
- Je suis là, entendis-je dans l'appartement, alors que j'étais adossé contre le mur, à côté de la porte de la chambre, à veiller de loin sur les probables réactions de ma mère. Qu'est-ce qu'il se passe ? Pourquoi j'ai dû amener ça ?
- Aaron a besoin de toi, dit Raise, visiblement dépité, je le voyais au son de sa voix. J'ai ... frappé Jose...
- QUOI ? s'énerva aussitôt Heaven avant que je l'entende se ruer dans l'appartement, pour ouvrir la porte de la chambre avec fracas.

- Calme-toi, soupirai-je. Elle est pas morte, juste sonnée, un peu beaucoup. Elle comate là. T'as amené ta trousse.
- Oui, mais qu'est-ce qu'il s'est passé ?
- J'en sais pas plus que toi, grognai-je tandis qu'elle s'approchait de ma mère. Je suis arrivé, et j'ai découvert Jose dans une mare de sang, et Raise complètement apeuré. On aurait dit un gamin.

- Elle a perdu beaucoup de sang à mon avis, soupira-t-elle. Je la trouve faible. C'est pas de premiers soins dont elle a besoin, c'est d'un hôpital.
- Si elle va à l'hosto, Raise se fait embarquer pour les flics pour coups pouvant provoquer la mort, avec intention de la provoquer. Et il est hors de question que mon frère jumeau reçoive la peine de mort, pas pour elle. Parce que c'est ce qu'elle mériterait, m'emportai-je.
- Tu vas te calmer Aaron, le mal est fait, et je ne vais pas pouvoir faire grand chose.

- Limite les dégâts, soufflai-je, dépité. Qu'on pense à une chute dans les escaliers, de quoi innocenter Raise, je t'en prie. Les laisse pas emporter Raise ...
- Pour l'instant, ce sont les remords qui vont emporter ton frère, il est vraiment pas bien, à la limite de se jeter sous un train, tu ferais mieux d'aller le voir.
Sans demander mon reste, je sortis en trombe de la chambre, à la recherche de Raise, que je trouvais dans un coin de la maison, tête lasse, regard ailleurs.

- Je suis un monstre, souffla-t-il. J'ai voulu la tuer, te rends tu compte de ça. Je voulais plus seulement la blesser, je voulais la tuer, ne plus la voir respirer, ne plus la voir bouger et nous sourire comme autrefois.
- Raise ...
- Notre mère me manque, la vraie, celle qui souriait tout le temps, qui nous aimait, à qui l'idée de se servir de ses enfants ne lui aurait jamais effleuré l'esprit.
- Ce n'est pas en la tuant qu'elle reviendra tu sais ... fis-je tandis que je m'agenouillai en face de lui.
- Je la hais ! Elle et son monde de putes décérébrées. Je voudrais pouvoir tout effacer d'un claquement de doigt, comme un tableau noir. Tout oublier.

- Eh ... Raise ... Heaven est là, elle va déjà effacer ce que tu as fait aujourd'hui. Et tu sais très bien que Jose ne parlera pas, elle ne veut pas voir ses éventuels gagne pain se barrer. Quand à ce qu'on a fait, on va pas l'oublier comme ça. On s'est prostitués, tu le sais aussi bien que moi, ça fait mal, mais faut voir la vérité en face : on s'en est sortis tous les deux, on est libres aujourd'hui, on retombera jamais dans cette merde. Faut essayer de vivre avec.
- Je t'ai jamais dit, soupira-t-il. Mais, plus d'une fois, j'ai voulu me tuer, les soirs où tu n'étais pas là. Tu dois réagir pareil non ? La nuit, dans tes cauchemars ... rassure moi. Je suis pas le seul à vivre ça ?!
- Non. Mais on va s'en tirer Raise, je te le promets, le rassurai-je. Je vais t'inscrire à des cours de boxe, pour que tu évacues toute ta rage, je t'achèterai même un punching-ball sur lequel je collerai sa tronche de pute, pour que tu te défoules !
Il esquissa un bref sourire, mais je sais que ce n'est que partie remise. Tant qu'on vivra tous les quatre sous le même toi, je dois m'attendre à voir de plus en plus de scène de ce genre.
La porte d'entrée grinça, et je reconnu les pas de Kreis dans l'appartement, il rentrait du bar, et devait encore pas voir très clair.

- Josiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiie ! Ramène ton cul ! beugla-t-il tandis que Raise et moi nous éclipsions dans la cuisine, de façon à ce qu'il nous voit pas, avec un peu de chance, jusqu'à ce que je me rappelle la présence d'Heaven dans la chambre avec Jose.
- Va voir Heaven, soufflai-je à Raise, je m'occupe de Kreis, mais traîne pas trop, je suis pas monsieur muscles.
Il esquissa de nouveau un bref sourire tandis que nous sortions tous les deux de la pièce, moi pour faire face à Kreis, Raise pour choper Heaven dans un coin de la maison.

- L'est où ta mère ? me demanda-t-il. Et pourquoi il se barre lui ?
- Il a un truc à faire, et elle dort. Tu voulais quoi ?
- Quelque chose que tu vas pas me donner, vas me trouver ta mère.
- Elle dort, insistai-je. Tu ferais mieux de cuver ta bière, plutôt que de chercher à la sauter.
- Eh, tu me causes meilleur ! Tu sais qui je suis ?
- Oui, une cuve à bière, maintenant, tu poses ton cul sur le canapé, et tu bouges plus.

Son poing siffla l'air pour me frôler les oreilles, une chance pour moi qu'une fois bourré il ne sache pas viser, ça me permet d'esquiver ses coups sans difficultés, mais il va être temps que Raise et Heaven sortent, parce que esquiver, je sais, mais frapper où ça fait mal, ne comptez pas trop sur moi quand il s'agit des coups portés par un type complètement ivre, insensible à la douleur.

Pourtant, je me risquai, me baissai pour esquiver un coup qui devait m'atteindre à la figure pour planter mon poing dans son abdomen, ce qui eut pour résultat de le déstabiliser un instant, en le faisant reculer, pour qu'il s'affaisse au sol, sous le choc, avant qu'il ne se redresse, le regard noir. Ouille.
- Tu vas voir ce que c'est que le respect, espèce de petit con !
Alors qu'il se préparait à m'en foutre une, un cri perçant le stoppa avant que nous tournions nos regards vers ma gauche, pour apercevoir Heaven, médusée, Raise juste derrière elle.

- C'est qui elle ? grogna-t-il. Qu'est-ce qu'elle fiche là ?
- Je ... bégaya-t-elle, choquée par l'attitude de mon père qu'elle n'avait jamais vue.
- Une amie, elle devait passer récupérer un dossier, c'est tout, expliqua Raise.
- On s'en va, leur dis-je en les entrainant tous les deux à ma suite.

Une fois dehors, je me tournai vers eux deux en leur disant de déguerpir à vitesse grand V, car Kreis n'allait pas rester sans avoir vu Jose, et la surprise serait tout sauf agréable, il vaut mieux se casser avant qu'il ne nous arrache un membre à chacun d'entre nous, et si c'était à Heaven qu'il s'en prenait, je m'en voudrais terriblement.

Je refuse de la voir souffrir par ma faute.