
Team Dantifrice ♥ - Génération X
Une nouvelle fois, Xander avait préféré rester chez lui plutôt que d’accompagner ses parents et sa sœur. Ces derniers avaient choisi de profiter de leur week-end pour aller faire un peu de tourisme. Ils avaient bien entendu invité leur fils aîné, mais celui-ci avait gentiment décliné. Il n’était pas forcément très fan de l’idée de partir en week-end avec ses proches. Il préférait plutôt l’idée de rester tranquillement chez lui, devant son ordinateur, à gribouiller. Et puis, comme ça, il pouvait apprécier le calme de la maison de ses parents, sans entendre Chloé hurler à tout va. A quelques semaines du déménagement, c’était plutôt pas mal.
D’ailleurs, il avait raccroché il y a quelques minutes d’avec Robbie Taylor, son futur colocataire. Ils devaient absolument visiter l’appartement avant de signer le bail, et celui-ci lui proposait qu’ils aillent le week-end prochain sur Houlton pour le visiter, et faire un peu de tourisme universitaire. N’y voyant aucun inconvénient, il avait accepté et s’organisait pour ce séjour. C’est donc entre deux gribouillages qu’il dégotta son billet de train, un logement et tout ce qui était nécessaire pour visiter sa ville de destination, ou d’origine. Tout dépendait du point de vue.
Son téléphone se mit à danser tout seul sur son bureau. Il l’attrapa alors, eut un petit sourire en voyant le nom de son correspondant et décrocha alors.
- Salut Kellan !

Il fut accueilli par un silence un peu lourd qui le fit paniquer un instant. Il était fâché ? Pourtant ils s’entendaient bien la dernière fois. Il essaya de se rappeler leur dernière entrevue, et il rougit aussitôt. Ça ne s’était pas aussi bien que ça ! Il avait indirectement insulté Kellan quand celui-ci lui avait révélé sa bisexualité. Et là, il n’avait qu’une envie de se terrer dans un trou de souris.
Finalement, de l’autre côté du combiné, un rire spontané lui répondit. Il se moquait de lui et de sa connerie ? Quelqu’un venait de lui raconter une blague ? Ou pire, Kellan avait raconté la situation à un de ses amis et ils se foutaient de sa gueule ?!
- Hey Xan’. T’es de bonne humeur dis donc.
Xander hocha la tête, la timidité s’étant de nouveau emparé de lui. Puis il réalisa qu’ils n’étaient pas l’un en face de l’autre et qu’il ne risquait de pas de le voir acquiescer. Quel débile. Il répondit alors un timide « ça va », n’osant pas en répondre plus.
- Ça tombe bien. Tu descends ? Il fait super chaud et j’aurais bien envie d’un café glacé.

Xander écarquilla les yeux puis se leva à toute vitesse de son siège pour traverser le couloir et se précipiter à la fenêtre de la chambre de sa sœur. Et en effet, il était là, au milieu de la cour, en jogging et tee-shirt, et il avait l’air d’avoir couru un marathon sous ce cagnard.
- Qu’est-ce que tu fais là ? T’es sérieux ?
- Bah ouais. Ce n’est pas mon sosie dans la cour. Alors, tu me l’offres ce café glacé ou tu préfères me laisser mourir de chaud sur ton bitume ?
Xander raccrocha alors son téléphone et le rangea dans la poche arrière de son pantalon. Très rapidement, il se regarda de haut en bas. Bon, au moins, il n’était pas en pyjama, c’était déjà ça. Non, mais pourquoi il faisait ça déjà ? C’est Kellan ! Il s’en fout bien de sa tenue, c’est juste un pote.
Il descendit alors les escaliers et se retrouva dans le hall. Une dernière respiration et il ouvrit la porte d’entrée. Kellan s’était entre temps rapproché de la porte en quête de fraîcheur et c’est avec un grand sourire qu’il salua Xander de manière plus conventionnelle.

- Je peux savoir ce que tu fais là ? lui répéta alors Xander, tout en empêchant l’accès de la maison. Tu ne vas pas me dire que tu passais par là par hasard.
- Et bien, je ne le dirais pas.
Xander leva les yeux au ciel et se décala pour laisser Kellan entrer dans la maison. Il le suivit jusque dans la cuisine. Xander posa son téléphone plus loin, puis s’approcha de la cafetière automatique et s’arrêta juste quand il allait y mettre une capsule à l’intérieur.
- Attends … Comment tu sais que j’ai du café glacé ? On a la machine depuis trois jours.
Pour seule réponse, Kellan grimpa sur le comptoir pour s’y asseoir et agita son téléphone devant lui, avec un petit sourire taquin. Qu’est-ce qu’il essayait de lui faire comprendre à la fin ?
- Ta sœur m’a dit que tu étais là, seul et perdu, tout le week-end et tu devais t’ennuyer. Donc elle m’a gentiment invité à passer, si jamais je faisais un petit jogging par ici, pour prendre un café glacé avec toi.

Il reposa alors son téléphone sur le comptoir et se pencha vers lui pour le regarder de plus prêt.
- J’ai donc mis ma super tenue de course, et j’ai couru pour mériter mon café glacé. Et voilà comment je me retrouve assis sur le comptoir de ta cuisine sous ce soleil dévastateur à réclamer un café glacé.
- T’es sans limite, dit-il dans un sourire.
Il s’occupa alors de préparer le café de Kellan, tout en évitant de le regarder. De toute façon, il voyait bien que le blond ne le quittait pas du regard. Du moins, il le sentait. Comme si sa peau lui brûlait là où les yeux de Kellan se posait.
A vrai dire, il ne se posait plus trop la question au sujet de Kellan. Il avait fini par conclure lors de leur après-midi au plan d’eau que non seulement son ami était bi – bon, il lui avait légèrement dit lui-même – mais qu’il l’intéressait, et pas qu’un peu. D’ailleurs, Kellan ne s’en cachait plus vraiment, jouant sur la limite entre flirt et amitié. Et Xander s’en fichait. Il avait dit à Kellan ce qu’il en pensait, qu’il n’était pas gay et il s’en contenterait.

Mais d’un autre côté, cela faisait quelques jours que cette discussion lui tournait en boucle dans le cerveau. Que les mots de Kellan ne lui sortaient pas du crâne. Il ne lui avait pourtant dit qu’une vérité absolue que personne ne pouvait réfuter, mais ça lui avait enlevé un poids de la poitrine « être gay, ce n’est pas une tare, ni une maladie ».
Il termina le café glacé de Kellan par automatisme et le lui tendit, la tête toujours perdue dans ses pensées. Il n’arrivait pas à mettre précisément un nom sur ce que lui avait dit Kellan. Cela s’apparentait à du soulagement. Mais soulagement de quoi ? Il le répétait constamment : il n’était pas gay. Ni même bi. Enfin, il avait Charlie et ça se passait bien. Enfin, ça se passait quoi. Il n’a jamais été révulsé à l’idée de coucher avec elle par exemple.

- Ça, c’est juste une réaction physiologique à l’idée d’un rapport imminent. C’est tout.
Kellan porta le café à ses lèvres, gardant son calme olympien. Et Xander écarquilla les yeux si fort qu’il eut l’impression que ses globes oculaires allaient sortir pour prendre des vacances. Il avait parlé à voix haute ou quoi ? C’était la honte assurée.
- Non ? Ce n’est pas à ça que tu pensais ?
- De ... ?
- Tu n’es peut-être pas très bavard, mais on peut lire sur ton visage le combat interne que tu es en train de mener. Et si je ne suis pas mauvais avec ça, je pense que tu te disais, avec plus ou moins d’exactitude « comment je pourrais être gay alors que je bande quand je vois ma meuf à poil ? » et moi je te réponds « c’est une réaction physiologique à l’idée d’avoir un rapport ». Rien à voir avec les sentiments, l’attirance et tout ça.
Xander rougit de plus belle et baissa la tête. Alors, non seulement il avait parfaitement su lire dans ses pensées, et en plus, ça ne le gênait clairement pas d’en parler ouvertement, et crûment en plus !
- Désolé, je suis peut-être allé trop loin dans la discussion.

Kellan reposa son café sur le comptoir et descendit de celui-ci pour se tenir debout devant Xander, et essayer de poursuivre la conversation dans un cadre un peu moins condescendant. Ce n’était pas tout de faire réaliser à Xander qu’il n’était peut-être pas dans la meilleure relation de la Terre, il valait peut-être mieux le mettre en confiance s’il voulait en parler. Et debout face à lui semblait être une meilleure option.
- Juste que … le peu que tu m’aies parlé de Charlie, j’ai du mal à croire votre histoire. Je me trompe peut-être, mais à chaque fois que tu dis qu’elle va venir sous peu, tu tires la tronche. Visiblement, c’est la réaction d’un mec qui n’en peut plus de sa meuf. Et dans la discussion suivante, tu dis que tout va bien avec elle. Donc, je me suis permis de supposer que tu ne restais pas avec elle de gaieté de cœur, qu’il y avait autre chose. Je chauffe ?
Xander acquiesça finalement. De toute façon, il n’avait plus vraiment de raison de s’en cacher maintenant. Ça faisait des mois qu’il disait à Emilien qu’il voulait plaquer Charlie. Et à chaque fois qu’il en avait l’occasion, elle lui détournait l’attention et il finissait par se dire que leur relation était probablement normale. C’est juste qu’il ne savait pas l’apprécier.

- Je me dis simplement que ce n’est pas juste pour elle. Elle n’a rien fait pour que je la repousse.
- Bah si tu veux attendre qu’elle te trompe, accroche-toi longtemps. Car elle a l’air accro. Tu la plaques et tu n’en parles plus. T’enlises pas là-dedans au prétexte que c’est mieux pour elle. Ce n’est pas mieux pour elle : tu lui mens en lui faisant croire que tu veux rester avec elle. Et puis, tu y verras peut-être plus clair si tu n’as pas à penser à elle alors que tu cherches des réponses à ton sujet.

Kellan se tourna alors pour récupérer la tasse et il fit un pas de côté pour éviter Xander. Il rinça sa tasse et la déposa sur le bord de l’évier. Xander n’avait pas bougé, et tout un tas d’idées défilèrent dans sa tête. Il avait raison. Il avait mille fois raison. Quatre ans bientôt qu’il était avec Charlie et qu’il avait l’impression de s’enliser dans cette histoire. Il ne pouvait plus rester comme ça. Il ne pouvait pas se permettre, alors qu’il entamait de longues recherches sur son passé, de penser à quelqu’un d’autre qu’à lui. Il devait d’abord réussir à se poser avec lui-même.
- Bon, je vais rentrer. Merci pour le café, et désolé pour avoir relancé la conversation sur le sujet. Promis, la prochaine fois, on parle musique ou dessin ou jeux-vidéos.
Alors que Kellan allait se diriger vers la sortie de la maison, Xander s’empara alors d’un pan de son tee-shirt pour l’empêcher de partir. Il releva la tête vers lui, et plongea son regard directement dans ses grands yeux bleus. Il aurait presque envie de s’y noyer.
- Merci. Je n’ai pas été le plus compréhensif. Mais merci de m’avoir fait ouvrir les yeux.
- Un plaisir.

Kellan se pencha alors vers Xander, approchant son visage du brunet. Xander se figea alors, incapable de bouger ou de quitter le regard de Kellan. Il sentait son souffle contre sa bouche. Il tentait de se le répéter, qu’il n’était pas gay. Il n’aimait pas les hommes. Et pourtant, une petite voix à l’intérieur de sa tête, un peu lointaine, comme un écho, lui murmurait « vas-y ». Et s’il sautait le pas ? Il risquait quoi ? Si ça lui déplaisait, au moins il pourrait prouver à cette petite voix qu’elle hallucinait, qu’elle se faisait des idées. Que ce qu’il prenait pour une vague attirance n’était que de la reconnaissance. Mais, et s’il aimait ça ? Elle ferait quoi la petite voix ?
- Tente pour voir, lui dit Kellan qui décryptait une nouvelle fois son conflit cérébral.
Et il tenta.