
Non, mais dîtes moi que je rêve ! Que j’hallucine ! Que …. Je sais pas moi ! Que c’est pas vrai !
C’est le genre de truc qui a le don de me mettre en pétard, dans tous mes états. J’ai vraiment été débile de croire que ça se passerait si bien que ça, que je les trouverais là, tous les deux assis devant une tasse de café à discuter de tout et n’importe quoi. Mais quel crétin ! Sers toi un peu de ta tête Aaron, ça t’évitera de faire des conneries !
Je frappai alors ma tête du plat de ma main, histoire de remettre mes idées en place. Et je fais quoi maintenant ? Je reste là, tranquille, à attendre que ça passe, qu’ils se ramènent ? Au risque de passer la nuit sur le pallier …

Fermée. La porte de leur appartement, à Cory et Enzo, est fermée, et moi, comme un crétin, je décide de rester à côté, à attendre qu’ils se ramènent. Si ils se ramènent un jour, faut pas l’oublier ça !
Et si … ce n’était pas Cory qui avait raccompagné Méré ? Après tout, Lusa n’avait pas l’air de le connaître celui qui est parti avec elle, alors que Cory est quand même celui avec qui Meredith passe le plus clair de son temps au lycée.
Qui me dit que celle qui m’a renseigné n’est pas de mèche avec Florian, hein ? Que je suis en train de poireauter pour rien à l’instant, que …
Je ne préférais pas imaginer ce que ce monstre pourrait lui faire, rien qu’à l’idée qu’elle soit avec Florian me faisait pâlir à vue d’œil.
Tout, mais pas ça, je vous en prie. Qu’il ose toucher à un de ses cheveux et …
- Aaron ?

Cory se tenait là, clés en main, en haut des escaliers, et à la vue de son visage étonné, je suppose qu’il ne s’attendait pas à me croiser sur son pallier.
- Qu’est-ce que tu fiches ici à cette heure ? me demanda-t-il.
C’est vrai que l’heure avait du tourner, puisque il faisait déjà noir devant l’immeuble. Je ne préférai pas savoir l’heure qu’il pouvait bien être.
- Je …

- Tu ne devais pas passer ta soirée avec Meredith ? me demanda-t-il aussitôt, la panique défilant dans son regard.
- Que … ? Si, mais …
- Ses parents sont pas là ce soir, je le sens pas du tout, bordel ! s’exclama-t-il sous mon incompréhension la plus totale.
- Mais tu vas me dire ce qu’il se passe ? Tu n’es pas avec elle, on m’a dit que …

- Je l’ai quitté il y a plus de deux heures, elle m’a dit que tu devais l’attendre chez elle.
- Deux heures ? Je devais la retrouver au lycée ? Que diable ….
Je vis alors Cory s’agiter dans tous les sens devant moi, me coupant la parole. Qu’est-ce qu’il se passe donc ? Où est Meredith ?!
- Je suis allé la chercher à la sortie des cours, Enzo … il … je ….

Il ne termina pas sa phrase, et plissa son visage, voulant retenir très certainement ses larmes, une main se posant sur ses yeux, la tête détournée de moi.
- Je ne pouvais pas y aller seul, me dit-il alors qu’il se fut calmé, les yeux rougis par ses larmes.
- Elle est rentrée alors ?
Il acquiesça d’un hochement de tête, avant de déglutir bruyamment.
- Tu ne veux pas passer la soirée avec nous, DVD pop corn ? demandai-je, même si inviter les gens chez quelqu’un d’autre n’était pas très … poli, je me doutais que Meredith ne refuserait pas sa présence.

- Je préfère être seul, me dit-il. Elle me l’a déjà proposé, mais tu ferais mieux de la retrouver, avec ce qu’il se passe pour Enzo, elle ne doit pas être très bien …
- Je … qu’est-ce qu’il s’est passé ? osai-je tout de même demander.
Il ne me répondit pas, préférant se terrer dans son mutisme, les larmes dévalant ses joues silencieusement, presque religieusement.
- Je suis désolé, je devrais pas t’en forcer à me parler, repose toi bi…

- Il est mort, articula-t-il difficilement avant de pénétrer à toute vitesse dans son appartement, sans un mot de plus, me laissant les bras ballants sur le pallier, en pleine soirée.
A mes oreilles se faisaient entendre des cris de jeunes gens, des rires, de la joie. « C’est bientôt les vacances ! » s’exclamaient-t-ils. Et sur mes joues, les larmes. Celles d’un homme, qui en avait tué un autre … par fierté.