
Finalement, on avait abandonné le projet Saint Louis cet après-midi là, et curieux, Emilien m'avait posé des questions sur mon père, sur le fait que je veuille à ce point en savoir plus sur lui alors que ma mère me racontait tout. Je crois qu'il m'enviait, à sa manière de me regarder quand je lui parlais, avec ses étoiles dans le fond des yeux, et son petit sourire d'enfant émerveillé. A vrai dire, je le trouvais assez mignon, pour ne pas dire beau, mais quand m'était venue l'image de Priam, je me suis contentée de mignon, en comparaison avec mon bellâtre d'ex.
Aujourd'hui, à savoir le lendemain de la découverte de la mère d'Emilien, je suis allée en ville avec les filles, à savoir Ivy et Marine. On avait pas de but précis, à part dépenser notre argent si durement économisé durant nos longs mois de petits boulots et d'étrennes ! Demain ça aller pleurer, mais pas aujourd'hui, on fait des folies !

Alors qu'on sortait de chez le glacier, je crus le reconnaître, au loin. Roux, grand, musclé … et à peine quarante ans. Mon cœur ne fit qu'un bond dans ma poitrine, et le monde me sembla tourner au ralenti. Mon regard n'était fixé que sur cette tignasse rousse qui venait de me passer sous le nez, accompagnée d'une femme blonde. Mais qu'est-ce que l'on s'en foutait de celle là ! Mon oncle était là, là, en face de moi, à quelques mètres. Raise était à Bloomington et j'étais incapable de bouger mes jambes tellement ma surprise était grande. Finalement, mes achats me tombèrent des mains, et mes jambes se dérobèrent sous moi, entamant leur course folle.

Plus rien ne comptait à mes yeux si ce n'est mon oncle. J'en avais des larmes de joie qui ruisselaient le long de mes joues. L'air me pinçait les visage, je glissai sur les feuilles au sol mais j'en avais rien à ficher. Les filles me hurlaient de m'arrêter. Elle devait bien se demander quelle mouche m'avait piqué et finalement, j'arrivai à son niveau, et je lui entrai dedans, enserrant sa taille de mes bras, après un dernier effort dans ma course que je terminais les yeux clos.
- Nan mais Mélie, tu fiches quoi là ?!

Je reculai subitement, les yeux écarquillés quand je reconnus la voix. Et par n'importe laquelle, celle de mon « bellâtre d'ex », en bien charmante compagnie : la blonde, comme je m'en doutais, qu'il tenait par la main. D'ailleurs, sa main me semblait se resserrer autour de sa petite amie au fur et à mesure que je les détaillais. J'avais envie de me cacher dans un trou de souris, de ne l'avoir jamais croisé ici. Pitié, rendez moi mon oncle, je veux mon oncle ! Pas lui !

- Ca va Mel ? Me demanda-t-il, ses sourcils montrant une expression d'inquiétude à mon égard.
- T'occupe pas de moi, lui répondis-je en mettant mes affaires droites. Je dois retrouver mes amies.
Je fis demi-tour, m'en allant vers les filles quand j'entendis la remarque d'Olympe, remarque très calme, sans une once de pétassitude (oui oui, ce mot existe, ou vous faîtes comme si c'était le cas !).
- Qui est-ce ?

Je m'arrêtai, curieuse d'entendre sa réponse, un petit sourire au coin des lèvres. Et puis, après tout, qui ne le serait pas à ma place. Et juste avant qu'il ne réponde, les filles débarquèrent, me demandant si j'allais bien, et si je couvais pas un truc pas net pour courir comme une dératée en plein milieu de la rue. Je leur fis signe de se taire, et tendis l'oreille.
- La fille d'une amie de mes parents, Mélie.
Mes lèvres se crispèrent en un rictus et je me tournai vers Olympe, l'expression carnassière.

- Je suis la fille qu'il a réussi à faire cocue grâce à toi. J'espère pour toi que tu n'auras pas à subir ça, mais si t'as un minimum de cervelle, ne reste pas avec lui pour ses beaux yeux, il te mérite pas.
- Mélie ! Grogna Priam. Non mais ça va pas !
Et sans un mot de plus, je me tournai vers Ivy et Marine, et je lui assénai f'un magnifique doigt d'honneur dont je n'étais pas peu fière, avant de disparaître dans un coin de rue.

Cependant, j'avais envie de me retourner, de revoir son visage et je réalisais que contrairement à ce que j'avais cru, je ne le haïssais pas tant que ça finalement, et que j'aimerais me réveiller, pour me rendre compte qu'il ne s'agissait que d'un mauvais rêve, que j'étais chez lui, endormie dans ses bras comme la dernière fois, quand il me disait m'aimer, qu'il ne pouvait pas me faire du mal... Et à cette idée, mon cœur se serra, mes pieds s’arrêtèrent, et les filles se retournèrent vers moi.
- Mélie ? Ca va ? Me demanda Ivy alors que je passais mon bras sous mes yeux pour m'empêcher de pleurer pour lui devant elles.
Marine n'attendit pas ma réponse et lâcha ses sacs pour me prendre dans ses bras, tandis que je m'accrochai à son tee-shirt, ayant très bien compris que ça n'irait pas, que ça ne se passerait pas tout seul, que depuis des mois, je ne faisais que semblant d'aller bien, semblant de sourire.

- Allez Mélie, me dit Marine alors que je me calmai, je suis d'accord que le premier amour est le plus dur à oublier, mais il va bien falloir que tu avances, ça va passer … Et puis, tu ferais mieux de te rabattre sur Emilien, à ce que j'en sais, il est super mignon !
- Nan mais Marine ! Clama Ivy. Tu penses cinq minutes à cette pauvre Mélie, qui vient de voir son mec avec une autre ? Et puis toi tu as Dawson, alors bave pas sur les cibles des autres.
- Bave pas non plus, sinon je le dis à Sean, il va être vexé lui aussi, ce serait dommage de vexer ton chéri, hein Ivy ?
Elle avait un sourire en coin et je voyais Ivy virer rouge pivoine. Ca me faisait sourire, même si j'étais un peu déçue de l'apprendre de cette manière, trois ans après la guerre.
- Tu sors avec le blond tout moche ? Lui demandai-je en finissant d'éponger mon visage.

- Mais non, c'est eux qui se font des idées au lycée, t'inquiète … Je te l'aurais dit quand même. Ils trouvent juste qu'on se chamaille trop aux pauses pour que ce ne soit rien d'autre que de l'amitié.
Elle a haussé les épaules, en rougissant.
- Mais on sait qu'il te plaît Sean, a aussitôt renchérit Marine, alors pas la peine de te cacher, on a tout vu, les regards en coin, les boutades, les mains qui se frôlent. C'est trop flagrant, et puis vous êtes trop mignons tous les deux ensemble.
- Quelle vieille commère, soupira-t-elle puis elle se tourna vers moi.
Quand je vis son regard, je me raidis, anxieuse de la question qu'elle comptait me poser. Je me triturais les doigts, attendant ma sentence, pensant qu'elle aller me demander mon avis sur le sujet.
- Pourquoi tu t'es enfuie comme une folle furieuse tout à l'heure ? Tu voulais à ce point prendre Priam dans tes bras ?
- J'ai cru voir Raise …