
Je voyais bien que les minutes défilaient, sans que pour autant je ne trouve le sommeil. Et ce n'est pas la faute de Priam, puisque, contrairement à ce que je dis à tout le monde, il ne ronfle pas, c'est une façon pour moi d'éloigner les autres de mon grand frère, oui, je suis très possessive, surtout avec mes proches.

D'ailleurs, en parlant de Priam, il dormait comme un bébé, alors que moi, je m'efforçai de me vider la tête pour m'endormir, vainement, je dois bien l'avouer. Pourtant, je sais que je suis fatiguée, je me suis bien endormie sur l'épaule de Rob tout à l'heure.
- Priam, soufflai-je. Tu dors ?
- Non, je chasse l'éléphant rose au Grœnland, je viens de traverser la Seine là, avec mon pistolet à eau.
- Moque toi pas de moi.
- Qu'est-ce qu'il t'arrive ? demanda-t-il en se retournant pour me faire face.

- T'arrives pas à dormir ? continua-t-il.
- Je ... J'ai appris des trucs sur mon père ...
- Ah ouais ? me coupa-t-il. Mais c'est génial ça, depuis le temps que tu en rêvais.
- Tu sais quelque chose toi ? le questionnai-je. Tu te rappelles de lui ?
- Pas vraiment, bougonna-t-il en se tournant sur le dos, mains derrière la tête.

- Je me rappelle pas vraiment d'Aaron, j'avais six ans quand il est mort, et je n'ai du l'apercevoir que deux trois fois juste avant sa mort. Il avait disparu de la circulation avec ta mère pendant presque trois ans si mes souvenirs sont exacts. Tout ce dont je me rappelle de lui, c'est que c'était un roux de taille moyenne, il avait les traits tirés, le visage fatigué, de lourdes cernes sous les yeux, et ses cheveux longs étaient attachés. Mais je ne m'en rappelle pas plus, navré.
- Ce n'est rien, je voulais savoir.
- Ta mère ne t'a pas dit grand chose ?
- Elle a arrêté à sa première grosse dispute avec Aaron, mais je sais pas grand chose de lui, mais ... le peu dont j'ai connaissance, ça me fait ... peur...
Je sentis aussitôt de lourdes larmes rouler le long de mes joues pour s'écraser sur le drap. Priam se tourna alors pour poser ses mains sur mon visage, et essuyer mes joues doucement.

- Qu'est-ce qu'il t'arrive ?
- Co ... comment tu réagirais si ... si tu apprenais quelque chose de répugnant sur quelqu'un que tu aimes énormément ?
- C'est au sujet de ton père ? s'inquiéta-t-il.
- Réponds juste, s'il te plait.
Il ferma les yeux un instant, voulant très probablement trouver les mots pour me réconforter, mais moi, tout ce que je voulais savoir, c'était comment réagir face à elle.

- J'essaierais d'oublier son passé, si cette personne ne fait plus ce quelque chose. Mais je ... je pense que j'aimerais connaître son point de vue, quand même. Une seule version n'est pas toujours bonne à prendre.
- Je sais pas si j'oserais lui parler, avouai-je tout de même.
- Je peux savoir de qui tu parles ?

Je me figeai, désorientée, mon regard planté droit dans le sien, chaud et réconfortant, regard dans lequel on sait qu'on aura notre place, quoi qu'il arrive, ce genre de regard où on se sent aimé pour ce qu'on est, que rien ne pourra nous remplacer dans ses yeux. Et je n'avais jamais vu Priam comme ça avec moi. Je le savais protecteur envers moi, mais là, ça me semblait différent.

- Je ... je ne peux pas le dire, je suis désolée. Je ne pense pas que cette personne veuille que sa vie privée soit hurlée sur tous les toits...
- Ouais, je comprends, soupira-t-il. Mais tu devrais lui en parler, lui expliquer, lui dire que tu aimerais comprendre.
- Je vais essayer, reniflai-je bruyamment.

- Calme toi Mélie, me souffla-t-il en m'embrassant sur le front. Tu ferais mieux de dormir, la nuit porte conseil, t'y verras plus clair demain.
- Oui, dis-je faiblement.
- Bonne nuit Miss, dit-il en se retournant.

Mais moi, je restai allongée sur le flanc, à regarder son dos, à comprendre ce que j'avais cru avoir vu dans ses yeux, en espérant que ce ne soit qu'une illusion, qu'un rêve, ou seulement un tour joué par mon esprit, qui cherche un peu de réconfort.
- Merci d'être là pour moi Priam, soufflai-je en fermant les yeux, pour que le sommeil me prenne.