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C'est de bonne heure que je m'étais réveillée ce matin. Il devait être six ou sept heures, j'avais plutôt mal dormi, alors que par habitude, la présence de Priam m'apaisait. Je m'étais donc extirpée du lit, sur la pointe des pieds, pour chercher du réconfort dans un petit déjeuner bien chaud, histoire d'oublier mes tracas nocturnes.
Sauf que ce sont des rires discrets dans la cuisine qui me sortirent de ma torpeur, et dans ces voix, je reconnu distinctement celle de Athénaïs, ainsi que celle de Daren, son mari.

 

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- Bonjour, fis-je à voix basse en passant dans la pièce, tout en remarquant que Ath' était assise sur les genoux de Daren.
- Bonjour Mélie, me dit-elle en souriant. Priam t'as foutue dehors ?
- Je me suis réveillée, et je n'arrive pas à me rendormir. Je suis venue prendre mon petit déjeuner.
- Je t'en prie, me fit Daren en souriant, tu connais la maison.
- Oui, merci.

 

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Tandis que je m'installai devant la machine à café, bien résolue à boire celui-ci bien noir, pour me remettre les pendules à l'heure, je sortis d'un traite :
- Ath', je peux te parler s'il te plait ?
- Euh, oui, dit-elle visiblement étonnée. Qu'est-ce qu'il y a ?
- Daren ? fis-je en me retournant. Ça t'embête que je lui parle seule à seule ?
- Non, je vous laisse les filles, dit-il en se levant avant d'embrasser Ath' sur la tempe.

 

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Une fois Daren parti, je m'installai à table, juste en face d'elle. Et je n'étais pas vraiment à l'aise dans mes baskets. Il fallait pourtant que je profite que personne d'autre n'était levé pour lui en parler, je suppose qu'elle ne s'étale pas sur ce sujet.
- Alors, qu'as-tu à me dire de si secret ? dit-elle en riant.
- C'est .. pas facile à demander, avouai-je.
- Ah ?

 

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- Maman m'a parlé de Papa, dis-je en détournant le regard, pour ne pas voir une éventuelle réaction. Et je ...
- Elle t'a parlé de moi, je suppose ? dit-elle sur un ton un peu plus sec.
- Oui. De ta première rencontre avec lui, même si elle n'y a fait que allusion... Mais je ...
Les mots restaient coincés dans ma gorge, n'osant pas sortir pour me mettre face à la vérité.
- La première fois que j'ai vu Aaron, il avait quinze ans, me dit-elle.
Je tournai alors la tête, et la regardai.

 

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Elle avait posé son menton dans une de ses mains, et regardait par la fenêtre.
- Et moi, j'avais trente et un ans. A cette époque, je n'étais pas stable, psychologiquement, socialement, financièrement. Et je ne sais pas si tu peux comprendre ma détresse à cette époque. Je touchais le fond, et le peu d'argent que je gagnais, je le dilapidais dans le tabac, l'alcool, un peu de drogue... J'étais un véritable déchet. Et ... un soir, alors que je n'avais pas trouvé une goutte d'alcool, le moindre gramme de tabac, je l'avais vu, ce petit rouquin au visage fermé, vêtu d'un short seulement.

 

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- Par curiosité, je m'étais approchée. J'avais remarqué cette longue cicatrice rougeâtre qui parcourait son torse, qui ne semblait pas due un accident. Quand je lui ai demandé ce qu'il faisait ici, il m'a énoncé ses tarifs d'une voix monocorde, sans aucune vie. Je n'ai pas réfléchi très longtemps, j'avais de l'argent, et je voulais trouver un moyen de me faire du mal. Et je l'ai payé.
Je fermais aussitôt les yeux et déglutit bruyamment, ne comprenant pas comment elle avait pu faire ça, à un gamin, plus jeune que moi.
- C'est vrai alors ?

 

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- Malheureusement, oui. J'ai payé ton père à l'époque où il se prostituait. Ça avait été la seule fois. Quand je suis partie de la chambre d'hôtel, je me sentais dégueulasse, je n'avais pas réalisé ce que je faisais, mais il a fallut que je croise son regard tandis qu'il se rhabillait, alors que je fermai la porte derrière moi. Ce regard froid, sans expression. Je m'étais servie d'un gosse qui n'avait rien demandé pour que je me sente mieux. Et j'ai voulu me reprendre en main, et j'ai rencontré Daren, quelques mois plus tard. Je suis tombée enceinte très vite,et  on a décidé de le garder malgré tout. Il me fallait une situation stable, et je pensais qu'un enfant me rendrai plus responsable.

 

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- Et après ? insistai-je alors qu'elle était arrêtée.

- Mais pendant longtemps, je n'ai pas pu regarder Daren dans les yeux, avoua-t-elle. Lui dire que je l'aimais alors que j'avais été un monstre auparavant, que j'avais profité de la faiblesse d'un gamin, qui ne faisait très certainement pas ce travail par envie, ou de son propre chef.
- Tu lui as dit ? osai-je demander.
- Non. Il ne sait pas ce que j'ai fait avec Aaron. Il croit que c'est une connaissance, dont je me suis rapprochée. Je préfère oublier cette partie de mon passé. Il sait juste que j'ai vécu une passe difficile. Je suis mère à présent, j'ai des devoirs, et je ne dois plus regarder en arrière.
Je ne disais rien, et décidai de détourner le regard, chamboulée par ce qu'elle venait de m'avouer.

 

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- Je te répugne ? me demanda-t-elle.
- Euh .. je ...
- Tu peux tu sais. Je me répugne moi même. Parce que j'aime énormément ton père, il était un ami pour moi, même si devais l'énerver à longueur de journée. Enfin, je suppose que Heaven te racontera tout ça, elle me semble bien partie.

 

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Des larmes roulèrent finalement sur mes joues, sans que je puisse les empêcher.
- Mélie, souffla Ath'. Il ne faut pas pleurer, je suis convaincue qu'il veut te savoir souriante de là où il est.
- Je ... c'est trop pour moi. J'aurais jamais lui demander de me parler de lui, la curiosité est vraiment un vilain défaut.
- Mélie, calme-toi, me dit-elle en se levant, avant de m'encercler de ses bras.

 

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- Ne dis pas ça Mélie...
- Qu'est-ce que tu peux savoir ? Moi, tout ce que je veux, c'est mon père. Et tout ce que j'apprends, c'est qu'il a eu une enfance plus que difficile, qu'il était gravement malade, et qu'il n'a même pas cherché à se battre, même pas pour moi. Il me voulait, oui ou merde ?
- Avant de faire ton propre jugement sur Aaron, écoute ce que ta mère a à te dire. Parle avec ceux qui le connaissait. Tu verras qu'il n'était pas la même personne aux yeux de tous.
- Et pour toi, il était quoi ?

 

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Elle s'assit sur le rebord de la table, un sourire nostalgique dessiné sur ses lèvres.
- Il était à la fois mon petit frère et mon meilleur ami. J'adorais l'embêter, malgré notre grande différence d'âge, je me comportais comme une gamine avec lui, et j'essayais de le faire sourire. J'écoutais quand il me jugeait trop frivole, et Priam l'adorait gamin.
- Il a pas su me parler de lui.
- En même temps, il n'a aucun souvenir de son enfance, comme tout le monde. Alors, arrête de ruminer.
- Je vais essayer, fis-je, résolue.
- Ton père était quelqu'un de formidable, et il était très courageux, même si beaucoup le traite de lâche, me dit-elle. Parce que faire le choix de mourir n'est pas une preuve de faiblesse, surtout venant de ça part. Tu le découvriras pas toi même.
- Ath ...

 

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- Je me disais bien que j'avais entendu ta voix, fit Priam tout en baillant alors qu'il passait la porte. Tu me fuis ?
- Nan, je dormais plus, lui répondis-je en faisant abstraction de ce que m'avait dit Ath' juste auparavant.
- Ouais, c'est ça.
Il passa rapidement près de Ath' avant de l'embrasser sur la joue, tout en lui disant un petit "lut m'man", avant de se diriger vers la machine à café, pour se servir.
- Bon, je vous laisse les jeunes, sourit Ath' en sortant.

 

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- Et voilà, encore seuls, lâcha Priam en s'installant en face de moi.
- Ca te déplait ? grognai-je. Je me disais bien que tu ne me supportais plus.
- Genre. Tu sais que je t'adore moustique.
- Et le moustique te déteste.
- Tu vas voir.

 

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En un quart de seconde, il se rua sur moi, avant de m'agresser en me chatouillant, ce mec est un irrécupérable. Mais au moins, je souriais comme avant.
Mes cris percèrent dans la maison, et je vis Sean débarquer, le visage endormi, suivit par Rob, un peu plus lucide, mais pas plus, avant que nous éclatâmes tous les quatre de rire.

 

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Je voudrais changer des aspects de ma vie, mais ça, je ne le changerais pour rien au monde. Parce que c'est grâce à Aaron qu'aujourd'hui, j'ai tout ça. C'est grâce à lui que je suis là, que Priam, Sean et Rob font partie de ma famille, que Maman a retrouvé le sourire, et que tout le monde parle de lui comme s'il n'étais jamais parti.
Parce que finalement, aujourd'hui, je lui dois beaucoup, et plus que la vie.
Papa ... me voici. Je me sen prête à tout entendre. 

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