
- Je cherche mon carnet de notes, fit une voix masculine que je ne reconnu pas immédiatement, mais peu importe, je soupirai de soulagement, enfin, si on peut dire. J'avais quand même un petit pincement au cœur de voir qu'elle n'était pas venue me voir.
- Ah oui, tu l'as laissé dans la salle, entre, je vais te le chercher, poursuivit Heaven avant de revenir vers moi, avec, à ses basques, Ulyss.

- Salut Aaron, me dit-il en approchant, bien que méfiant.
C'est sûr que vu comment je lui ai parlé la dernière fois, il avait intérêt à être sur ses gardes, s’il ne voulait pas finir avec un bras en moins.
- Salut, répondis-je en levant la tête dans sa direction.
Visiblement, ma réponse l'étonna et il n'ajouta rien de plus, ce qui m'amusa un peu.
- Bah, assis toi, lui dis-je. Je vais pas te manger, je suis pas cannibale aux dernières nouvelles.
- Ah, oui, merci, fit-il attrapant un tabouret et le poser en face de moi.

- Alors, comme ça, t'es le binoclard avec la frange tout renfermé de l'orphelinat ? demandai-je pour lancer la conversation, et m'occuper un peu.
- Ouais, c'est ça, ça ne m'étonne pas que tu te rappelles pas de moi, vu que dès que tu venais un peu, tu n'avais d'yeux que pour elle, ajouta-t-il d'un ton moqueur en pointant la salle où Heaven se trouvait.
- J'allais pas parler à un binoclard introverti qui passait ses journées dans son album de timbres non plus ...
- Aaron ! lâcha Heaven en se rapprochant de nous.

- Quoi Aaron ? Je sais comment …
- Tu t’appelles, je sais, me coupa Heaven en approchant avant de tendre le carnet à Ulyss, et de se rasseoir à côté de moi, sous les rires d’Ulyss, visiblement amusé de ma petite altercation avec ma meilleure amie.
- Quoi ? T’as quoi à te marrer dans ta barbe espèce d’imbécile !
- Calme-toi Aaron, soupira Heaven.

- De toute façon, je ne vais pas rester plus longtemps, nous dit-il. Comme t’es occupée, et que j’ai récupéré mon carnet, je vais filer. On se revoir lundi en cours.
- Euh, oui. Bon weekend Ulyss, ajouta-t-elle d’un ton trop étrange pour que je n’y prête pas attention.
Ils se levèrent tous les deux, Heaven le raccompagnant pour refermer la porte derrière lui, et je tendis l’oreille, à l’affût de n’importe quoi qu’elle pourrait dire d’intéressant. Comment ça je suis curieux ? Ça ne va pas la tête !
Finalement, je n’entendis que des « au revoir » de leur part à chacun avant que Heaven ne se rasseye à côté de moi.

- Alors comme ça, tu n’as vu Ulyss qu’au lycée ? ris-je en espérant la faire rougir, ce qui marcha puisqu’elle piqua un fard monstrueux. Et ça se dit ma meilleure amie, ralala.
- Arrête, souffla-t-elle.
- Pourquoi t’es toute gênée d’un coup ? C’est pas dans ton habitude.
- J’avoue, il m’a raccompagnée hier à la sortie de cours, et on a bossé notre devoir de maths ensemble, c’est tout.

- C’est tout ? insistai-je, rieur.
- Oui, monsieur l’inquisiteur espagnol. Que je sache, tu me dis pas tout non plus, hein ?
- Quoi ? m’étonnai-je, en faisant l’innocent.
- Fais pas celui qui n’a rien compris Aaron, me prends pas pour une bille. Tu as fait quoi hier, après t’être barré du lycée ?
Lassé, je soupirai de me rendre compte que j’avais bien joué à l’imbécile, mais je ne céderais pas, rien à battre.

- Je l’ai vue … tu sais … « Laura », continua-t-elle.
Oops.
- A la sortie des cours, je peux même te dire qu’elle était habillée d’un débardeur vert et noir, d’un baggy clair et de baskets. Je me trompe ?
Agacé de m’être fait percé à jour, je détournai le regard, pour éviter toute autre accusation, parce que je sentais qu’elle allait continuer, partie comme elle l’était.
- Elle te cherchait apparemment, elle s’était mise à discuter avec Cathe-Line. D’ailleurs, tu l’as rencontrée où elle ?
- Et après, c’est moi l’inquisition espagnole, ironisai-je.

- Tu ne me cachais jamais rien Aaron. Tous tes amis, je les connais, ce que tu fais de tes journées, tu me le disais toujours, comment veux-tu que je le prenne quand je vois qu’une fille qui m’est totalement inconnue au bataillon se mette à t’appeler en plein milieu d’un cours, ou que ta « Laura » que tu m’avais dit ne plus avoir vu depuis des semaines se repointe au lycée ?
- Ok, j’avoue, je t’ai pas tout dit. J’ai rencontré Cathe en boite de nuit jeudi soir dernier, j’y étais avec Méré, et pas Laura s’il te plait, et elle nous a accosté, fin de l’histoire.
- Toi ? En boite de nuit ? s’estomaqua-t-elle.
Je crois que j’aurais mieux fait de me taire moi.

- Euh, oui.
- Attends cinq minutes … jeudi, c’était ma soirée mexicaine, tu devenais revenir après avoir ramené Davon !
- Oui, je sais, je plaide coupable, mais je n’avais pas l’intention de revenir non plus, je voulais réfléchir à ta réaction, et je suis tombé sur Méré et elle m’a traîné en boite, on va pas se dispute pour ça.
- Tu m’as posé un lapin pour cette punkette à trois centimes ?! commença-t-elle à s’énerver.
-Oui, et si t’es pas contente c’est pareil.

Je ne voulais pas de nouveau me disputer avec elle, c’est pas pour ça que je suis venu moi.
- Désolé, fis-je finalement. Je voulais pas te balancer ça comme ça. Tu me pardonnes ?
- Mouais, on oublie. Mais me cache plus rien comme ça Aaron, j’ai vraiment cru que tu reviendrais plus après notre … « dispute ».
Et c’est le bruit de quelqu’un qui frappa à la porte qui nous interrompit, à mon plus grand soulagement.
- C’est ton nouveau, il a oublié son cerveau, fis-je en riant, m’attendant à ce que ce soit Méré qui soit derrière la porte.

- C’est ton frère, lança-t-elle en revenant vers moi, Raise sur ses talons.
Dommage, soupirai-je intérieurement avant de me rendre compte qu’on était en plein milieu d’après midi, et qu’elle avait tout son temps pour venir encore, il me fallait juste être patient.
- Tu fichais quoi ? me demanda mon frère en s’installant à la place d’Ulyss quelques minutes plus tôt.
- Hein ?

- Deux ! Je t’ai pas vu depuis hier midi, tu as décidé de t’enfuir ? rit-il.
- Me suis fait héberger, fis-je simplement sans vouloir m’attarder plus longtemps.
- Par « Laura », c’est ça ? ré-attaqua Heaven.
- Meredith, et oui. Ça te gêne ? Tu sais que je me fais héberger ou je peux.
- Oui oui, je sais. Sinon les garçons, vous restez avec moi le reste du week end ? nous supplia-t-elle.

- Je n’y vois aucun inconvénient, lui répondis-je. Tu m’héberges jusqu’à ce que tu en aies marre de moi.
- J’ai jamais marre de toi, tu le sais bien.
- Attention ! Déclaration d’Heaven Fewser à l’égard d’Aaron Hart, comment va réagir notre chieur national ? s’amusa aussitôt Raise.
- Ta gueule, grognai-je.
- Et il a grogné ! continua-t-il avant que je lui saute dessus en riant.
- Tu vas voir toi !

- Bon, Raise, reprit Heaven, amusée de notre bagarre de frères, tu restes aussi ?
- Bien sûr, laisse moi me débarrasser de ce rouquin à trois centimes avant.
- Tu vas voir ce qu’il te dit le rouquin à trois centimes ! rétorquai-je.
- J’ai hâte de voir ça !
Finalement, c’est de cette manière que se passa notre après midi, sans l’ombre de Meredith, ni le samedi …