
Parce que, selon elle, je devais avoir le moral dans les chaussettes suite à ma rupture non digérée d’avec Meredith, Heaven avait décidé de me prendre dans ses bras pensant me consoler et me faire dormir, sauf que c’est plutôt le résultat inverse qui s’est produit, puisque c’est elle qui s’est mise à me parler des ses tracas dans mes bras, et à s’endormir, toujours dans mes bras, me laissant donc seul éveillé dans la chambre suffocante.
Parce qu’après la pluie, voilà qu’un orage allait éclater dans la nuit.

De temps à autre, je la regardai dormir, avec ses petites mimiques, ses gestes brusques par fois, et ses paroles dans son sommeil. Parce qu’en plus, cette nuit, elle avait décidé de se mettre à parler, à me faire un genre de conversation solitaire, un petit monologue, qui m’occupait, étant incapable de dormir par une chaleur pareille.
- Maman … avait-elle finit par murmurer.

Intrigué, je tournai un peu plus mon visage vers elle, voulant voir les réactions de son visage, si elle cauchemardait, ou si elle faisait juste un rêve des plus classiques, et c’est la deuxième option que je vis, avec un petit sourire sur ses lèvres, comme une petite enfant.
Cela faisait déjà douze ans qu’ils étaient décédés. Douze ans qu’elle était seule au monde, sans famille, orpheline, mais qu’elle se battait.
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Amely et Luke étaient encore tous les deux jeunes quand ils ont eu cet accident de voiture, la petite trentaine, grand maximum, c’était après une soirée entre amis, il faisait nuit, et c’était Amely qui conduisait, parce qu’elle n’avait pas bu, à ce que l’on sait. Et une voiture, sortie d’on ne sait où, avait grillé un feu rouge à une vitesse folle, percutant de plein fouet Amely, qui mourut sur le coup, Luke à l’hôpital dans les heures qui suivirent. Aucune trace du chauffard, qui s’était finalement enfui en abandonnant son véhicule encastré dans celui des Fewser.
Cette nuit là, Heaven dormait à la maison. Mes parents étaient des gens respectables et respectés, c’était quelques mois avant ma première opération.
Et je me rappelle encore de la réaction d’Heaven ce matin là, quand Jose s’était accroupie en face d’elle, les yeux pleins de larmes, impossible à arrêter.

- Ma puce, tu seras forte hein ? Tu me promets de ne pas pleurer, d’accord ? lui avait-elle dit en lançant des regards perdus à Kreis qui était derrière elle, tenant Raise inconsolable dans ses bras, sachant qu’on avait été prévenus juste avant, Maman nous demandant d’aider Heaven.
- Pourquoi tout le monde pleure ? avait-elle demandé innocemment.
- Papa et Maman ne viendront pas te chercher ce matin ma chérie.

- Pourquoi ? Ils sont encore chez Adam ? Ils viendront demain, faut pas être triste pour ça, c’est pas grave.
- Ils ne viendront plus jamais Heaven, lui avait soufflé Jose, incapable de parler. Ils sont partis, au paradis ma chérie, tu sais, avec ta mamie.
- Mais, mais … ils devaient m’amener à l’école demain, Papa me l’avait promis, il a pas le droit de voir Mamie, il a pas le droit !
J’avais six ans seulement, mais certains souvenirs marquent plus que d’autres. Et ce dimanche matin là, je m’étais promis, petit garçon, de protéger Heaven, toujours, parce qu’on était meilleurs amis, croix de bois croix de fer, quoiqu’il arrive.
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Finalement, les yeux fermés, je commençais à lentement m’assoupir, jusqu’à ce qu’un tambourinement digne d’un éléphant effrayé par une souris ne me fasse ouvrir les yeux aussitôt.
Je percevais une voix, et doucement, je me dégageai des bras d’Heaven pour me lever, et arrêter ce massacre.

Je me levai donc, en jetant un coup d’œil à Heaven, toujours bercée par les bras de Morphée, avec ses petites mimiques, avant de quitter la chambre sur la pointe des pieds, tombant au passage sur un réveil, indiquant deux heures vingt sept du matin.
Il connaît pas l’heure le pachyderme surexcité ? Il va m’entendre, c’est moi qui vous le dis ! On a pas idée d’aller chez les gens au beau milieu de la nuit !

- Heaven !! hurlait-il alors que j’approchais. Pitié ! Réveille-toi !
A cet instant, je reconnus la voix de mon frère, visiblement paniqué. Et les circonstances devaient être graves pour qu’il tambourine en pleine nuit chez Heaven dont il était devenu moins proche depuis quelques temps.
Je me hâtai donc vers la porte, pour le faire terre, puis je l’ouvris et vis mon frère, le visage esquinté, encore, mais pire encore, une inquiétude grandissante dans le regard.

- Aide moi, me supplia-t-il.
- Tu es seul ? m’étonnai-je, sachant qu’il devait passer sa soirée avec sa petite amie. Où est Fayce ? Qu’est-ce qu’il s’est passé ?
- Elle a rien, c’est l’autre … qui va pas bien.
- L’autre ? m’enquis-je.
Finalement, je me décalai de la porte pour le laisser entrer avant qu’il ne s’écroule à moitié, visiblement, il s’était bien battu. Je me rapprochai alors de lui pour passer son bras sur mes épaules et nous diriger vers le salon.

- Qu’est-ce qu’il s’est passé ? demandai-je tandis que je nous traînais dans l’appartement.
- Il était là … le connard … Il m’a pris pour toi, comme si on se ressemblait à ce point là, il a commencé à m’insulter, insulter Fayce, j’ai pas résisté, je me suis rué sur lui.
- Et qui s’est pris le plus de coups dans la gueule ? demandai-je en l’aidant s’asseoir dans le canapé.
- A ton avis ? grimaça-t-il une fois installé.

- Lui, je suppose, éludai-je en prenant le direction de la cuisine afin de trouver un linge humide pour soigner ses plaies, bien que celle du front soit soignée, à mon plus grand étonnement.
- Ouais, mais sa bande m’est tombé dessus quand je sortais de la boite de nuit, c’est là que je m’en suis pris le plus, heureusement que Fayce était déjà partie.
- Et c’est elle qui t’a soigné la plaie du haut alors.

- Ouais, j’étais pas si amoché que ça finalement, dit-il avec un rire nerveux, c’est les autres qui me sont tombé dessus qui m’ont fait la peau bien comme il faut.
- Et par curiosité, demandai-je en m’approchant avec une bassine et un linge humide, contre qui tu t’es battu ?
- Le péteux qu’on a vu à la soirée de la punkette.

A ces mots, je me figeai.
Florian avait fait la peau à mon frère en croyant que c’était moi. Il ne me fallut pas longtemps pour comprendre qu’on s’était fait grillés Meredith et moi, et que bien évidemment, ce connard ne comptait pas laisser passer cette histoire.
- Je ne suis qu’un imbécile, fis-je en m’asseyant à côté de mon frère.

- Hein ? Attends, c’est moi qui fait une connerie et c’est toi l’imbécile ? J’ai loupé un épisode.
- Oui, c’est moi l’imbécile. Si ce type m’en voulait, c’est pas sans raison tu sais, il frappe pas pour le plaisir j’ai l’impression, bien que ça doit lui plaire l’idée de me faire la peau.
- Traduction ? me demanda-t-il, visiblement pommé.
Je me baissai, posant ma tête entre mes mains, réalisant la plus grosse bourde de ma vie.

- Je lui ai piqué sa copine, lui avouai-je. Elle l’a «trompé» avec moi, si on peut appeler notre micro-relation tromperie. Il a appris ce qu’il s’est passé pendant son absence, et a voulu me faire la peau, logique.
- Attends, tu as une petite amie ? s’étonna-t-il. Et toi qui me sermonnes pour Fayce, je retiens !
- Te la joue pas comme Heaven, ok ? J’ai déjà eu ma part, et en plus, merci de parler au passé, ça fait trois semaines que j’ai pas de nouvelles, fin de l’histoire.

Je tournai légèrement la tête et vis qu’il avait fermé les yeux, sa tête tombée en avant. Sûrement endormi, en un quart de secondes, ce qui ne m’étonne même pas.
Je décidais alors de me lever, de le positionner allongé avant d’éteindre la lumière et de rejoindre Heaven, demain sera une autre journée, où je vais devoir me préparer à revoir Florian.