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Voilà une bonne demie heure que j’étais allongée sur mon lit. Ou une heure, peut-être dix minutes. A vrai dire, je n’en sais fichtre rien, je n’ose même pas lever la tête pour chercher mon réveil que j’ai semé dans un coin de la pièce après un matin plutôt difficile la semaine dernière où je lui avais donné un splendide coup d’oreiller dans l’espoir de le faire taire. Depuis, il s’est planqué, je ne sais pas trop où, et à vrai dire, ça ne m’empêche pas de dormir.

 

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Je n’avais pas apprécié la dernière réplique de Maman, ni même celle de Drew.
Cette famille me sort de plus en plus par les yeux.
Je suis lassée … et il me manque.
Je levai alors la tête vers le bout de mon lit pour essayer d’apercevoir les débris du cadre photo, n’osant pas trop regarder, de peur de ce que je pourrais voir. Je sais, ça peut paraître contradictoire, mais j’ai peur de l’instant où je me rendrais compte du désastre, c’est plus simple de sauter directement à la case d’après, celle où on cherche en vain une solution à notre problème.

 

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Je m’étais accroupie sur le bord de mon lit, regardant le cadre retourné, comme si il allait se remettre à sa place d’un simple regard. Je n’osais pas le toucher, j’avais trop peur de la « surprise » que je pourrais avoir, et je n’ai jamais été très friande des surprises, ça me fait peur, d’être déçue, de pas savoir comment réagir, de décevoir …
Finalement, je pris une grande inspiration avant de descendre de mon lit pour m’accroupir près de mon cadre, et de le retourner doucement.

 

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Aucun bruit de verre ne se fit entendre, il était miraculeusement intact, à ma plus grande joie. J’accrochai alors mon regard sur l’unique présence sur cette photo, celle de mon père.
Il avait l’air atrocement fatigué, bien qu’il souriait comme si de rien n’était, il avait cet air serein, et un peu agacé par la pose qu’il devait effectuer pour cette photo sérieuse, à côté de la bibliothèque. Visiblement, il avait dû promettre cette photo, à Heaven ou à Drew.
Malgré tout, son expression restait franche et fidèle, je ne sentais aucun cinéma dans son sourire.
Juste le bonheur d’être en vie.
La porte de ma chambre grinça alors et je me retournai vivement, prête à passer un savon si l’intrus était l’une des cinq personnes présentes au rez-de-chaussée, ce qui ne m’étonnerait pas, je ne vois pas qui d’autre pourrait passer à la maison. Les gars sont forcément occupés si c’est à moi que revient la tache de s’occuper de Fiona !

 

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Visiblement, ils n’étaient pas tous occupés comme des ministres, soupirai-je intérieurement quand je vis que ce n’était personne d’autre que Priam qui venait d’entrer dans ma chambre, à ma plus grande surprise, puisque je ne m’attendais pas à le voir de si tôt dans le coin.
- Ça va ? me demanda-t-il, inquiet, en s’approchant de moi à pas lents.
- Euh … oui, m’intriguai-je aussitôt. Qu’est-ce que tu fiches ici toi ?
Il s’accroupit à côté de moi, avant de tourner la photo vers lui, en souriant.

 

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- Finalement, elle n’a rien cette photo, je la voyais déjà toute déchiquetée.
- Qu’est-ce que tu fiches ici Priam ? répétai-je en reprenant le cadre vers moi, ne voulant pas que quelqu’un d’autre y ait accès d’aussi prêt.
- Relax Mel, ça te dérange que je vienne ?
- Arrête de tourner autour du pot tu veux ?
Je me levai, cadre en main, avant de d’attraper le chemin de table rouge, afin de poser celui-ci sur mon bureau, bien comme il faut, suivi du cadre de mon père, qui récupérait sa place initiale. Je m’assis alors sur mon bureau,une fois mon ordinateur fermé, Priam toujours au sol.

 

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- C’est ta mère qui m’a appelé Mélie, elle m’a dit que Fiona avait encore fait des siennes, qu’elle avait brisé ton cadre … finalement, il est pas si brisé que ça.
Je le regardai, les yeux noirs, comme si ça ne suffisait pas que ceux du rez-de-chaussée ne prennent pas conscience de l’importance de cette photo à mes yeux, voilà que Priam réagissait exactement pareil.
Mais je m’abstenais de lui balancer ses quatre vérités, après tout, autant le garder avec moi pour garder Fiona, j’ai plus de chance de m’en sortir indemne avec lui, et encore ...
A la place, je préférai continuer de psalmodier sur ma mère, ça me suffirait pour l’instant.
- Elle a pas bougé un petit doigt quand Drew m’a clairement dit que cette photo n’était qu’un bout de papier, et elle m’envoie la cavalerie pour se faire pardonner ? Non mais elle croit quoi là ?!
- Calme-toi Mélie, me fit Priam en se levant, c’est pas en hurlant que ça va arranger les choses !
- Mais …
Je n’eus pas le temps de protester que Priam s’était levé et venait de me prendre dans ses bras, me serrant de toute sa force contre lui, m’empêchant de m’échapper de son étreinte.

 

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- Priam ? m’étonnai-je en un hoquet de stupeur.
- Tu vas arrêter de cracher ta haine sur tout le monde Mélie ? me coupa-t-il aussitôt.
- Que … hein ?
- Je veux bien croire que ton père compte énormément pour toi Mélie, que tu aurais aimé le connaître, et qu’il fasse partie de ta vie, je sais que tu envies ceux qui ont leur deux parents, mais ce n’est pas une raison pour idolâtrer cette photo, ce n’est qu’une photo …
- Si t’avais pas de père, tu réagirais pas comme ça, crois moi, lui soufflai-je, toujours blottie contre lui.
- Considère aussi que tu réagis de façon exacerbée aussi Mélie.
- Tu as peut-être raison …
- Mais bien sûr que j’ai raison !

 

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Je relevais doucement la tête pour le regarder, et il souriait, avec sa face de conquistador qu’il ne quittait jamais, et qui me remontait le moral en un rien de temps. Maman avait trouvé le bon remède à ma crise d’identité, plus aucun doute.
- Ça remonte à quand la dernière fois que tu as été sur la tombe de ton père Mélie ? me sortit Priam de mes songes.
J’eus un moment d’hésitation, ne m’attendant pas à ce qu’il reparte sur le sujet, en même temps, il savait que j’étais difficile à faire parler sur le sujet Aaron, et comme il tenait une brèche à l’instant, il en profitait.

 

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- Ça fait six ans, lui répondis-je, honteuse. J’ai du n’y retourner qu’une fois après le départ de Raise…
- Et tu restes accrochée à une photo, me dit-il en la désignant du menton.
Je restai muette, n’ayant aucun argument pour me défendre face à cette affreuse vérité qu’il me lançait droit au visage. Cette photo, ce n’était pas mon père, et ce ne sera jamais lui. C’est … un bout de papier avec de l’encre que Drew m’a offert pour essayer de se faire une place, même infime, dans mon cœur, pour que je l’accepte comme beau père, lui, l’ami de mon père.

 

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- Tu fais quoi cette après midi ? me demanda-t-il, et j’eus l’impression qu’il essayait de changer la discussion ce qui ne lui ressemblait pas de le faire de manière aussi peu subtile, ce qui ne loupa pas, puisqu’il continua sa phrase. On pourrait aller sur la tombe de ton père aujourd’hui, non ? Il va peut-être temps d’y refaire un tour … Ta poupée n’a pas bougée, rajouta-t-il comme dernier argument.
- Je suis désolée Priam, lui répondis-je. Mais comme tu peux le voir, Fiona est là, et c’est pas par hasard, je vais devoir jouer les babysitteurs.
- Ah, dommage.
- Ce sera pour une autre fois alors. Et ça t’embête si je reste avec toi pour garder la naine.

 

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- Alors là, j’osais pas te le demander, demandai-je en riant. Je suis pas sûre de survivre toute seule.
- Tu n’exagères pas un peu beaucoup ? s’amusa-t-il.
- Du tout, moi, exagérer ? Nan, mais tu crois quoi ?
- Je ne crois rien, je constate, me dit-il d’une voix plus suave en plantant ses pupilles sombres dans les miennes, sans vouloir les en décrocher dans l’immédiat.

 

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On ne disait plus rien, le silence avait envahi ma chambre, seules le bruit de nos respirations cassaient la monotonie du silence, accompagné de mon cœur qui avait décidé de battre à tout rompre, comme si c’était le moment de me ridiculiser de la sorte, manquait plus que le rouge sur les joues, et je me faisais griller.
J’espérais que Priam n’entendisse pas mon palpitant faire des siennes, mais je crois que c’est très mal barré, alors que lui était bien de trop calme, à croire qu’il s’amusait de mes réactions, et ça, je ne le supporterais pas.

 

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- Priam ? Laisse moi descendre s’il te plait, soufflai-je alors qu’il avait resserré son étreinte autour de mes hanches, me faisant virer à l’écarlate aussitôt.
Il ne dit rien de plus, se contentant de sourire, tandis que je moi, j’essayais de comprendre ce qu’il se passait, j’espérais aussi. Quelque chose qui à la fois j’aimerais voir se produire, mais que je redoutais plus que tout. Il approcha son visage au plus prêt du mien, je sentais son souffle sur celui-ci, et je coupai alors ma respiration, avant de fermer les yeux pour ne pas le voir faire.

 

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Alors qu’il était à quelques millimètres de moi, la porte s’entrouvrit et j’ouvris en grand les yeux pour apercevoir la mini peste bicolore qui nous regardait, un large sourire de démon sur les lèvres.
Je me dégageai de Priam à toute vitesse, tandis que Fiona s’amusait de nous avoir pris dans cette position.
- Priam et Mélie sont n’amoureux ! N’amoureuuuuuux !
- Toi la ferme, grognai-je. Et on est pas amoureux !
Je piquai un fard monstrueux, ce qui fit rire Priam et m’enfonça encore plus dans ma crédibilité inexistante face à Fiona.
- Ouh la menteuse, elle est amoureuseeeeeeeeeeeeuuuuuuuuh !
L’après midi va être du tonnerre.

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