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Georg n’avait pas passé la nuit la plus calme de sa vie.

Il n’avait pourtant pas décidé de sortir, d’aller faire la fête avec ses nouveaux amis imaginaires. Il en était encore bien loin à vrai dire. Le jeune homme était encore dans l’étape « découverte » de sa nouvelle vie en France, et préférait plutôt jouer les touristes que de faire le tour des lieux de convivialité pour rencontrer de nouvelles personnes. Il aurait tout le temps de le faire quand il aura rejoint les bancs de l’université. Ce n’était donc pas sa nouvelle vie sociale qui était la cause de ses cernes ce matin-là.

 

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Ni son ancienne vie sociale. Depuis qu’il était arrivé, il avait reçu deux appels de sa sœur et un de son meilleur ami. Visiblement, ils étaient tous trop occupés pour trouver dix minutes de leur temps pour aller aux nouvelles de Georg. Quant à ses parents … en réalité, ils l’avaient appelé. Ils essayaient du moins, plusieurs fois par jour les premiers jours. Et réalisant que leur rejeton ne leur répondait pas, ils avaient finalement abandonné. En plus du départ de Georg, l’indifférence que leur fils leur portait désormais ne faisait creuser qu’un peu plus le fossé dans le foyer des Mayers. Mais le jeune homme n’était plus à ça près. Il n’avait pas envie d’essayer de le combler, ou d’arrêter le massacre. Il n’en avait même pas la force. La blessure était encore trop profonde à ses yeux.

La raison de ses cernes était beaucoup plus prosaïque, terre à terre. Le voisinage. Georg avait en effet emménagé dans un appartement au troisième étage d’une résidence de douze appartements, et deux de ses voisins étaient non seulement rentrés tard, mais avaient en plus fait du tapage dans le bas de l’immeuble.

 

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Il était alors sorti sur son balcon, pour expliquer le plus calmement du monde à ces personnes fort peu civilisées que passé une certaine heure, ils étaient priés de rentrer chez eux en silence. Il se pencha alors, jeta un œil dans la rue éclairée par les lampadaires. Et il les vit, juste en dessous de lui. Un couple. Un homme et une femme, aux cheveux bleus.

- Tu ne veux pas marcher comme tout le monde ?

- Je veux pouvoir te parler en te regardant dans les yeux. Et je te signale que je me suis prise le mur dans le cul, et que je vais avoir un bleu. Alors te plains pas.

- Je m'abstiendrai de toutes remarques, mais tu me tends une perche très facile.

 

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Alors qu’il ouvrait la bouche pour pousser un hurlement qui allait réveiller le reste de l’immeuble, il se stoppa, intrigué par ce couple au milieu de la rue. Lui semblait plutôt banal, assez grand, un mètre quatre-vingt probablement, une musculature plutôt carrée et brun. Elle par contre détonnait dans le décor, et ce n’était pas seulement dû à la couleur particulière de ses cheveux. Même à dix mètres au-dessus d’eux, il arrivait à percevoir une aura un peu particulière. Cette fille n’était pas ordinaire. Ou si elle l’était, elle ne se croyait pas ordinaire. Elle avait cette façon particulière de se tenir debout, d’emplir l’espace de sa présence, annihilant presque celle de celui qui l’accompagnait qui était pourtant beaucoup plus imposant qu’elle. Il en mettrait sa main à couper, elle était chanteuse.

 

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- Grimm, t'es bourré. Dis-moi des trucs pas respectables …

- Il n'y a pas que le mur que ton cul va se prendre ce soir. Je connais quelqu'un qui irait bien y faire un tour …

Georg esquissa un sourire amusé. Estimant qu’il en avait assez entendu, et voyant qu’ils prenaient la direction du hall de l’immeuble, il se releva de son balcon et s’étira un moment, laissant à la fraîcheur de la fin de l’été le soin de l’envelopper. Il frissonna un instant puis retourna dans sa chambre.

 

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Une fois dans la pièce, il regarda le réveil. Trois heures treize du matin. Il allait clairement avoir du mal à s’endormir après ça. Il se laissa alors tomber sur son lit, et attrapa un roman qui trainait au pied de son lit. Il aurait préféré sa guitare, mais il ne valait peut-être mieux pas pour lui qu’il essaie et se risque de réveiller les quelques rares habitants qui n’avait pas été réveillés par la chanteuse aux cheveux bleus et son compagnon.

 

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Il n’avait pas fermé l’œil de la nuit. Incapable de se rendormir, il avait poursuivi la lecture d'un roman en ligne jusqu’au matin, appréciant le lever du soleil depuis la fenêtre de sa chambre. Et il serait bien resté allongé dans son lit pour poursuivre les aventures trépidantes des personnages de l'histoire, si son estomac ne s’était pas rappelé à lui en émettant un borborisme assourdissant. Georg posta alors d’instinct sa main sur son estomac.

- Je crois que j’ai compris, café.

 

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Il repoussa son ordinateur et se leva, profitant pour s’étirer. Il sortit de la chambre en traînant des pieds pour rejoindre la cuisine, slalomant entre ses affaires pas tout à fait déballées et pas tout à fait rangées. Sur le chemin il prit son téléphone portable, posé sur son bureau, et vérifia l’heure. Dix heures bientôt, soit quatre heures à Houlton. Il ne risquait pas d’être dérangé si vite. Il se servit alors une large tasse de café noir, attrapa un petit pain dans la panière et alla s’installer dans son canapé, devant la télévision qu’il alluma sur une chaîne d’information.

 

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Il n’était pas spécialement friand de toutes ces choses, les journaux télévisés n’annonçaient à ses yeux que problèmes sur problèmes. Mais c’était le seul programme français qui avait un intérêt pour lui en ce moment : il pouvait entendre parler français de façon correcte, du moins il l’espérait, et c’était soit ça, soit les émissions infantilisantes telles que les Ch’tis à Pétaouchnok ou les Marseillais sur la Lune. Et il tenait encore à son cerveau, cela va sans dire.

Sa matinée passa plutôt tranquillement. Il naviguait entre son canapé, sa cuisine, son bureau, sa chambre, le salon à nouveau, pour finir de ranger ses affaires, tout en laissant la télévision allumée, pour essayer de s’imprimer au maximum de la langue française, même s’il n’écoutait que d’une oreille. S’il pouvait au moins obtenir la bonne prononciation des mots pour ne pas passer pour le premier des demeurés, ce serait plutôt une réussite.

 

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Alors qu’il terminait de ranger ses dossiers sur son bureau, une vidéo apparut sur son fil d’actualité qu’il avait laissé ouvert sur son ordinateur. La vidéo qu’il avait vu avant de partir pour la France, celle mise en avant par sa future école pour promouvoir les arts dans leur établissement. C’était un extrait d’un concert d’un groupe local nommé Alive! dans la salle de spectacle de la ville, le Rock Sane. Il écarquilla les yeux. La chanteuse. C’est celle qu’il avait vu hier soir, non ? Il ne pouvait pas y avoir des mille et des cents des personnes avec les cheveux bleus dans cette ville quand même. Il habiterait dans le même immeuble qu’elle ?

 

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Il laissa défiler la vidéo. Le caméraman s’attarda sur chacun des membres du groupe, et quand il s’arrêta sur le batteur, il en était désormais persuadé : c’était l’homme qu’il avait vu hier soir avec la fille aux cheveux bleus. Il se repassa la vidéo en boucle, voulant en être sûr, mais il se demandait bien quand même ce que ça allait lui apporter. Il est vrai que cette vidéo avait fait partie des éléments déterminant pour que GK vienne vivre ici, à Bergerac – poussé aussi par Camille qui connaissait la ville de nom, ayant un ami y vivant. Mais qu’est-ce qu’il cherchait ? Rejoindre ce groupe ? Il ne fallait pas abuser non plus.

Mais d’un autre côté, il était irrémédiablement attiré par l’aura de cette jeune femme aux cheveux bleus. Elle dégageait quelque chose. Du talent ? En tout cas, quelque chose qui donnait envie à Georg de se replonger d’autant plus dans sa musique.

 

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Son téléphone vibra juste à côté de lui et le sortit de ses songes. Il tourna la tête vers celui-ci et s’arrêta un instant quand il vit le nom qui s’affichait : Emma. Son sang ne fit qu’un tour. Sa petite amie, enfin ex-petite amie devrait-il plutôt dire, était en train de l’appeler à l’instant. C’était inconcevable après la scène qu’elle lui avait fait quelques semaines plus tôt, quand il lui avait annoncé qu’il partait.

Une sonnerie. Deux sonneries. Trois sonneries.

Il se précipita sur son téléphone avant la quatrième sonnerie, et il décrocha.

- Emma ?

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