
Après des jours d’hésitation, de questionnements, d’idées refoulées et remisées au placard, An avait fini par envoyer ce message. Elle avait pourtant regardé son téléphone pendant des heures, sautait de sa chaise pour se précipiter vers lui quand il lui annonçait une notification. Mais ce n’était jamais celle qu’elle attendait.
Philip ne l’avait jamais recontactée.
Elle l’avait cherché. Elle lui avait dit de plus essayer de la joindre, qu’elle ne voulait plus entendre parler de lui. Et cet imbécile avait exactement fait ce qu’elle lui avait dit. A quel moment les hommes écoutaient ce qu’on leur disait ?
Alors elle avait cédé. Parce qu’elle en avait cruellement envie. Envie de retrouver la complicité qu’elle avait connu avec Philip quand il n’était qu’Ewan, son correspondant sur internet, cette alchimie qu’elle avait ressentie en passant cette soirée avec lui, et cette électricité qui l’avait parcourue quand leurs peaux s’étaient rencontrées.
Ce n’était même plus une envie, mais un besoin, presque viscéral.

Alors elle avait pris son téléphone, et espérant qu’il ne soit pas parti à l’autre bout du monde, elle lui avait écrit un très simple « Je veux te voir ». Elle avait appuyé sur le bouton, avait regardé les deux petites coches apparaître dans le bas de son message. Son regard ne les quittait pas, attendant qu’elles passent au bleu, signe qu’il avait lu le message. Au moins, les deux coches lui donnaient la confirmation qu’il l’avait bien reçu.
- An ! On sort !

Elle releva la tête de son téléphone quand elle entendit la voix de sa mère. Le « on » la désignait, accompagnée de William. Il vivait ici depuis quelques jours, depuis que Marine l’avait récupéré dans la rue. Elle lui avait donné la chambre de Jayn, la cadette dormant désormais avec elle. Zhoo aussi vivait toujours ici, surveillant son père. Mais elle allait partir. Elle avait trouvé un appartement.
Elle ne savait pas si elle était heureuse de retrouver son espace, ou triste de voir Zhoo partir vivre au loin. Peut-être un peu les deux. Elle n’avait jamais osé lui parler de Philip, elle savait que ses actions ne coïncideraient pas avec la vision de sa meilleure amie des relations amoureuses. Elle avait un côté princesse, fille pure, c’était mignon. Mais trop innocent pour An.
Seul Théo était au courant. Il était devenu son confident par la force des choses. Il ne l’avait jamais jugée, lui avait conseillé de profiter de la vie. Elle en arrivait même à se dire que Théo n’était pas vraiment Team Gabe. Il n’évoquait jamais le petit ami d’An, et elle ne lui en parlait pas non plus. Il n’était pas non plus Team Philip, ça se voyait quand elle en parlait qu’il redevenait un peu sérieux, un peu ange gardien qui lui soufflait, par la pensée un petit « fait gaffe, je le sens pas ». Mais il ne le disait jamais à voix haute.

Le téléphone de An sonna et elle sursauta. Elle l’avait gardé sous la main main et le déverrouilla aussitôt, pour constater que Philip lui avait répondu. Son cœur s’emballa dans sa poitrine. Le message de Philip était aussi bref que le sien, mais lui donna instantanément chaud et des papillons se mirent à virevolter dans son estomac.
« Même hôtel, quand tu veux »
Elle rongea les ongles de sa main libre. Il lui laissait encore le choix. Elle avait encore la possibilité de se rétracter, ou au contraire de faire ce dont elle avait envie, d’assumer ce tourbillon de sentiments qui l’envahissait.
Elle regarda l’heure sur son téléphone. Il était bientôt 17h. Jayn avait athlétisme ce soir, sa mère et son oncle venaient de sortir, Zhoo dormait chez Robbie pour le week-end. Elle était alors seule chez elle. Elle pouvait partir, sans avoir à se justifier, à expliquer où elle allait, qui elle allait retrouver.
« J’y suis dans une heure »

Elle rangea son téléphone dans la poche arrière de son jean et déboula hors de sa chambre, pour prendre la direction de la cuisine. Là, elle récupéra un bloc-notes sur le bureau, et y gribouilla un bref mot pour sa mère.
« Je sors, ne m’attends pas pour dîner »
Elle relu son message. Elle avait hésité à dire qu’elle allait chez Gabe. Elle savait que sa mère n’aurait jamais appelé Gabe pour la chercher, que cet alibi lui donnerait la possibilité de découcher. Mais une petite phrase, tout droit sortie d’un livre, lui revint en tête. « Quand tu dois mentir, tiens-toi à la vérité ». Il ne valait mieux pas qu’elle en dise trop, qu’elle implique Gabe dans cette histoire. Il finirait par en savoir trop.
Elle posa le papier sur la table de la salle à manger et sortit de chez elle à toute vitesse, verrouillant la maison de deux tours de clés avant de prendre la direction du centre-ville.