
- Tu ferais mieux de dormir toi aussi, me dit Heaven alors que je venais de lâcher un bâillement monumental.
Je niai alors vivement de la tête, les yeux écarquillés pour m’empêcher de les fermer, bien que résister devenait de plus en plus difficile, c’est limite si j’allais tenir encore longtemps.
- Je ne vais pas dormir … maintenant, baillai-je à nouveau.
Elle leva les yeux au ciel avant de tourner la tête derrière elle, en direction du deuxième salon de son appartement, où Meredith dormait tranquillement.

A peine était-on arrivés que Heaven avait proposé à Meredith sa chambre, pour qu’elle puisse dormir, bien qu’elle ne la connaisse pas vraiment. Chambre que Méré avait refusé, pour rester avec moi, car elle se doutait que je n’allais pas me coucher, elle voulait me trouver à son réveil, encore choquée par ce qu’il venait de se passer.
- Aaron … insista Heaven. Tu ferais mieux de dormir.
- Non, me répétai-je.
- Elle ne va pas s’enfuir, me dit-elle, pensant sûrement que mon refus était dû à la présence de Meredith.

- Je ne peux pas dormir, pas après ce que j’ai fait …
Heaven était encore ignorante de la situation dans laquelle je me trouvais avec Meredith, et encore plus de mon état d’âme. Il n’était pas difficile de voir qu’elle s’inquiétait pour moi, mais après s’être faite rembarrer plus d’une fois, elle ne préférait certainement pas tenter le diable, bien que ça la démangeait, ça se voyait aux étoiles qui pétillaient dans ses yeux.
Ma tête, lourde, tomba vers Heaven, bien que je me battais pour rester éveillé.
- Aaron, insista Heaven.
- J’ai dit non…

- Je ne crois pas que ça lui plaira de se réveiller et de voir que son chéri est dans un état proche du coma, bouda-t-elle. Dors !
- Je t’ai dit NON ! m’emportai-je. Tu veux que je te le sorte en espagnol aussi ?
- Et moi je ne compte pas te laisser comme ça, quitte à ce que je prenne un gourdin pour t’assommer, tu vas dormir !
Mais qu’est-ce qu’elle est têtue ce matin ! Elle finit par me gonfler !
D’un geste brusque, elle m’attrapa les épaules, pour m’allonger sur le canapé, ma tête reposant sur ses genoux. Sa main droite se posa sur mon ventre, la gauche caressant doucement mes cheveux.
- Dors j’ai dit Aaron !

Amusé, j’esquissai un sourire avant de porter ma main gauche à son visage, pour le caresser doucement. A ce contact, elle rougit, mi flattée, mi gênée.
- Que ferais-je sans toi, hein ? lui dis-je en riant derrière ma fatigue et mes yeux mi clos.
- Rien, et tu le sais très bien.
Je fermai les yeux, un sourire esquissé sur le bout de mes lèvres, parti pour quelques heures de repos, peut-être pas méritées, mais au moins nécessaires.

- Aaron, je … hésita-t-elle.
J’ouvris alors les yeux, pour croiser ceux fuyants d’Heaven. Qu’est-ce qu’elle avait encore ? Je croyais que je devais dormir ? Si elle continue, je suis mal barré moi ! Non mais !
- Quoi ? demandai-je, calmement, mon état de fatigue m’empêchant de grogner.
- Euh … je …
- Bah accouche enfin, insistai-je.
Elle leva le tête, regardant derrière elle, là où dormait Meredith, je la suivais du regard, ne comprenant pas réellement ce qu’elle me faisait comme type de scène. Et quand je suis crevé, faut pas m’en demander de trop non plus.

- Qu’est-ce que ….
- Tu n’as pas besoin de savoir ce qu’il s’est passé cette nuit Heaven, la coupais-je.
- Mais enfin, comprends moi, tu débarques à sept heures du matin, endormi, avec ta petite amie dans un état pire que le tien, et sans qu’elle se présente, elle s’endort. J’aurais préféré une meilleure première rencontre moi !
Boudeur, je détournai le regard, n’appréciant pas sa façon de me remettre à ma place. J’ai le sentiment qu’elle se rebelle, et je n’aime pas vraiment cette idée, parce qu’elle va finir par tout savoir, et ça, je ne le veux surtout pas.
Pourtant, ses yeux marrons ne me lâchaient pas, et ne me lâcheraient pas … ou du moins, tant que je n’aurais rien dit, j’en suis persuadé.

- J’ai fait l’imbécile, voilà, pourquoi on est là, lui dis-je en un rire nerveux. Je pensais me débrouiller seul, et ça à tourné au vinaigre.
- Qu’est-ce qui a tourné au vinaigre ?
- Pas besoin que tu le saches, soupirai-je. Ca va te causer encore plus de souci que tu ne t’en fais déjà Heaven, à ce rythme là, tu vas mourir d’inquiétude si je te disais toutes les conneries que j’accumule.
Elle resta silencieuse quelques instants, avant de lancer un regard furtif derrière elle. Et vu sa tête, une question devait lui brûler les lèvres.

- Est-ce que tu … l’aimes ? demanda-t-elle finalement.
- J’en sais rien, lui avouai-je. Je ne sais pas ce que c’est que d’aimer, vraiment … Mais je sais que à chaque fois que je fais un truc qui pourrait lui déplaire … je m’en veux, j’ai pas envie de la perdre, et je crois que tu as vu ce que ça avait donné la dernière fois, non ?
- Oui … souffla-t-elle.
- Ce n’est pas la réponse que tu attendais ? m’enquis-je.
- Je … j’ai peur qu’elle t’enlève loin de moi, qu’un jour, tu me diras que tu n’as plus besoin de moi … Tu ne me dis plus rien Aaron, et ça me fait peur.
De lourdes larmes roulèrent le long de ses joues, pour s’écraser sur mon front. Je me levai alors, pour la prendre dans mes bras, et la serrer fort tout contre moi.

- Ne dis pas ça Heaven, s’il te plaît, tentai-je de la rassurer. Tu sais très bien qu’entre nous deux, c’est incassable, à la vie, à la mort, comme quand on était gosses, on se l’est promis, et je ne compte pas te laisser tomber mais ….
Elle releva doucement la tête, c’était compréhensible, les « mais » n’annoncent jamais rien de bon.
- … avec Meredith, j’ai l’impression d’oublier ce que j’ai été … Tu as une place importante dans ma vie actuelle comme dans mon passé Heaven … et involontairement de ta part, dès que je te vois, je ne peux m’empêcher d’y repenser … avec elle, j’ai l’impression d’être quelqu’un d’autre, d’être normal … j’ai pas besoin qu’on me materne comme tu le fais, mais qu’on me secoue. Je ne le pense pas en mal, car tu sais que je t’aime quoi que tu fasses, mais … j’ai besoin d’elle, autant que j’ai besoin de toi.

- J’ai besoin de toi Aaron, souffla-t-elle en explosant en sanglots. Je n’y arriverais jamais sans toi, si tu m’oublies …
- Eh, je risque pas d’oublier mon petit bout de paradis, lui rétorquai-je en riant avant de l’embrasser sur le front. Je viendrais toujours squatter chez toi, ton frigo a intérêt à être plein. Ce n’est pas parce que j’ai Meredith que je t’oublie, je ne veux surtout pas que tu croies ça, d’accord.
Elle acquiesça d’un hochement de tête, les lèvres pincées, ravalant ses larmes avant que je l’embrasse une nouvelle fois sur le front, et à ce geste, elle me sourit.

- Quoi ?
- C’est elle … qui t’as fait ça ?
- Qui m’a fait quoi ? demandai-je en cherchant une quelconque trace de maquillage sur le visage, ou autre trucs moins sympa à voir.
- Qui m’a rendu mon Aaron câlin comme autrefois, ça fait longtemps que tu ne m’avais pas embrassée sur le front, ni même prise aussi longtemps sur tes genoux.
- Oui, c’est elle, répondis-je en esquissant un sourire avant de me remettre à bailler allègrement.
Elle se détacha de moi, pour se relever, et m’allongea sur son canapé, tombant de sommeil.

- Merci d’avoir été franc, me souffla-t-elle alors qu’elle était accroupie en face de moi.
- De rien … soufflai-je avant de m’endormir profondément.