Header cover
Publicité

- 86 -

Article pouvant choquer les plus jeunes d'entre vous. Si vous en êtes, ne lisez pas entre les astérisques.

 

- 86 -

 

Allongé sur le dos dans ma chambre de location, je jetais un œil par la fenêtre, mon regard perdu quelque part sur la lune, à mon plus grand plaisir, il y a des moments, c'est bien de ne penser à rien, d'être juste dans la Lune, les idées vagues et le regard perdu. Les épreuves du diplôme étaient loin derrière moi désormais, et je profitai alors d’un répit, avant les résultats des examens.
Tout d'un coup, j'entendis gratter sur ma porte, et me dépêchai de choper un tee shirt, sachant que la demoiselle ne tarderait pas à entrer, ce qu'elle fit avant même que j'ai eu le temps de trouver le dit vêtement.

 

- 86 -

 

- Pourquoi tu te caches ? me demanda-t-elle en s'approchant du lit.
- C'est pas très beau à voir...
- Je m'y suis faite, ajouta-t-elle en riant, c'est pas comme si elle était moche ta cicatrice, les chirurgiens t'ont réussi.
- Je sais pas si je dois prendre ça pour un compliment, fis-je tandis qu'elle s’installa au dessus de moi, une main posée sur mon torse, une autre sur mon visage.

 

- 86 -

 

Ce n'est pas comme si cette proximité me gênait, après tout, on est ensemble depuis un moment maintenant, et je n'ai jamais pu approcher une femme jusqu'à elle, je les repoussais, elles me faisaient peur, j'avais peur de leur gestes, de ce qu'elles pourraient faire de moi, de peur de revivre tout ça.
- Aaron, murmura-t-elle en posant doucement ses lèvres sur les miennes.
- Quoi ? fis-je, peu rassuré à ce qu'elle pourrait me demander.

 

- 86 -

 

Je crois qu'elle n'a même pas eu besoin de parler, je venais de comprendre à l'instant quand ses lèvres ont fondu directement sur les miennes, en un baiser doux et chaud, qu'elle intensifia d'abord d'elle même au fil des secondes, et auquel je ne pus m'empêcher de répondre, pourtant, je n'avais pas la moindre envie de répondre à ses attentes, et je la repoussai doucement, en détournant la tête.

 

- 86 -

 

- Qu'est-ce qu'il t'arrive ? me demanda-t-elle en s'installant à califourchon sur moi, pour poser ses mains sur mon visage.
- ...
- Tu comptes me parler un jour, ou continuer à jouer à la carpe. Ce n'est pas la première fois que tu me repousses, je te plais pas, c'est ça ? La machine est grippée parce que tu as été célib' trop longtemps ? Pas de sexe avant le mariage ? Enfin, réponds merde !

 

- 86 -

 

- Je peux pas, soufflai-je.
- Pardon ? J'ai pas entendu Aaron ... Tu parles trop bas.
- Je ...
Puis, je pris une grande inspiration avant de lancer de but en blanc, en le regardant droit dans les yeux.
- J'ai peur de sauter le pas ... Je suis désolé Meredith.
- Que ?
- Je ... je t'ai jamais raconté mon enfance, quand tu me l'as demandé, parce que j'ai jamais pu prétendre à une enfance comme la tienne. Je ... j'ai jamais eu une grande maison, des jeux à profusion, je n'ai jamais eu d'études comme on pouvait en rêver.

 

♫ Muse - Undisclosed Desire (Instrumental)

 

- 86 -

 


Je me décollai d'elle, avant de m'asseoir dans un coin du lit, tandis qu'elle se posait près de moi, pour poser sa main dans la mienne, voulant certainement me rassurer, elle avait compris que ce ne serait pas facile pour moi.
- Comme tu le sais déjà, je suis né avec un souci de santé, et ce bémol a poussé mes parents dans un gouffre financier. Ils n'ont pas toujours été comme ça, alcooliques, drogués et violents, non. Ma mère, je la vénérais, c'était mon modèle, mon idole. Et mon père, bah, c'était un père comme les autres, souvent sévère mais avec lequel j'aimais regarder les matchs de foot, avec lequel je me battais, de manière totalement amicale.

 

- 86 -

 

- Mais mon père a été viré de son travail, et il a trouvé du réconfort dans l'alcool et la castagne. Sauf qu'il ne frappait pas juste à l'extérieur, il a commencé à nous frapper, ma mère, Raise et moi. Et pour supporter son calvaire, elle, elle a plongé dans la drogue, ce qui poussé son patron à la virer quand il l'a apprit. Raise et moi avions alors douze ans.
Je me stoppai un instant, et regardai ma petite amie dans les yeux, je vis qu'elle essayait de rendre ce moment moins pénible pour moi, en me tenant la main, en caressant le dos de ma main de la pulpe de son index, juste pour me montrer qu'elle est là.

 

- 86 -

* 

- Ma mère avait besoin d'argent. Les ressources du ménage se sont vite taries, et c'est pas ce que Raise et moi gagnions en faisant des menues besognes qui allaient nourrir la famille, ni fournir notre mère en drogue. Et elle a rencontré Connor. Un grand type aux cheveux châtains et aux yeux noirs, le visage froid. Et il lui a proposé un ... travail. Elle a sombré dans la prostitution, et Connor en voulait toujours plus de sa part, jusqu'au jour où elle s'est plainte à lui que Raise et moi ne ramenions pas assez d'argent à la maison. Et elle nous a présenté à Connor. Seul lui était au courant de notre lien de parenté avec Jose, pour toutes les autres, on était des orphelins prêts à vendre leur corps et leur enfance à des perverses en manque.
Meredith ouvrit de grand yeux surpris, ce qui me fit baisser les yeux, persuadé que je la dégouttais au plus haut point, que j'étais quelque chose de sale, d'usé, qui ne servait à rien.
- Tu ... t'es prostitué ? osa-t-elle doucement.
- Oui, avouai-je en un soupir. Au début, Raise et moi, on s'est battus pour ne pas vivre ça, mais notre père approuvait la décision de Jose, et il nous battait à sang jusqu'à ce qu'on cède. Soit on vendait notre cul et on vivait, soit on jouait les farouches, et on mourrait. A douze ans, tu aurais réagis comment ? Chez des gosses, l'instinct de survie est plus fort que tout, alors on a cédé. Ma première fois, j'avais douze ans et demi, elle, trente et un. Elle n'avait aucun remords, tout ce qu'elle voulait, c'était se faire sauter par un mioche. L'argent que l'on gagnait, Connor le donnait directement à Jose, qui le dépensait aussitôt pour aller acheter sa merde en poudre, nous abandonnant, Raise et moi, dans les rues, même en plein hiver. J'ai passé mon adolescence dans la rue, je sais ce que c'est d'espérer que chaque soir, quand tu t'endors, tu te réveilleras indemne le matin, que tu seras toujours en vie, que tu verras le soleil briller pour toi. Et pendant quatre ans, j'ai vendu mon corps, ne devenant plus qu'une coquille vide. Je faisais ce que j'avais à faire avec elles, elles faisaient ce qu'elles voulaient de moi, et à la fin de la journée, je vivais.

 

- 86 -

 

- Et, il y a deux ans, j'ai piqué ma crise. J'avais seize ans, et je ne supportais plus cette vie. J'ai chopé Connor par le col, et avec l'aide de mon frère, on l'a tabassé à mort, même si aujourd'hui, il est encore en vie. Il en a d’ailleurs gardé une marque, une balafre sur son œil droit. A partir de ce moment là, on a quitté ce monde là, on a retrouvé un toit ... on est redevenus des gosses, en apparence. Parce que ce qu'ils ont brisé durant ces quatre années d'enfer, je sais que je m'en remettrai pas. c'est gravé là, au fond de moi, quand je ferme les yeux, je les vois, toutes ses femmes avec lesquelles j'ai couché contre de l'argent et la vie sauve. Et là, maintenant, quand je sais que tu es proche de moi, je les vois encore, qui me regardent, avec leur sourire vicieux et odieux, et ça ne veut pas me sortir de la tête.

 *

- 86 -

 

J'enfouis aussitôt ma tête entre mes genoux, sentant les larmes couler le long de mon visage, sans aucune pudeur. De toute manière, si je la dégoûte, pas grave de pleurer devant elle, je me montre juste pitoyable. Un moins que rien pitoyable, grande gueule qui n'a même pas le cran de passer outre son passé.
- Je suis désolée, j'aurais jamais dû te pousser à en parler, je m'en veux ...
- C'est pas ta faute. C'est moi qui m'excuse de pas te donner ce que tu veux.
- C'est rien, me dit-elle en s'approchant de moi, me forçant à quitter ma condition de repli, pour poser tendrement ses lèvres sur les miennes, en un chaste baiser empli de douceur.

 

- 86 -

 

- Je peux attendre Aaron, je ne suis pas une perverse qui attend juste de son copain qu'il couche avec elle. Je comprends que tu ne puisses pas après ce que tu as vécu, tout ce que je veux, c'est que tu sois heureux, c'est tout.
- Tu tiendrais avec une relation platonique pendant encore quelques temps ?
- Bien sûr. Et puis, je te l'ai pas dit, mais ce sera ma première fois ..., dit-elle en rougissant.
- Même pas avec Florian ? m'interloquai-je.
- Je n’ai jamais voulu aller très loin avec lui, je ne l’aimais pas assez pour ça, quand je vois dans quoi ça nous a conduit aujourd’hui, j’ai toujours réussi à esquiver ses avances. C’est bien la première fois que je me comporte comme ça …

 

- 86 -

 

Je souris distraitement, avant de passer mes doigts dans sa chevelure châtain, les nouant dans ses boucles douces, le regard ailleurs.
- Je n'en avais jamais parlé à personne. J'espère que je peux avoir confiance en toi.
- Bien sûr, espèce d'imbécile. Tu crois quoi, que je suis une commère. Il n'y a que Ursa à qui je vais raconter mes malheurs et mes secrets, il garde tout pour lui.
J'émis un petit rire net, Ursa étant son ours en peluche, vite coupé par un doigt de Meredith sur ma bouche, m'intimant de me taire.

 

- 86 -

 

- Faudrait qu'on dorme, fis-je en souriant.
- Aaron ?
- Hmm ?
- Je peux dormir dans tes bras, s'il te plait ?
- Tu me le demandes encore ? ris-je.
- On ne sait jamais … alors ?
Je l'embrassai doucement sur la joue, avant d'acquiescer, et on s'allongea tous les deux sur mon lit, la main de ma petite amie passant et repassant sur ma cicatrice, avant qu'elle ne s'arrête, emportée aux pays des rêves par Morphée.

 

- 86 -

 

I know you've suffered but I don't want you to hide // Je sais que tu as souffert, mais je ne veux pas que tu te caches
It's cold and loveless, I won't let you be denied // C'est froid et sans amour, je ne vais pas te laisser être rejeté
Soothing, I'll make you feel pure // En t'apaisant, je te ferais sentir pur
And trust me, you can be sure  // Fais moi confiance, tu peux être sûr 

I want to reconcile the violence in your heart // Je veux reconcilier la violence dans ton coeur
I want to recognize your beauty's not just a mask // Je veux reconnaître que ta beauté n'est pas juste un masque
I want to exorcise the demons from your past // Je veux exorciser les démons de ton passé
I want to satisfy the undisclosed desires in your heart // Je veux satisfaire les désirs inavoués de ton coeur

 

- 86 -

Publicité
Retour à l'accueil
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article