
- Votre bilan n'est pas très bon Mr Hart.
La journée commence mal. Un mois s'était écoulé, et j'avais retrouvé un (presque) parfait usage de mes jambes. Je n'avais donc plus besoin de fauteuil, ni de béquilles. Je ne courrais pas, il m'arrivait de m'appuyer contre les murs, mais j'avançais seul, et ça pour ma fuite loin de Paris, c'était plus que indispensable. D'ailleurs, parmi les nouveautés, je vivais avec Heaven la moitié de le semaine, à condition de partir avec une armada de médicaments, et ça avait tout de suite rassuré et Heaven et Estelloo, qui d'ailleurs s'entendent plutôt bien, en même temps, elles veulent toutes deux m'empêcher de mourir, donc elles font cause commune.

- Qu'est-ce qu'il se passe alors ? Demandai-je en tentant de regarder par dessus ses notes sur son bureau.
- Votre pacemaker est inutile, il ne fonctionne plus. Le moindre faux pas de la part de votre cœur, et vous y passez. Je ne peux pas être plus clair que ça.
- Il est mort … ce truc est bien mort, c'est ça ? Vous pouvez me l'assurer ?
- Oui, il ne vous sert plus à rien. Il faut vous faire opérer dans les plus brefs délais.
Je lui lançais un regard noir. Il allait pas s'y remettre non plus, quand je dis non, c'est non. Grr !
- Comment vous expliquez clairement qu'il n'en ai même pas question. Vous venez de m'apprendre une bonne nouvelle.
Il ouvrit des yeux ronds comme des billes, me dévisageant. Oui, je suis tombé sur la tête et alors ?

- Mais, enfin … vous allez mourir …
- Merci, je suis au courant. Et vous savez quoi, ça me fait fichtrement du bien de savoir que j'ai pas autant souffert pour rien. J'ai achevé mon pacemaker, je vous assure que c'est une victoire pour moi.
- Écoutez Mr Hart … Aaron... Vous ne pouvez pas sourire ni rire de cette situation. Ce n'est pas juste pour vous, nous nous devons de vous soigner. Ne serait-ce que pour notre conscience.

- Vous me semblez bien entreprenant. J'ai le droit d'user et d'abuser de mon corps comme cela me chante. Il s'agit de mon corps, pas du vôtre. Et si j'ai envie de mourir, c'est mon choix. Pas le vôtre, alors laissez moi.
Je me levai, hochai la tête en guise de salut et me dirigeais vers la porte.
Et alors que je posai ma main sur la poignée, je l'entendis se lever.

- J'espère que vous savez ce que vous faîtes en décidant de vous suicider.
Je me figeai un cours instant avant d'ouvrir la porte et de sortir de la pièce, pour me diriger vers ma chambre.
Il est vrai que je ne l'avais jamais vu sous cet angle là …