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Je toquai alors brièvement sur la porte où était inscrit en lettres capitales « Andrew Hower & Cathe-Line Hammer » et attendit patiemment qu’on vienne m’ouvrir. Et il fallait être patient, puisqu’on ne me sauva de l’ennui qu’après plus d’un quart d’heure d’attente, et un tambourinage digne d’un réveil de voisin. Et ce ne fut même pas la folle qui m’ouvrit, mais le mouchard en pyjama. Classe.

 

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- Tiens, Aaron ? Que me vaut ta visite ?
- Un mail de la folle qui te sert de petite amie. Avec l’ordre de me pointer parce qu’elle doit répondre à une question, sachant qu’elle aurait bien pu le faire par texto, enfin bon bref, tu me laisses entrer ou j’attends sur le paillasson qu’elle veuille bien se montrer ?
- Aaaaarooon !! entendis-je depuis l’appartement jusqu’à ce que je vois la tête brune de Cathe se détacher derrière Andrew.
Bon, au moins, elle était là, c’est déjà ça.

 

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- Bah entre, m’invita-t-elle. Reste pas là, t’es pas poli Andrew quand même…
- Ouais ouais, c’est bon, bougonna-t-il. C’est un peu chez moi, et c’est toi qui fais la loi, je vois le topo. Fais comme chez toi Aaron, et évite d’écouter toutes les bêtises qu’elle raconte, dit-il en baillant avant de se diriger dans l’intérieur de l’appartement.
- Il vient de rentrer du boulot, me dit Cathe alors que j’entrais dans la cuisine. Tu l’as un peu réveillé en fait…
- C’est toi qui m’a demandé de me pointer pour répondre à ma demande … Alors m’engueule pas, comment je pouvais savoir qu’il venait de rentrer moi ?
Elle ne me répondit pas et tourna sur sa gauche, pour prendre la direction du salon, où elle s’assit, m’invitant à la rejoindre, ce que je fis sans tarder.
- Alors, cette réponse, m’impatientai-je. Oui tu veux me rendre service, ou non tu veux pas. Franchement, un texto aurait suffit … finis-je par bougonner.

 

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- J’aurais espéré te faire changer d’avis avant que tu ne partes … Tu me manqueras tu sais, et pas qu’à moi, à Raise, à Meredith, à Heaven, à Drew …
- Où tu veux en venir s’il te plaît, je n’ai pas toute la nuit …
- Fais-toi opérer Aaron, c’est égoïste ce que tu choisis de faire, tu ne penses pas à ceux que tu laisses derrière toi …
- Depuis quand tu es devenue la voix de la sagesse toi ?
- Tu sais, t’es pas le seul à avoir un problème de cœur … Mon petit frère a quelque chose, de moins grave certes, et tu sais, tu me fais beaucoup penser à lui des fois, c’est peut-être une des raisons qui me poussent vers toi comme ça … Mais il y a une différence entre mourir de maladie et se laisser mourir …

 

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- Si ton frère avait une pile comme moi, est-ce que tu crois qu’il aurait envie d’avoir mes propres soucis, de se faire opérer jusqu’à la fin de sa vie … Il y a une différence entre vivre, et survivre Cathe, et moi je veux vivre. Penser à autre chose qu’à ma maladie, à mon avenir que je vais forcément rater par la suite, car ce cœur m’empêche de vivre normalement. Jamais je ne pourrais faire le travail que je voudrais, je serais obligé de vivre dans les environs de mon cardiologue, et je suis condamné à mourir avant même d’avoir le temps de voir mes enfants grandir si jamais il m’arrivait d’en avoir … Survivre pour gagner quelques années et ruiner ma vie ?
- Mais, pense à ceux que tu vas laisser derrière toi … Ce n’est pas une solution …
- La solution n’est pas non plus de rester là, de les voir s’inquiéter pour moi comme toi tu le fais maintenant … Je vous ai causé beaucoup trop de soucis … Il est juste temps que je retire mon pion de la partie … Continuez sans moi, c’est tout ce que j’ai à dire …

 

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Une larme coula le long de sa joue pour unique réponse et elle ne chercha pas à la dissimuler, se contentant de me regarder avec un air de reproche. Elle savait qu’il n’y avait peut-être plus que ça pour me faire abdiquer, mais mon choix était arrêté, et rien n’y changerait rien. Pour seule réponse à son regard accusateur, je me levai et m'accroupit en face d'elle, avant de murmurer un bref et à peine audible « désolé », ce qui la fit fondre complètement en larmes.

 

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- Tu … bégaya-t-elle entre deux sanglots, tu m’écriras … en plus… en plus de Meredith ?
- Oui … souriais-je. Je te le jure Cathe. Une carte postale débile de chaque pays, c’est promis !
Elle émit un faible rire, puis releva la tête avant de s’essuyer les yeux d’une main, en gardant l’autre sur , ne voulant ma joue, certainement pas briser ce lien qui venait à peine de se créer alors que je lui annonçais mon départ.
- Tu sais Aaron, ce que je t’avais dit chez toi l’autre jour … C’est vrai … Mais pas de la façon que je le sous entendais … Si je t’aime, c’est comme mon grand frère, ou mon petit frère, je sais pas trop, un peu des deux je pense … T’es conscient que tu vas me faire pleurer, et me rendre hystérique, et Andrew va finir chauve avec mes crises de nerfs …
- Oui, je sais …

 

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- Mais, je te jure que je ne pleurerais que devant toi, je hurlerais qu’après toi et j’achèterais une perruque à Andrew ! Même si je dois faire ça devant ta tombe !
Je ris aussitôt de sa spontanéité, d’un rire franc et libérateur, comme si tout cela n’était qu’un mauvais souvenir et que la vie reprendrait normalement. Elle finit par me sortir des blagues sans queue ni tête, et l’après midi passa, sans que je ne me rappelle vraiment la raison de ma venue.
Mais jamais je n’oublierais la tristesse que j’ai vue cet après-midi là sur ce visage, que j’ai toujours connu souriant en toute circonstance, sur le visage d’une fille qui rayonnait de bonheur du matin au soir … sur le visage de ma petite sœur de cœur …

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