
Après deux heures interminables de cours de mathématiques, préparation au diplôme oblige, je suis aussitôt sorti de la salle de cours, prenant sur moi pour me tenir à carreau, afin de ne pas rallonger ma peine de quelques heures, puisque maintenant, elle ne m’arrange plus du tout. Flanqué de Cathe, qui avait maths en même temps que moi, je déambulai dans les couloirs, à la recherche de Heaven, que je n’avais pas vu depuis la veille, dans l’après midi.

- Dis, t’es bien sage toi aujourd’hui … souligna aussitôt Cathe-Line. Normalement, en maths, tu cherches un moyen de te faire virer de cours.
- J’ai décidé de me calmer, haussai-je les épaules.
- Oh ! Et que nous vaut ce revirement de situation ?
Je ne dis rien, et continuai mon chemin vers l’étage où j’étais certain de trouver Heaven comme d’habitude.

Cathe se posta en face de moi, marchant à reculons, décidée à obtenir sa réponse.
- Attends, je crois que je sais. Elle est aussi grande que moi, des cheveux châtains, des yeux bleus et elle est dans un autre lycée !
- Si tu le sais, pourquoi me poser la question ? la taquinai-je en lui donnant une tape sur l’épaule.
- Histoire que tu parles, dit-elle en riant.
- Bah je te parle là, non ?
- Justement, c’est parce que j’ai lancé la conversation, admire mon esprit supérieur !
- L’esprit supérieur va se prendre les escaliers si elle se retourne pas !
- Oops ! lâcha-t-elle en se retournant aussitôt, mais un peu trop tard puisqu’elle se trouva rétamée au sol, dans le bas des marches.

- Bah voilà à quoi est réduit l’esprit supérieur, la charriai-je. A brouter la poussière !
- Mouais … bougonna-t-elle.
- Allez, grogne pas, ça m’est réservé, combien de fois vais-je devoir te le dire ?
- Tu sais que tu es mon idole, et les idoles, on les imite, c’est normal !
- Trouve quelqu’un de mieux à imiter, je suis pas un super modèle, lui dis-je alors que je l’aidais à se relever.
- C’est ce que tu dis !
Une fois tous les deux debout, nous reprîmes la direction de l’étage, où je vis, et sûrement Cathe-Line aussi, Heaven, assise, boudeuse, sur un des bancs, à regarder droit devant elle … à savoir Ulyss qui tournait autour d’une rouquine ! Mais qu’est-ce que je disais, hein ?

- Salut toi ! lançai-je à ma meilleure amie en avançant vers elle.
- ‘jour … me dit-elle peu enjouée.
- C’est à cause de ça ? demandai-je en pointant Ulyss du doigt, qui se la joutait collé serré avec la rouquine.
Elle hocha la tête, acquiesçant, avant de se remettre à bouder. Je m’assis alors à côté d’elle, Cathe se posant en face de nous.

- Laisse le tomber, lui dit alors Cathe-Line. Y’a forcément mieux que ce branleur !
- D’accord avec la folle, approuvai-je tout en esquivant une attaque de cette dite folle.
- Ah ouais, et qui ? Toi ? me lança-t-elle, le regard noir.
- Euh … j’ai jamais dit que j’étais mieux que quiconque, je suis un boulet et un crétin … et je suis déjà pris … essayai-je de me dépatouiller.
- Cherche pas à te justifier Aaron, je t’en veux pas …

Elle continuai de fixer le pseudo couple, qui maintenant se bécotait sans pudeur, intérieurement, je priais pour qu’un pion passe dans le coin pour les décoller, et les foutre en colle, ce serait tellement jouissif, ce dépôt de dessin animé me sort littéralement par les yeux, je me demande vraiment ce que Heaven peut bien lui trouver … Il y a forcément mieux que ça, j’en suis convaincu.
Soudainement, Heaven se leva, pour descendre au rez-de-chaussée, à ce qu’elle venait juste de nous dire.

- J’ai promis un truc à Elden, tu m’excuses ? me dit-elle.
- J’espère que tu fuis pas à cause du navet là, faut pas te rabaisser à ce niveau là quand même !
- Non, promis. Mais faut vraiment que j’aille voir Elden, répéta-t-elle.
- Je vais pas t’en empêcher, moi, je bouge pas. On se retrouve en philo après la pause, n’est-ce pas.
- Oui, me confirma-t-elle en souriant avant de disparaître dans les escaliers.

Cathe-Line s’assit à côté de moi, tandis que je regardai l’autre abruti avec sa rouquine, ne supportant pas l’idée de voir Heaven dans un état pareil pour un crétin. Et tant pis si je me fait griller, rien à battre ! Je vais lui faire comprendre moi, à ce Dom Juan ! Namého ! Il y a deux semaines, il tournait encore autour d’Heaven, et voilà qu’Isis rentre de voyage scolaire en Allemagne et monsieur s’est trouvé une nouvelle proie, c’est la fête.
- Aaron ? m’appela Cathe.
- Moui ?
- Comment va ton ami ? me demanda-t-elle.

Interloqué, je me tournai vers elle. Elle affichait une moue désolée, comme si elle regrettait ses paroles, ce qui s’avéra véridique, puisqu’elle s’excusa aussitôt, sans que je ne bouge ou dise quoi que ce soit.
- Navrée, c’est … indiscret de ma part de te demander ça. Excuse moi.
- Mais de qui tu parles ?
- Euh je …
Elle détourna aussitôt le regard, m’esquivant. Mais bordel, qu’est-ce qu’elles ont toutes à faire les gênées en ce moment ?
- Cathe !

- Je sais que tu as passé ta nuit à l’hôpital samedi soir, lâcha-t-elle d’une traite.
- Que … Comment tu sais ça ? Tu m’espionnes ou quoi ?
- Un bon ami à moi fait sa première année d’interne ici … Et il t’a vu dans les couloirs … Il m’a dit que tu attendais des nouvel d’un ami.
- C’est pas contre le secret professionnel ça ? dis-je afin de me calmer, parce que je n’avais qu’une envie à l’instant, lui foutre une dérouillée monumentale. Et comment il sait qui je suis, hein ?
Elle ne dit rien de plus, préférant se terrer dans son mutisme et ses regards fuyants.

- J’avais raison, tu m’espionnes … lançai-je en me levant, énervé au pas possible.
- Aaron …
- Mais t’es complètement folle ma parole ! Je te savais spéciale et surexcitée sur les bords, mais pas maniaque !
- Non, Aaron, tu fais fausse route, je …
- Tu quoi ?! m’emportai-je.
Je voulus continuer, mais je vis les deux amoureux se décoller, un pion ne devait plus être très loin. Je préférais donc écourter cette discussion, et prendre la direction du cours de philo, qui se déroulait, comme d’habitude, au premier étage, à côté de la salle de colle.

Et évidemment, devant la salle de cours, il y avait Elden, Drew, Geist … mais aucune trace de Heaven. Je croyais que … Oh, et puis bon, elle fait ce qu’elle veut hein ?
Je m’approchai de la salle, sans vouloir adresser la parole à quelqu’un, bien qu’entre Drew et moi, ça va mieux, c’est pas encore la grande joie, je l’ai encore de travers sa dernière réplique.
- Salut Aaron ! me lança Geist en se postant en face de moi.
- Ouais, c’est ça, salut.

- T’as passé un bon weekend ? me demanda-t-elle.
Comme si ça pouvait réellement l’intéresser que je passe de bons ou de mauvais weekend, je suis sûr qu’elle a passé un bon weekend avec sa famille parfaite et son chéri … et elle vient s’en vanter sous mon nez, payez lui donc un cerveau, pitié !
- J’ai connu mieux, bougonnai-je en continuant mon chemin.
Mais elle n’a pas l’air décidé à vouloir me lâcher. Qu’est-ce que j’ai à attirer toutes les filles collantes et usantes moi ? Après Ath’, Cathe c’était au tour de Geist ! Pitié !

- Bon, autant la jouer franco, me balança-t-elle alors que je laissais apparaître un visage ahuri par ses actions.
- Euh, oui ?
- J’en ai marre de te voir nous ignorer comme des merdes, je prends les choses en mains à partir de maintenant !
J’ouvris de grands yeux ronds, abasourdis. Pourquoi est-ce que je me suis levé ce matin moi ? J’avais une bonne raison, rassurez moi !

Elle me tendit la main, s’attendant certainement à ce que je la lui serre, mais je crois qu’elle peut toujours rêver, je ne serre pas la main de l’ennemi.
- On recommence à zéro. Moi c’est Geist, et lui, Elden, mon petit ami.
- Sans façon, merci, cinglai-je. Pas la peine de faire les gosses.
- Aaron …
- Je sais comment je m’appelle, merci !

- De toi à moi, c’est toi le gosse Aaron, me dit-elle alors que je lui tournai le dos. Elden a bien voulu faire un effort pour enterrer la hache de guerre, toi, t’en fais aucun. C’est quoi ton problème ?
- Mon problème .. soupirai-je, le sourire aux lèvres. C’est moi … mon problème.
A ces mots, la sonnerie de début des cours retentit, et j’entrai dans la salle de cours, prêt à subir deux interminables heures de philosophie … Je devrais peut-être songer à réfléchir sur moi-même, au lieu de dormir pendant le cours ….