
- Je cherche Cathe-Line Hammer …
- Mélie Hart ?!
Hein ?J'ai halluciné ou elle vient bien de m'appeler par mon prénom et le nom de mon père. Peu de gens d'ailleurs savent que je porte aussi le nom Hart … Je serais-toujours Mélie Fewser, ou Fewser-Hart, mais jamais seulement Hart, alors l'association des deux là, me perturbe, et me fait écarquiller les yeux de surprise. J'en profitai pour la détailler. Brune, des yeux glace, une clé autour du cou, un tour de cou lacé … Le portrait même de Cathe-Line que Maman m'avait fait quand elle me parlait de ses années lycée.

Sans que je m'y attende, mon cerveau étant lent à réaliser qui se tenait devant moi, la femme prit les devant et m'enlaça contre elle, en piaillant mon prénom. Je ne bougeais pas, ne sachant pas trop comment me dégager d'elle sans la vexer.
- Mélie, j'y crois pas, continua-t-elle. Si je m'attendais à te voir !
Elle me serra de plus en plus fort contre elle, me coupant littéralement la respiration, et cette fois il était impossible de me dégager, ni même de parler. J'allais mourir coincée dans les bras d'une folle, sans que je comprenne quoi que ce soit. Ma vie aura été relativement courte … Je le regrette d'ailleurs.
- Cathe, lâche la, me sauva une voix masculine, à laquelle elle obéit immédiatement.

J'ouvris alors grand la bouche, une main posée contre mon cœur pour reprendre ma respiration. Je levai finalement les yeux, haletant comme si je venais de courir un triple marathon avec un boulet accroché aux chevilles, et vit l'homme en question. Grand, brun, les yeux bleus et une vraie tête de médecin. Andrew Hower, le fameux Andrew.
- Je suis désolée, fit la femme. Je ne m'attendais pas à te voir un jour. La dernière fois que je t'ai vue, tu avais deux minutes … Je t'ai reconnue aux yeux. Tu as ceux de ton père. Au fait, moi c'est Cathe-Line Hower … ou Hammer, vu que c'est comme ça que tu me cherches, et lui c'est Andrew, mon époux.
- Mélie Fewser, dis-je, un peu bêtement vu qu'elle me connaissait déjà. Je ne m'appelle pas Hart légalement, vu que Papa ne m'a pas reconnue...

- Il a pas eu le temps je présume …dit-elle avec une pointe d'ironie.
- J'en sais rien.
Je les regardai, tour à tour, ne sachant pas trop comment commencer, par où débuter. Peut-être un « Ravie de vous avoir rencontrés, je vais rentrer chez moi préparer mes questions pour vous interviewer. » Nan mais redescends sur Terre Mélie. T'es à deux doigts de retrouver ton oncle bordel, soit plus directe que ça.
- Vous connaissez Raise Hart ? Leur fis-je en les regardant tour à tour.
- Tu veux entrer d'abord ? Me proposa Andrew, on sera mieux que sur le seuil de la maison.

- Euh, oui … Merci.
Ils entrèrent tous les deux dans la maison, me laissant la voie libre, et je les y suivis. J'aimais beaucoup la pièce principale, bien que je me verrais pas y vivre. Trop froide et trop rigide à mon goût, je préférais largement les pièces chaleureuses. Ils allèrent s'installer dans le salon, où se trouvait déjà un petit garçon, qui jouait par terre avec un crocodile en peluche.
- Tu dis bonjour Adrian ? Fit Andrew en s'adressant au petit garçon.

Il releva la tête et me toisa. Je lui gratifiai un petit sourire en guise de salut, et lui, d'un « 'jour » plutôt timide avant de retourner à son reptile miniature et inoffensif. Pour ma part, je m'installais sur le canapé, resserrant mes jambes pour me faire la plus petite possible, je n'étais guère hardie avec des étrangers. Cathe me proposa une boisson que je refusai puis s'assit à côté de moi, en tailleur sur le canapé, Andrew sur le fauteuil juste à côté.

- Je suis tellement curieuse de te connaître, se remit-elle à piailler. Tu as le même caractère que ton père ? Enfin, j'espère pas pour toi, tu vas avoir du mal dans la vie, sinon. Mais t'as plutôt l'air comme Heaven si tu ne parles pas du tout. Je suis sûre que tu es très studieuse, tes deux parents sont des têtes...
- Cathe, calme-toi, s'il te plait... Je crois qu'elle avait quelque chose à nous demander, non ? Ajouta-t-il en me regardant.
- Euh, si … dis-je en me triturant les doigts.
Cette Cathe était réellement impressionnante, incapable d'en placer une avec elle, un vrai moulin à paroles, une pie jacasse, je me demande comment Papa a bien pu supporter une horreur pareille. Je ne savais pas d'ailleurs comment me lancer avec elle. Je me doutais que je pouvais avoir droit à tout un panel de réactions, ce qui me fait peur.

- Je … cherche le frère de Aaron … fis-je finalement, autant commencer par quelque part.
- Raise, me corrigea-t-elle aussitôt. Ca fait des lustres que je l'ai pas revu tu sais …
- Oh je …
Je me sentais tout à fait nulle et préférai me contenter de baisser la tête. Pas plus de Raise par ici que ailleurs. A croire que mon oncle aussi était mort et qu'on me l'avait caché. Ce qui bien sûr est impossible, un mort, ça n'écrit pas de lettre quand même, ou je serais la première au courant et je chercherais à parler à mon père.
- Ca dépend … Quand est-ce que tu l'as revu la dernière fois ?
- Ca fait plus de six ans … Aux dix ans de la mort de papa, je l'ai pas revu depuis, pas du tout... Et je sais qu'il est en vie, j'ai appris il y a quelques mois que ma mère brûlait les courriers qu'il m'écrivait …

- Ca fait deux ans qu'on a plus de nouvelles de lui, à peu de choses prêt, me dit Cathe-Line alors qu'elle se levait pour se diriger vers le bureau de la pièce pour en tirer en calepin.
Mes yeux se mirent à briller, j'en étais persuadée. Deux ans, ce n'était presque rien. J'allais le retrouver, mes pistes s’agrandissaient. Je devais littéralement sautiller sur mon siège car Andrew émit un petit rire avant que Cathe ne reprenne la parole.
- Il ne répond plus au téléphone quand je l'appelle, mais il habite trop loin pour que j'aille vérifier par moi même. 231, Melrose avenue à Saint Louis. C'est à deux cents bornes d'ici si jamais tu te sens courageuse.

- Deux … deux cents bornes ? Répétai-je interloquée.
- Va falloir que quelqu'un t'accompagne, j'en ai peur. Nous on ne peut pas, vraiment désolée, mais avec les jumeaux c'est même pas la peine.
- C'est rien, je vais trouver, leur assurai-je alors que je notais l'adresse dans mon calepin.
Mon chauffeur était déjà tout indiqué, bien que cela impliquerait de donner une bonne raison à mes parents pour que je parte en vadrouille avec Priam jusque dans le Missouri. Ou je fugue avec Emilien … Au choix. Dans les deux cas, c'est la merde, moi je vous le dis.

Je restai quelques heures avec eux, avant de rentrer, histoire de parler, de voir mon père par les yeux d'autres personnes et je fus surprise de la relation de Papa avec elle, cette Cathe-Line. Elle qualifiait d'ailleurs elle même leur relation de fraternelle, peut-être un peu plus que ça, mais sans trop savoir définir quoi. Mais elle m'avait assuré que jamais elle n’aurait pu sortir avec lui, après c'était à prendre ou à laisser, la présence de son mari et d'Adrian l'empêchait peut-être d'être sincère, même si vu le caractère qu'elle semblait avoir, ça ne l'aurait pas vraiment dérangé. Et alors que la soirée s'avançait, je pris congé auprès d'eux, le baume au cœur et serrant précieusement l'adresse dans mes mains avant de la ranger, par peur que je ne la lâche et qu'elle ne s'envole.

Et j'eûs raison, puisque deux secondes plus tard, je percutais une femme, alors que je ne regardais pas où j'allais, rebondissant contre elle avant de tituber et tomber au sol. Aie ! Je relevais alors la tête pour voir de qui il s'agissait, et une femme blonde aux cheveux coupé courts me fit face, un ventre arrondi signalant un bébé en route. Et merde, faut que je bouscule les femmes enceintes maintenant.

Elle se baissa et me tendit la main pour m'aider à me relever.
- Je suis désolée, fis-je en lui prenant la main.
- C'est rien, je vais bien, pas de souci. Ca va ?
- Oui, fis-je une fois relevée. Je suis vraiment navrée, je regardais pas ou j'allais. Pardon.
- Il n'y a pas de mal. Regarde où tu vas la prochaine fois au revoir …
Et elle reprit sa route, me laissant faire de même, jusqu'à la maison où je devais remettre le carnet de ma mère en place … sans me faire prendre.