moi, et ouvrit la bouche avant que je ne l’interrompe d’un doigt posé contre sa bouche entrouverte.

- Tu vas pouvoir même commencer maintenant, j’ai rendez-vous !
- Hein ?
Son interjection me fit rire, tout autant que sa tête. Je lui aurais dit que Elvis Presley venait de m’apprendre son nouveau pas de danse, elle n’en serait pas moins choquée. J’étouffais un rire afin d’éviter de la vexer, mais elle me capta aussitôt et me lança un regard noir.
- Avec qui tu as rendez-vous ?
- Je crois pas que tu aies envie de le savoir …

- Qui ? Ou je vais vraiment me fâcher, je vais t’attacher au canapé et abuser de toi pendant des heures si tu ne me dis pas qui…
- Ce serait pas vraiment une punition ça tu sais … Et puis ça m’enchante pas ce rendez-vous.
Elle troqua sa tête de céréales killeuse pour celle de cocker battu, en espérant une réponse coûte que coûte. Bien décidé à ne pas lui lâcher le morceau, je restai stoïque, jusqu’à ce que, finalement, je craque.

- Chez une femme.
Sa seule réponse fut des yeux écarquillés et une bouche béate, que je dus refermer avant qu’elle n’avale les mouches et s’étouffe avec.
- Tu me trompes encore … Je peux savoir avec qui cette fois, si tu me dis Heaven, je te jure que tu vas te retrouver dans l’incapacité de te reproduire !
- Je vais au troisième, c’est Cathe. Calme-toi ! ris-je.
Elle lâcha un long soupir de soulagement, avant de me toiser de nouveau, incompréhensive.
- Et depuis quand Cathe habite au troisième ? Et depuis quand tu vas chez elle toi ? Depuis quand tu es sociable toi aussi ?
- Oulàh, ça fait trois questions en une phrase là, tu me crois capable de répondre à tout ?
- Aaron …
- Je sais comment je m’appelle tu sais … Et puis, c’est Cathe, c’est pas un drame.

Je me penchai alors vers assez vivement pour qu’elle n’ait pas le temps d’esquiver et fondit sur ses lèvres avec gourmandise. Et elle se laissa faire, sans grande surprise, avant de souder ses mains à mes joues, alors que j’allais reculer de quelques millimètres, pour approfondir ce baiser. Mains qui d’ailleurs descendirent le long de mon cou pour se loger sur mon torse et dans le col de mon tee-shirt.

- Dis donc, petite perverse … J’ai rendez-vous je te rappelle, et Cathe va me tuer si je arrive en retard…
- Mais elle habite juste au dessus, t’as bien un quart d’heure à m’accorder … continua-t-elle en me faisant sa bouille.
- Je devrais déjà y être, et tu es une véritable mort-vivante Méré, va dormir, je m’occupe de toi une fois que tu seras reposée, ça marche ?
- Ça marche !
Elle m’embrassa une dernière fois avant de prendre la direction du lit tout en enlevant ses chaussures sur le chemin, tandis que moi je prenais la direction de la porte de l’appartement, afin de grimper au troisième étage de ce même immeuble.