
Cory nous avait appelés dans l’après midi, pour nous proposer un cinéma à quatre, et c’est sans rien dire de particulier qu’on a accepté, et me prendre l’air me faisait le plus grand bien après cette journée de fous. Méré était toujours vêtue de son tee-shirt vert, tandis que moi, je me coltinais une tenue plus … bourgeoise, résultat de mon mode grognon tout à l’heure. A savoir un tee-shirt marinière bordeaux, assorti d'un pantalon noir, d'une veste noire et de chaussures italiennes. Elle oublie si je m’habille comme elle l’a décidé, et c'est donc ce que j'ai été contraint de faire. C’est bien une fille, pas de doutes …

On rentrait tranquillement tous les quatre du cinéma, puisqu’il avait été prévu qu’on passe la fin de la soirée à l’appartement de Cory et Enzo, avant de filer, sur le coup de minuit, Meredith habitant à deux minutes à pied de chez eux. Méré me tenait par le bras, Cory et Enzo filant devant, et on arrivait enfin devant leur résidence, qui était le long d'une ruelle piétonne mal éclairée.
C’est alors que je plissai les yeux, pour voir, juste en face de moi, trois silhouettes, que je ne reconnu pas sur le coup, mais plus on en approchait, et plus j’étais sûr de leur nom, ou du moins de celui de l’un d’entre eux.

Florian.
Je me stoppai immédiatement, avant d’appeler Cory, qui s’arrêta. Je tournai la tête vers Meredith, visiblement, elle ne l’avait pas encore vu, mais je crois que cela ne saurait tarder puisqu'ils s'avançaient vers nous d'un pas lent. Et ne voulant pas lui provoquer une autre crise de panique quant au sujet de son ex petit-ami, je m'approchai d'elle et collai ma bouche près de son oreille.
- Méré, tu rentres tout de suite avec Cory et Enzo dans l’appartement, lui dis-je, mon timbre de voix se voulait serein.
- Hein ?
- Écoute moi pour une fois, lui lançai-je avant de m’adresser à Cory. Il faut vraiment que vous rentriez tous les trois.
- Et pourquoi pas toi ?
- J’ai un problème à régler, lui répondis-je en souriant.

Étonnés mais obéissants, ils montèrent tous les trois à l’appartement et je fus rassuré quand j’entendis la porte de l’appartement se refermer sur eux, ne me laissant plus qu'avec Florian et ses amis. Je regardai alors droit devant moi, et les trois silhouettes sortirent de l’ombre.

Je reconnus sans peine Florian, qui s’avançait avec un sourire hautain sur le visage, comme d’habitude. Il était vêtu d’un gros pull, et je ne comprenais pas vraiment l’utilité de ce genre de vêtements par une température pareille, puisqu'il avait fait une chaleur absolument étouffante toute la journée. Il était flanqué de deux autres hommes, un blond, que j’identifiais comme étant Julio, il était avec Florian le jour où j’avais revu Meredith, et le dernier, brun, avait les cheveux longs et portait une croix en argent, cependant, son visage ne me disait absolument rien.

- Eh bien le rouquin, on s’est fait beau pour sortir ? demanda Florian une fois posté en face de moi.
- Qu’est-ce que ça peut te foutre ? Tout ce que tu veux, c’est me faire la peau, et t’as même pas le cran de m’attaquer seul.
- Fait pas le malin, t’es pas en position de force.
- Qu’est-ce que t’en sais ? cinglai-je. Je suis peut-être capable de vous foutre tous les trois à terre sans problème, tu sais rien de moi que je sache.
- J’en sais bien assez, et tu vas être prié de me rendre Meredith sur le champ.

Je savais très bien que ce n’était pas le moment pour blaguer, mais il avait l’ait tellement à fond dans son jeu de malfrat que je pus m’en empêcher. J’enfonçais alors mes mains dans mes poches pour les retourner. Je le regardai, en essayant de me forcer quelque peu à rire.
- Désolé, elle est pas dans mes poches, j’ai du la perdre en route.
Je vis le visage de Florian virer au rouge, visiblement ma plaisanterie n’était pas du meilleur effet. Je remis mes poches en place, essayant de garder une attitude plus que sereine tout en essayant de rester aux aguets, parce que rien en eux ne me faisait penser à une discussion pacifiste.
- Julio, Sully, chopez le !
Ça, ça sent pas bon pour moi.

Je vis les deux caniches de Florian s’approcher de moi, visiblement motivés à me faire la peau, et je cherchai vainement une façon de me tirer là sans dommage.
Il ne me restait plus que deux solutions : les laisser me faire la peau, ou leur faire moi-même la peau. J’avais plus qu’à me remémorer mes bases de combat, je les suppose moins doués que mon père à ce jeu là puisque un homme d'âge mur ivre, c'est plutôt incontrolâble, ça devrait le faire. Je laissai tomber ma veste au sol, relevai les manches de mon polo pour être à l'aise, et leur fis face, le plus calmement du monde, afin de ne pas céder à la panique et de subir les erreurs qu'elle pouvait m'infliger.
- Honneur aux filles ? leur demandai-je pour me motiver, m’adressant en particulier au brun, qui se rua sur moi, et qui avait plus ou moins des allures de fille avec ses cheveux longs et sa carrure fluette.

De ma main droite sur son visage, je le plaquai au sol sans trop de difficultés, où il atterrit dans un bruit sourd, et un son de douleur s'échappa de sa bouche, contre laquelle ma main était plaquée. Alors que je la relevais, le prénommé Sully bougea à peine, ses yeux dans le vide. Il était bien assommé, et en un seul coup. Il n’était pas spécialement costaud celui là, et c’est ça qu’il appelle sa garde le Florian ? Même une gamine de douze ans pouvait les rétamer, ils valent pas grand-chose.
Visiblement jaloux que je m’occupe de son pote, et pas de lui, voici que le blond s’approchait de moi à son tour, je laissai alors Sully agoniser au sol, pour m’approcher du blond, qui me semblait plus déterminé que son comparse, et qui n'avait pas du tout la même carrure que le brun, à savoir plus grand, plus carré, et des cuisses à la place des bras.
- Toi aussi tu veux te battre ? lui demandai-je en riant, empli d’assurance, due à mon premier combat, gonflé d'adrénaline à bloc.

Une fois à distance raisonnable de moi, je lui assenais d’un coup de genou dans le ventre histoire de viser là où ça fait mal tout en voulant lui coupant la respiration, ce qu’il ne loupa puisqu’il tituba tout en se tenant les abdominaux. Il me restait plus qu'à attendre qu'il tombe à son tour au sol pour m'attaquer à Florian, qui devait sûrement se faire dans son froc à l'heure qu'il était.
Je lançai un regard à Florian, amusé de voir ses caniches neutralisés en deux coups.
- T’as pas mieux en maga…

Je fus coupé par le blond qui s’était remis du coup d'une façon à laquelle je ne m'attendais pas du tout. Il avait décidé de se venger, et je reçus son poing dans les abdominaux après qu'il eut feinté une deuxième attaque de ma part en se baissant pour se retrouver sous mes poings. J’essayais d’atténuer les coups en esquivant afin qu’il ne vise pas mon torse, mais visiblement, celui-ci était plus coriace que son pote qui avait l’air d’un mourant à l'heure qu'il était.
Ni une ni deux, il se prit le plat de ma main dans nez, cassant celui-ci dans un horrible « crac » bien sonore, avant de s’écraser aux côtés de son pote, à plat ventre dans une véritable mare de sang.
Les voilà donc tous les deux définitivement hors d’état de me nuire.

- A ton tour ? demandai-je. Ou tu préfères fuir ?
- Fais pas le malin, c’est pas parce que tu les a foutu au sol que tu as gagné.
- J’avoue, il m’en manque un, t’approches que je te fasse ta fête ?
Il hésita un instant, me regardant, avant de balancer son bras de façon imperceptibles, mais je n’y fis pas attention, il cherchait surement à se mettre à l'aise lui aussi, que son horrible pull n'entrave pas ses mouvements pour un corps à corps.
- Je te croyais beaucoup moins fort que ton frère, je suis étonné me dit-il, cherchant très certainement à gagner du temps.
Peut-être attendait-il qu'un de ses sbires ne ressuscite sous ses yeux pour ne pas avoir à se battre, mais je n'avais pas la patience d'attendre un miracle. Il y avait une bonne soirée qui m'attendait juste au dessus de nos têtes, et j'allais passer à côté si je devais attendre avec lui.
- Bon, tu causes ou tu te bats ? Lui lançai-je finalement, acerbe.

Il se rapprocha de moi, alors que j’étais prêt à le déstabiliser pour l’écraser au sol comme les deux premiers. En position de garde, ma main tendue pour la plaquer contre son visage, ma jambe gauche en avant prêt à lui envoyer la droite dans les parties, je n'allais faire qu'une seule bouchée de lui quand je vis du mouvement sur ma droite.
Je détournai alors la tête et vis Enzo qui s’engouffrait dans les escaliers pour les descendre bruyamment et à toute vitesse, et qui se rua sur nous, tête baissée. Et je ne compris que trop tard la raison de son geste, il était déjà trop près.
- Non, Enzo, t’approche pas ! Je …

Je fus coupé par la seule vision d’Enzo, interposé entre moi et Florian, le blond plié en deux, et du sang ruisselant de la main de Florian qui était en contact avec le ventre d’Enzo. Quand il la retira, je vis un couteau dans sa main droite et ne réalisa que bien tard que c'était le couteau qu'il avait fait descendre le long de sa manche quand il avait agité le bras quelques minutes plus tôt. Ce couteau m'était destiné, il voulait me tuer. Je relevai les yeux qui étaient alors posés sur Enzo pour regarder ensuite Florian, celui ci essuyant l'arme sanguinolente sur la manche de son pull, un sourire carnassier sur le visage.

- Dommage, je t’ai loupé, dit-il en rangeant l'arme dans son pull.
Je me ruai alors vers mon ami, toujours debout et se tenant le ventre. Une flaque de sang s'étant formée à ses pieds. Je manquai de glisser en m'approchant, et l'aidai à s'allonger au sol. J'attrapai alors ma veste au sol pour la presser contre son abdomen, cherchant à limiter l'hémorragie au mieux que le pouvais.
- La prochaine fois, c’est toi que je bute, estime-toi chanceux.

Et Florian disparut sans laisser de traces, m’abandonnant seul devant l’immeuble, Enzo sur mes genoux, dont le sommeil le cherchait. J'essayais de le maintenir réveillé du mieux que je le pouvais, le secouant sans trop le brusquer, en hurlant son prénom et finalement, il ferma les yeux et sa tête bascula en arrière, son torse cessa de se soulever et la plaie n'eut de cesse de saigner sur le trottoir.
- CORYYYYYYYYYYY ! APPELLE LES URGENCES !