
- C'est ma sœur qui s'occupe d'elle en ce moment, me dit-il alors qu'on avançait vers une petite résidence largement pommée entre une fourmilière de buildings.
Ce qu'il me racontait ne m'intéressait pas vraiment, plus il parlait, moins je me rapprochai de Heaven, et j'avais furieusement envie de la voir.
On passa finalement le portail, et nous prîmes la direction du fond de la cour, moi le suivant comme je pouvais malgré mes roues coincées dans la neige. Et intérieurement, je priais pour qu'elle ne vive pas à l'étage. Non pas que je sois incapable de me tenir debout, puisque j'en suis tout a fait capable. Mais marcher, c'est une toute autre histoire, et on va dire que mes jambes déconnent un peu, sûrement le manque de force de me tenir debout et de marcher en même temps. Saloperie de palpitant.
- Viens, c'est là.

Nous étions devant la porte d'un logement bien caché dans le fond de cette cour, et j'eus de la peine à imaginer Heaven vivre dans ce quartier. D'une certaine manière, j'avais envie qu'ils se soient trompés de Aaron dans l'hôpital, mais si je me doutais que c'était peu probable.
David entra dans l'appartement, et je l'y suivis de près, m'attendant au pire.

Et quelle ne fut pas ma surprise quand je découvris cette large pièce unique, meublée telle un cocon, loin d'une boite vide ou d'un appartement similaire à celui de mes parents. Du regard, je cherchais Heaven, qui était allongée sur le lit, prostrée, et assise en tailleur sur le lit, une femme, au teint légèrement plus foncé que celui de David, elle devait donc être sa sœur. Je m'avançais sur le lit comme je pus, et une fois à distance raisonnable, je me levai, et posai ma main sur l'épaule de Heaven.
- Heav …
Je resserrais ma main sur son épaule, et elle se tourna sur le dos, avant de me regarder, souriante et soulagée. Je pus distinguer des larmes sur le coin de ses yeux, et finalement, je m'assis sur le lit et la pris contre moi.

- Shhh … la berçais-je tendrement. Pas la peine de pleurer, je suis là tu sais. Et j'ai même tout mon weekend, c'est pas génial ?
Je l'embrassai dans les cheveux, et à ce moment, les deux voisins de Heaven s'éclipsèrent pour ne laisser un peu seuls tous les deux. Heaven, quant à elle, s'accrochait à mon pull, telle une enfant perdue, et je me contentais de la rassurer comme je le pouvais, bien que mon allure n'ai rien de rassurant : les traits tirés, la mine sombre, et des jambes en compote. Mais tant bien que mal, je me devais de la rassurer. Je lui avais promis de rester avec elle tout le long de ce voyage, et ça fait neuf mois que je ne vis même plus avec elle.
- On va repartir Heaven, je te laisse pas toute seule ici …

Elle se redressa, et me regarda droit dans les yeux, comme si elle savait que je ne tiendrais pas ma promesse, comme je n'ai pas tenu la précédente.
- Crois moi Heaven, ça me saoule autant que toi de devoir rester ici, je vais me barrer de cet hôpital, il me laisseront jamais partir sans me faire opérer.
- Alors fais-toi opérer. Je suis prête à tout endurer pour que tu restes en vie. Fais toi opérer, retourne voir Meredith, épouse la, fais lui des tas d'enfants et reste auprès de moi Aaron. Ne meurs pas …

Elle ferma les yeux si fort que son visage tout entier se crispa, retenant ses larmes.
- Je peux pas Heaven …
Je passai ma main dans ses cheveux, un pincement au cœur. Non, je ne pouvais pas faire ça, c'était pas ce que j'avais prévu, et cette fin que je m'étais choisi me plaisait au plus haut point.
- Laisse moi au moins mourir comme je le souhaite, à défaut de ne pas avoir pu vivre comme je le voulais. S'il te plaît. Et après, tu vivras comme tu le voudras.
- Si tu le fais pas pour moi, fais le pour elle …
- Elle ? M'interloquai-je.

Elle se terra dans son mutisme, et son regard se dirigea vers le meuble au pied de son lit. Intrigué, je me levai, et me dirigeai vers celui-ci.
S'y trouvait une enveloppe blanche, sur laquelle était inscrit en lettres noires : « Reviens nous vite Aaron – Cathe ». Non mais il se passe quoi là ? Je retournai l'enveloppe, l'ouvris et en sortis un papier cartonné, soigneusement décoré, et à sa vue, mon visage se décomposa.
« Meredith & Florian
Ont la joie de vous faire part de leur mariage
Qui sera célébré le Samedi 21 juillet 2007
En la basilique St Benedict de Bloomington.
Meredith Jane Anforth & Florian Adrian McMallers »

- Elle … elle se marie avec lui ?
J'eus un rire jaune et rangeai vivement le carton d'invitation dans l'enveloppe, avec la ferme intention de ne plus y toucher. Elle a décidé de se remettre avec lui, et bien soit, il lui reste plus qu'à assumer, j'en ai rien à faire …
Mais, malgré moi, ma gorge se serra, mes jambes ne semblait plus me tenir et je m'empressais de m'appuyer contre le meuble pour le ne pas tomber.
Après tout ce que j'ai fait pour elle, pour la sortir de ce merdier avec ce type, elle retournait vers lui à pieds joints ? Je pouvais pas le croire, vraiment pas …

- Dis moi que c'est une connerie de la part de Cathe-Line … suppliai-je Heaven, ma voix se masquant par mes sanglots.
Je gardais la visage détourné, à regarder vers la cuisine, à me traiter de tous les noms. Je me sentais complètement ridicule, comme si elle allait sagement attendre l'annonce de ma mort pour refaire sa vie, tu l'as abandonné Aaron, il fallait bien qu'elle se retrouve quelqu'un.
- Non, ce n'est pas une blague.
- C'est ça que tu as failli me dire quand tu avais été bourrée. « Meredith va se marier avec Florian, c'est une hypocrite ». Pourquoi je me suis douté de rien ?
- Parce que tu es trop loin d'elle à présent …
Elle se leva et se dirigea vers le canapé en boitant quelque peu, avant de s'y asseoir.

- Avec tout ce que je sais sur ce type, je t'assure que tu ferais mieux de rentrer...
- A quoi bon ?
- Tu ne vas quand même pas la laisser avec lui ? Enfin, c'est un psychopathe …
Je me tournai vers elle, vivement, le regard noir.
- Ne m'en parle plus Heaven … s'il te plaît. Je me suis enfui, elle a fait son choix de vie future. J'ai plus rien à voir dans sa vie. T'oublie que je ne vis que pour toi à partir de maintenant.
- Sauf que je sais que tu lui écris encore. Tu sais, je reçois les lettres de Cathe, je les lis … Et elle s'est demandé quand tu comptais réécrire une lettre à Meredith.
- Jamais …
Je fis le tour du canapé et m'installai dessus, bras sur mes cuisses.

- Je préfère l'oublier tu vois, comme elle l'a fait pour moi. On peut changer de sujet maintenant ?
- Euh oui … j'ai des nouvelles d'un certain Cory, c'est ça je crois.
- Ouais, Cory Summers. Quoi de nouveau alors ? Demandai-je en tournant ma tête vers elle.
- Il a quitté Oliver il me semble, il a carrément quitté la ville en fait …
Elle fit sa petite moue qui me fait sourire, celle quand elle creuse son cerveau d'élève modèle. Pas à nier, elle était craquante comme ça, pas la peine de débattre sur ce sujet. Mon Heaven, c'est la plus belle en toute circonstance. Je n'écoutais même plus la fin de son explication, et me penchai vers elle, pour lui déposer un léger baiser sur la joue. Surprise, elle tourna la tête vers moi, un petit sourire sur le visage.
- En quel honneur ?
- Je dois avoir une bonne raison pour embrasser ma meilleure amie sur la joue ?
- Euh non, bien sûr que non. Tant que tu cherches pas à te consoler de … de machine – elle esquissa un sourire taquin – dans mes bras, ça ne me dérange pas.

Je soupirai, amusé et l'attirai dans mes bras pour la blottir contre moi.
- Tu peux pas être un ersatz de copine, t'es mon Heaven à moi, c'est tout !
A nouveau, je l'embrassai sur la joue, tel un véritable gamin.
- Dis voir … ça te plairait la Pologne ?
- J'adorerais !