Header cover
Publicité

- 16 -

- 16 -

 

 

- Elle te voulait quoi ta Laura ? dit-elle en riant.
- Meredith, corrigeais-je.
- Oui, je sais. Allez, elle te voulait quoi ? Te déclarer sa flamme ? continua-t-elle en riant.
- Tu sais très bien qu'elle a son Florian, et moi, je t'ai toi, c'est bien suffisant.
- Ah, et comment dois-je le prendre ?
- Comme tu le sens ... Bon, fis-je pour détourner la conversation. J'ai des affaires à récupérer je crois.
- D'accord. Je t'attends à la porte, dit-elle en souriant.

 

- 16 -


- Il n'y a personne à l'appartement. Tu peux entrer si tu veux.
- Ouais ... mais non. Tu m'as dit plus d'une fois que c'est pas la joie là dedans. J'ai pas envie de voir la réalité, tu comprends.
- T'inquiètes. Sûr que de voir dans quoi j'ai grandi, c'est pas le top.
Nous nous dirigeâmes finalement vers mon appartement, en silence, ce qui est plutôt étrange venant de notre part à tous les deux.

 

- 16 -


Moi, je pensais à ce que j'allais faire, et si ce serait pas la plus belle connerie de ma vie.
Franchement, vous me voyez, moi, Aaron Hart, a une soirée à laquelle assiste des Van Heim, désormais mes ennemis naturels. Autant me foutre une balle dans le crâne tout de suite. Je m'en sortirais jamais vivant, c'est sûr. Quoique, si Raise vient, j'ai mes chances, il pourrait toujours me défendre de la grande perche ...
Nan, mais qu'est-ce que je dis ? Voilà que j'ai peur d'une fille maintenant. J'ai la cervelle à l'envers, c'est pas possible.

 

- 16 -


Je poussai finalement la porte de l'appartement, Heaven sur mes talons.
Je ne vois pas pourquoi elle n'entrerait pas. Quoi ? Mes parents ne sont pas là ! Ma mère est partie voir son mac, mon père dort ou croupit dans le bar du coin de la rue.
- Allez, entre, fis-je à ma meilleure amie.
- Aaron... Je
- Mes vieux sont pas là, allez.
- Aaron, c'est pas ça. Je te l'ai dit, je n'ai pas envie de voir l'intérieur. C'est une curiosité malsaine ...
- Elle n'est malsaine que si je la juge comme telle. Or, je t'invite à entrer. Donc ce n'est pas un problème de curiosité, suis moi.
Elle opina finalement, et me suivit à l'intérieur, jusqu'à la petite pièce qui me servait de chambre, à l'occasion.

 

- 16 -


- C'est la meilleure pièce de la maison,niveau propreté, avec celle de Raise bien sûr, expliquai-je en ouvrant le placard.
Heaven ne disait rien, se contentant de rester assise sur mon lit, mains entre ses cuisses, ne savant pas où se mettre.
- Eh ! T'as pas à te sentir gênée !
- Non, juste que, finalement, je ne sais absolument rien de toi Aaron. Je ne sais même pas pourquoi tu vis dans un taudis pareil.
Je claquai vivement les battants de l'armoire. Je n'aime pas parler de ma vie avec ma famille, mes relations avec elle.
Je me déplaçai alors, et fis rouler ma chaise de bureau devant elle, avant de m'y asseoir, coudes sur les cuisses, et mains rejointes.

 

- 16 -


- Tout ce que tu dois savoir, c'est que je ne veux pas en parler Heaven.
- Ça ne peut pas être plus terrible que moi Aaron, me dit-elle. Regarde. Je suis pupille d'État, mes parents sont morts, je suis seule au monde. Tu as les tiens Aaron, ce n'est pas rien ...
Je vis qu'elle avait les larmes aux yeux, mais ce n'est pas ça qui allait me pousser à lui parler, elle se met le doigt dans l'œil jusqu'au coude.
- Je préférerais que les miens soient morts que d'avoir des parents comme Jose et Kreis, commençai-je à m'emporter.

 

- 16 -


- Comment tu peux dire ça ? dit-elle derrière le rideau de ses larmes. Tu ne sais pas ce que c'est que d'avoir des parents dans un cimetière, de te dire que tu n'es l'enfant de personne, de croupir dans un orphelinat en attendant que quelqu'un t"adopte, jusqu'à ce qu'un beau matin, le jour de tes seize ans, on t'annonce que tu n'es pas adoptable et que l'État a pitié de toi ! J'ai toujours rêvé d'avoir une famille à moi Aaron, et toi ... tu en as une, et tu la jettes aux oubliettes.
- Une famille comme la mienne, je te le dis tout de suite, je préférerais ne pas l'avoir eue. Tu ne sais pas ce que j'ai vécu entre ces murs, dans ces pièces. Tu ne sais rien de mon passé, tu ne peux pas même pas imaginer. Mes parents sont tout sauf des parents. Moi aussi, j'aimerais avoir une famille ... Une vraie, famille.
A ces derniers mots, j'entendis la porte de la chambre grincer. Merde. Moi qui pensais être seul dans la maison, je n'avais pas pris la peine de tirer le verrou, et une voix grinçante me sortit de mes rêves.
- Est-ce une façon de parler de moi ?
Jose.

 

- 16 -


Je fermai les yeux, et respirai calmement. D'ici, je pouvais entendre les battements rapides du cœur d'Heaven, ainsi que son souffle saccadé. Oui, elle connait Jose, elle sait différencier la Jose "sympa" de la Jose "en manque". Et là, c'est plutôt la deuxième option qui se propose à nos yeux.
Une prostituée avec un taux d'alcool dans le sang hallucinant, et en manque d'héroïne. Généralement, dans ces moments là, valait mieux rester calme, et ne pas la brusquer. Oui, mais c'est plus fort que moi.
Gardons les yeux fermés.
- Aaron. Je te parle mon chéri. Ne fais pas l'impoli devant ton amie. Ça fait des semaines que je ne t'avais pas vu, tu pourrais au moins me saluer, non ?
- Bonjour, fis-je simplement sans ouvrir les yeux.
- Regarde moi quand je te parle !
Sa voix grimpa aussitôt, en un hurlement à ameuter le quartier, sans me faire prier, j'obéis, pour croiser ses pupilles noires et vitreuses. Les mêmes que les miennes.

 

- 16 -


Son visage n'avait guère changé depuis la dernière fois que je l'avais vue, il y a de ça plusieurs mois.
Ses cheveux blonds désordonnés et secs étaient installés dans un bazar à rendre fou un coiffeur professionnel. Ses yeux étaient encadrés d'un trait noir, soulignant les rides autour de ceux ci, la rendant fantomatique. Sa bouche, soulignée d'un labret, était d'un de ses rouges trop sombres et affreux, vieilli et craquelé. Un ruban en dentelle autour du cou descendait le long de ses bras, et sa tenue laissait voir son cou, ainsi que les tatouages présents sur son corps.
Cette femme était hideuse, et se prenait pour une mère aimante. Elle puait l'hypocrisie à des kilomètres à la ronde, elle n'a pas toujours été comme ça pourtant. Avant que la ruine ne nous tombe dessus, je l'avais connue souriante, rayonnante. Agréable, aimante, ordonnée. Une mère de famille, dans le sens strict et fermé du terme.
Et il a fallut que je foute la merde.
Sans me soucier d'elle, je me levai de ma chaise, tirant Heaven par le bras, qui me suivit aussitôt, plutôt contente de partir d'ici.

 

- 16 -


- Aaron, m'appela Jose.
- Quoi ? fis-je, acide.
- Pardonne moi ... me supplia-t-elle.
- Crève d'abord, ensuite, on avisera, dis-je cinglant, avant de claquer la porte à son nez, et sortir de mon enfer personnel.

 

Publicité
Retour à l'accueil
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article